Accès aux soins en prison : la France doit fournir de nombreux efforts 

La section française de l’Observatoire international des prisons (OIP) a rendu public le 6 juillet un rapport La santé incarcérée, enquête sur l’accès aux soins spécialisés en prison. Elle dresse un état des lieux alarmant de la situation dans les prisons françaises et émet une série de recommandations pour veiller au respect du principe d’égalité des soins entre personnes détenues et population générale.

Accès aux soins en prison : la France doit fournir de nombreux efforts

© VideoBCN / ShutterStock

« À son arrivée au centre de détention de Roanne, au début de l’année 2020, Laura, âgée de 26 ans, demande à réaliser un frottis car un précédent examen réalisé en 2018 avait déjà révélé des anomalies, bénignes, à surveiller. La gynécologue en place, refuse de réaliser l’examen en raison de la jeunesse de la patiente et de la réalisation récente du précédent frottis. Aucun autre gynécologue n’intervenant dans l’établissement, Laura reste impuissante face à ce refus. Bénéficiant d’un aménagement de peine, un an et demi plus tard, elle sort de prison, et réalise un nouveau frottis. Dix jours après l’examen, elle reçoit un appel lui disant de revenir d’urgence au cabinet. On lui annonce alors qu’elle souffre d’un cancer du col de l’utérus. Elle est opérée en urgence deux jours plus tard : retrait de plus de la moitié du col de l’utérus, ce qui augmente les risques de fausses couches et ceux d’un accouchement prématuré. »

Perte de chance

Ce témoignage, publié dans le rapport de l’OIP, est révélateur des difficultés d’accès aux soins dans les prisons dans tous les secteurs : dentaires, ophtalmologiques, traumatologiques, gynécologiques, dermatologiques. Comme le dénonce l’OIP, « le suivi requis par certaines pathologies semble, à bien des égards, incompatible avec les restrictions imposées par la détention, tant en termes d’offre médicale que d’adaptation du cadre de vie ».

Pourtant, en plus d’un état de santé dégradé par rapport à la population générale, les personnes détenues voient leur santé fragilisée par des conditions de détention éprouvantes, l’insalubrité et l’absence d’activité physique favorisant la survenue et le développement de pathologies. Sans compter les problématiques liées aux maladies infectieuses en prison, notamment avec le VIH et l’hépatite C : leur prévention comme leur prise en charge est ralentie par les contraintes liées à la détention.

Ces défaillances contribuent à une détérioration de l’état de santé des personnes incarcérées, avec des conséquences parfois dramatiques : pathologies qui s’aggravent, cancers non détectés, donc une perte de chance. Elles participent aussi, indirectement, à la dégradation de leur état psychique et au renforcement de leur ressentiment vis-à-vis des institutions.


Manque de moyens investis

Les dysfonctionnements constatés trouvent leurs origines dans nombre de facteurs pointés du doigt par l’OIP.  Tout d’abord, une offre de soins réduite : « les besoins en personnel, en plus d’être sous-évalués, sont insuffisamment pourvus, faute d’attractivité des postes mais aussi de volontarisme des autorités de santé », remarque l’OIP.

S’y ajoutent des conditions matérielles difficiles pour les soignants comme pour leurs patients avec des locaux inadaptés et mal équipés, des contraintes logistiques liées à l’univers carcéral ou encore des logiques sécuritaires qui mettent à mal la prise en charge et le suivi médical.

De même que les extractions pour raisons médicales, qui nécessitent une escorte pénitentiaire, sont régulièrement annulées par manque de personnel.

Quand elles ont lieu, les conditions dans lesquelles elles se déroulent conduisent nombre de détenus à préférer s’en priver car les dispositifs de sécurité et moyens de contrainte sont souvent excessifs. L’OIP révèle que des personnes détenues sont fréquemment examinées menottées et en présence de personnels pénitentiaires – y compris pendant des interventions chirurgicales –, au mépris de leur dignité et du respect du secret médical.

Pour les prises en charge plus longues en revanche, l’existence de structures spécialisées, les unités hospitalières sécurisées, garantit des conditions davantage respectueuses des droits fondamentaux des patients détenus. Mais d’autres problèmes se posent : manque de place dans les unités dédiées à la santé mentale, difficultés organisationnelles pour celles dédiées aux soins somatiques – qui contribuent en définitive à une limitation de l’accès aux soins.

Face à ce constat, l’OIP propose une série de mesures qui pourraient être prises à moyen et long terme pour lever les freins identifiés et permettre d’améliorer l’accès des personnes détenues à des soins spécialisés. Elle repose sur une réforme en profondeur des politiques pénales et pénitentiaires afin de mettre fin à la surpopulation carcérale, facteur de promiscuité, de violences, et de conditions de prise en charge dégradées et sur l’amélioration des conditions matérielles de détention et la rénovation du parc carcéral vétuste et insalubre.


Laure Martin

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Pour lire l’intégralité du rapport : https://oip.org/wp-content/uploads/2022/07/oip-rapport-soinsspe-juil2022-planches.pdf

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