Reconversion infirmière, reprise d’études : des conseils aux infirmiers pour ne pas se tromper

Faire évoluer son mode d'exercice, bifurquer, changer de métier ou reprendre des études ne s'improvise pas. Une cadre de santé et deux professionnelles de l'accompagnement de personnes en reconversion tracent des pistes pour aider les infirmiers à négocier ce type de virage dans leur carrière.

Reconversion, reprise d'études : des conseils aux infirmiers pour ne pas se tromper

© fizkes / ShutterStock

Parce que les infirmiers ont longtemps considéré leur métier comme un espace professionnel circonscrit, ceux qui veulent en sortir peuvent avoir besoin d'aide ou de conseils, que ce soit pour reprendre des études, changer de manière d'exercer ou plus catégoriquement, de métier.

Le moment dans la carrière où l'envie de changement survient (tôt, tard?), le niveau de ras-le-bol et d'envie de nouveauté, la diversité de l'expérience et des formations accumulées se conjuguent pour constituer autant de configurations que de personnes en questionnement. Mais des professionnels peuvent aider à faire éclore un projet viable. En premier lieu les cadres de santé.

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Isabelle, cadre dans un CHU, rencontre des infirmiers traversés par ces problématiques lors des évaluations annuelles. « Ce qui doit souvent être interrogé, estime-t-elle, au-delà d'une éventuelle reconversion ou évolution vers une spécialisation ou l'encadrement, c'est la question de l'engagement. »

Beaucoup d'IDE, en particulier depuis le début de la crise sanitaire, sont « surengagés » alors même qu'il souffraient déjà du niveau salaire, d'une certaine perte de sens et de perspectives peu définies... Dans ce paysage un peu sombre, « ils ont parfois du mal à percevoir leurs compétences, leurs talents et leur valeur sur le marché du travail, en dehors de l'aspect technique du métier et du relationnel. »

Selon Sandrine,  praticienne en bilans de compétences, certains soignants « ont l'impression de n'être faits que pour exercer leur métier ».

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Prendre conscience de leurs talents

Isabelle considère comme son rôle de les aider à prendre conscience de leur potentiel et à envisager la manière dont ils pourraient le « réinvestir autrement ». L'entretien annuel constitue selon elle un premier « point de départ ». Elle conseille aux infirmiers tentés par un changement de métier ou de manière de travailler de s'interroger sur les raisons de cette envie et d'analyser ce qu'ils souhaitent vivre et ne plus vivre (le poids de la hiérarchie, la taille de l'établissement, la nature du travail en équipe, l'approche de la personne, le stress, les horaires, l'autonomie...).

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Ensuite, un bilan de compétence ou un accompagnement spécifique peut aider les infirmiers à préciser leurs aspirations, affiner leur projet et identifier leurs compétences transférables.

Dans l'accompagnement qu'elle propose aux infirmiers qui s'interrogent sur la poursuite de leur carrière, Charlotte Kerbrat, ex-infirmière fondatrice d'un organisme de formation spécialisé dans l'évolution professionnelle des IDE, observe que ceux et celles qui envisagent un virage professionnel ne le font pas toujours pour « les bonnes raisons » et elle leur propose de les explorer, notamment en repartant du diplôme d'infirmier.

Sandrine, de son côté, insiste aussi sur l'importance d'exprimer clairement et de formaliser ce qu'on veut et ne veut pas ou plus, en l'écrivant.

Elle incite aussi les personnes, soignantes ou non, qu'elle accompagne à « visualiser ce qui pourrait constituer son projet », l'environnement de travail, les modes d'exercice...

Si les infirmiers rencontrés ont effectivement « fait le tour du métier » et envisagent d'en changer, Charlotte Kerbrat les invite à valider deux choses : la réalité du terrain d'exercice (la manière dont le métier peut s'exercer réellement) et les débouchés. Certains métiers peuvent en effet séduire mais se révéler « bouchés » ou sans réelles opportunités d'emploi...

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Echanges directs

Une des étapes du bilan de compétence que pratique Sandrine consiste à réaliser une « investigation métier », documentaire d'une part, et d'autre sur le terrain auprès de personnes exerçant le métier convoité ou ayant suivi les études envisagées.

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Charlotte Kerbrat invite même les IDE à aller rencontrer ou au minimum échanger avec des infirmiers qui se sont reconvertis dans le métier "de leur rêve".

Sur son blog, les soignants reconvertis qui évoquent leur parcours acceptent généralement d'être sollicités et parmi les 10.000 membres de son groupe sur Facebook, les profils sont aussi très variés.

Ces IDE qui sont « passées par là » peuvent alors évoquer le parcours d'études pertinent, les équivalences éventuelles, les écueils à éviter, les débouchés... « C'est de cette manière que les infirmières vont ressentir si le métier en question leur fait envie ou non », souligne Charlotte Kerbrat.

Idem pour un parcours de formation. Isabelle évoque ainsi souvent son parcours universitaire, ses implications, son déroulement, les perspectives qu'il ouvre... 

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L'ex-infirmière conseille en tout cas de conserver une activité d'IDE, sur le même poste ou un autre ou encore tant que remplaçante en libéral, et de pratiquer en parallèle la nouvelle activité le temps de valider le nouveau projet professionnel ou d'études.

Elle recommande de ne pas se précipiter, et en particulier de résister à la (forte) pression de certains organismes de formation : « il y a beaucoup d'arnaques avec le CPF », prévient-elle.

Prendre le temps de peaufiner son projet, éviter la « fuite en avant » permet selon elle « d'économiser de l'énergie, du temps et de l'argent ».

Géraldine Langlois

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Réactions

2 réponses pour “Reconversion infirmière, reprise d’études : des conseils aux infirmiers pour ne pas se tromper”

  1. Dono dit :

    C’est bien facile de donner des conseils typique mais quand on a déjà fait son bilan de compétences que l’on a des gros soucis de santé que son hosto est incapable de vous réclasser depuis 8ans il arrive un moment où on perd espoir

  2. Pseudo dit :

    pas facile de quitter un job qui offre autant d’avantages et notamment la garantie de l’emploi

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