15% des infirmiers affirment vouloir changer de métier dans les 12 mois à venir

Interrogés dans le cadre d'une enquête menée par l'Ordre national des infirmiers (ONI) sur leurs conditions de travail et sur leur intention de quitter la profession, un grand nombre d'IDE affirment vouloir changer de métier dans les mois ou les années à venir. 

15% des infirmiers affirment vouloir changer de métier dans les 12 mois à venir

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La crise sanitaire a eu raison d'une partie des infirmiers. 15% d'entre eux affirment vouloir changer de métier dans les 12 mois à venir et 30% dans les cinq années à venir. Ils sont respectivement 33% et 37% à ne pas savoir ou à ne pas souhaiter se prononcer.

L'enquête est probante. Menée par l'ONI auprès des infirmiers inscrits à l'Ordre, avec 60 000 répondants, elle se veut représentative des ressentis et du vécu des IDE qui traversent, depuis près de deux ans maintenant, une crise sanitaire majeure. 

Conditions de travail de plus en plus dégradées

Chiffres à l'appui, l'ONI alerte ainsi sur les conditions de travail des IDE, qui "se dégradent" de jour en jour : alors que 66% des IDE salariés estiment qu'avant la crise sanitaire leurs conditions de travail étaient "plutôt bonnes", voire "très bonnes", ils sont 85% à estimer que "leurs conditions de travail se sont plutôt détériorées depuis le début de la crise sanitaire" (89% pour les infirmiers du secteur public). 

Cette proportion a augmenté de 21 points en un an, rapporte l'ONI : en octobre 2020, 64% des infirmiers affirmaient que "leurs conditions de travail s'étaient détériorées depuis le début de la crise sanitaire."

Interrogés sur les trois mots (parmi six choix possibles) qui décrivent le mieux leur état d'esprit par rapport à leur travail, la "lassitude" (72%), la "colère" (51%) et "l'angoisse" (46%) reviennent le plus souvent chez les répondants. Largement devant la "satisfaction" (9%), la "confiance" (6%) et la "sérénité" (3%). 


Les infirmiers sont même 42% à indiquer "qu'ils ressentent actuellement un syndrome d'épuisement professionnel de type burn-out." Ce dernier a "un impact sur la qualité des soins délivrés" pour près de la moitié des professionnels concernés (49%), et cette proportion monte même à 54% pour les salariés du public concernés par le ressenti d'un burn-out. 

Sous effectifs hospitaliers

Parmi les infirmiers exerçant en établissement, 70% affirment que "par rapport aux effectifs habituels de leur service ou de leur établissement, ils sont moins nombreux" (72% dans le public). Par ailleurs, 64% des infirmiers exerçant en établissement de santé indiquent "qu'il y a un turn-over plus important que par le passé."

Les infirmiers exerçant en établissement sont 71% (74% pour les infirmiers salariés du public) à déclarer qu'actuellement, ils ne disposent "pas du temps nécessaire pour prendre en charge leurs patients" (+7 points par rapport à la consultation réalisée en octobre 2020). 

Concernant l'organisation de l'offre de soins, 74% des infirmiers pensent qu'ils ne sont "pas bien préparés collectivement pour répondre à la cinquième vague de contamination de Covid-19" (76% pour les infirmiers salariés du public). 

Renforcer l'attractivité des professions de santé

Enfin, 79% des infirmiers estiment que les mesures annoncées dans le cadre du Ségur de la santé "n'ont pas eu d'impact positif" sur leur souhait de continuer à exercer la profession infirmière ces prochaines années" (81% pour les infirmiers salariés de l'hôpital public) : le seul levier financier "est insuffisant pour garantir l'attractivité de la profession sur la durée", estime l'ONI. 

Rédaction ActuSoins

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L'Ordre appelle les candidats à l'élection présidentielle à s'engager en faveur des infirmiers

La publication des conclusions de cette enquête donne l'occasion à l'ONI d'interpeller les candidats à l'élection présidentielle. L'instance leur demande de s'engager à "lancer, dans les 30 jours suivant leur prise de fonction à l'Elysée, les premiers Etats généraux de l'attractivité des professions de santé". 

Dans ce cadre, l'ONI demande de mettre en place des ratios minimums d'infirmiers en fonction du nombre de patients.

"Aujourd'hui, en raison de l'absence de ratios minimums d'infirmiers dans certains services, ou du non-respect de ces derniers quand ils existent, nombre d'infirmiers travaillent quotidiennement dans des conditions très difficiles. Outre le risque que cela constitue pour la sécurité et la qualité des soins délivrés aux patients, évoluer au sein des services structurellement en tension pousse chaque année de nombreux infirmiers à quitter l'hôpital public, voire à raccrocher la blouse", explique l'instance. 

L'ONI demande aussi de faire évoluer le cadre réglementaire de la profession infirmière.

"Les textes réglementaires encadrant la pratique infirmière n'ont pas été révisés depuis près de 20 ans. Il convient, par exemple, de permettre aux patients d'accéder plus facilement et simplement aux infirmiers présents sur l'ensemble du territoire (premier recours), reconnaître les vertus de la consultation infirmière, donner aux infirmiers la possibilité de prescrire des traitements ou d'adapter des posologies dans certains cas très spécifiques, valoriser et encourager le rôle des infirmiers en matière de prévention..."

Avec l'augmentation et la transformation des besoins de santé (vieillissement de la population, augmentation des maladies chroniques...) "le système de santé a besoin d'infirmiers reconnus pour leur savoir-faire et leurs connaissances cliniques. Être considérés à la hauteur de leurs compétences ne pourra qu'encourager les infirmiers à rester dans la profession durablement". 

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Réactions

3 réponses pour “15% des infirmiers affirment vouloir changer de métier dans les 12 mois à venir”

  1. Manoucheca DORÉLIEN dit :

    Ce que je souhaite aux responsables du plus haut niveau, c’est d’améliorer les conditions de vie des infirmiers, apprendre à leurs valoriser pour leur compétence, patience, dévouement etc.

  2. MYRIAM dit :

    A noter que dans votre article vous parlez beaucoup du secteur public mais dans le privé on est impacté aussi. Ce sont les infirmières retraitées qui viennent aider. Avec des situations extrêmement tendues.
    On ne trouve plus d’infirmières pour faire des remplacements en EHPAD notamment et le turn over est considérable.

  3. Zigotor dit :

    La lassitude et autres burn out ne sont dû qu’au management mené depuis quelques années par les directions d’hôpitaux qui ne cessent de fermer des lits, réduire les effectifs, pousser les soignants vers la sortie ! Le ras le bol est général et la mort de l’hôpital public tel que nous le connaissons est plus proche que nous le croyons 😥

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