Infirmiers libéraux : La Réunion placée en zone surdotée sur l’ensemble de l’île

La menace du zonage couvait depuis plus d’une année. C’est acté : depuis le 23 juin, il n'est plus possible pour les infirmiers d'ouvrir un cabinet libéral dans l'île, ni de postuler comme collaborateur. Quelques dérogations restent cependant possibles.

Infirmiers libéraux : La Réunion placée en zone surdotée sur l’ensemble de l’îleLe diagnostic avait été posé depuis plus de 18 mois : La Réunion a suffisamment, voire trop, d'infirmiers libéraux.

Il est certain qu'avec 256 infirmiers libéraux pour 100 000 habitants, La Réunion ne se pose pas vraiment en désert médical en matière de soins infirmiers à domicile.

À titre de comparaison, en métropole, la profession ne compte ''que'' 152 libéraux pour 100 000 habitants.

Le 23 juin dernier, Martine Ladoucette, directrice générale de l'ARS Réunion, a finalement signé l'arrêté n°168/ARS La Réunion/2021. Qui dit noir sur blanc « qu'il ne sera plus possible de demander un conventionnement pour exercer dans une commune de La Réunion », qu'il s'agisse d'installation ou de collaboration.

Si la Fédération Nationale des Infirmiers (FNI) et l'Ordre Interdépartemental des Infirmiers OI ont donné un avis favorable lors de la réunion de concertation qui s’est tenue le 8 juillet 2020, le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (SNIIL) et l’URPS infirmiers Océan Indien (OI) étaient beaucoup plus réservés.

Le SNIIL d’ailleurs n’avait pas été nommément consulté, un amalgame étant sans doute à l’origine de cet oubli : en effet, Alain Duval (président URPS de l'époque) et Anne-Laure Albisetti, infirmière libérale dans le sud de l’île représentaient l’URPS infirmiers lors de cette concertation alors-même qu'ils étaient élus SNIIL.

A la grande surprise des élus SNIIL, l’arrêté publié le 23 juin annonce l’accord du syndicat au projet de zonage.

Pas vraiment décidée à laisser passer ce qu’elle considère comme un vice de procédure, Anne-Laure Albisetti, désormais présidente de l’URPS infirmiers OI, a demandé à rencontrer l’ARS, en compagnie de la nouvelle présidente du SNIIL 974, Dominique Payet, infirmière libérale à La Chaloupe Saint Leu, dans l’Ouest.

Une réunion un peu tendue, qui s’est tenue en présence du directeur général adjoint de l’ARS, Etienne Billot, mais qui s’est finalement conclue autour d’un accord : l’ARS publiera un arrêté rectificatif précisant que SNIIL n’a pas été consulté. « Il était essentiel pour nous que la vérité soit rétablie », a conclu Anne-Laure Albisetti. 

Des projets en berne

En revanche, pour de nombreux étudiants en soins infirmiers ou infirmiers remplaçants, voire hospitaliers songeant à une prochaine reconversion en libéral, la publication de l’arrêté a été une vraie douche froide.

Pour Laura, originaire du sud de l'île et étudiante en IFSI en métropole, c'est la déconvenue totale. « Mon projet était clair, dès le début de mes études il y a deux ans, je voulais revenir à La Réunion pour ouvrir un cabinet libéral après avoir fait le temps réglementaire de pratique hospitalière pour justifier d'une expérience suffisante. A moins que le zonage n'évolue ou qu'un cabinet infirmier se libère dans la région où je voulais m'installer, mon projet professionnel tombe à l'eau. »

Même souci pour Elodie, arrivée sur l'île il y a quelques mois et qui effectue essentiellement des remplacements en libéral et en établissements en attendant de savoir où elle veut s'installer définitivement. « Je vais être consignée au rôle de remplaçante, en libéral, à l'hôpital ou en clinique alors que je voulais créer ma clientèle. »

Comme Laura, elle croise les doigts pour qu'un cabinet se libère dans les mois ou courtes années à venir. « Ce n'est pas impossible, il y a régulièrement des infirmiers libéraux qui choisissent de quitter l’île, mais ça risque de faire monter la surenchère ». Quant aux départs en retraite, s'il y en a évidemment, les candidats à l'exercice libéral ne comptent pas trop dessus, la moyenne d'âge des infirmiers sur l'île étant de 44 ans (chiffres 2019).

Pour Stéphanie, infirmière sur le littoral, qui « galère avec des charges énormes et des revenus insuffisants pour une mère de famille », il était temps de mettre le holà : « S'il a des cabinets modestes comme le mien qui sont directement impactés par l'arrivée de nouveaux infirmiers, il y a aussi des cabinets qui font des chiffres d'affaires exponentiels, ce qui pose question. » Elle espère qu'une moindre concurrence pourra permettre de redistribuer le travail de manière plus équitable.

Méthodologie non adaptée

Dominique Payet, pour sa part, n’est pas convaincue par la méthodologie appliquée pour définir le zonage, qui se base sur les critères nationaux.

« Cette méthodologie n’a pas tenu compte des critères spécifiques à La Réunion, notamment pour les Hauts de l’île, où le relief, l’état des routes, la densité démographique éparpillée rallonge les temps de trajet et de prise en charge », estime-t-elle.

L’ARS semble le reconnaître aussi, puisque lors de la réunion du 8 juillet 2020, l’instance de santé régionale aurait dit et répété que la méthodologie nationale n'était pas adaptée à l'île. « Il est vrai que dans les Bas, sur le littoral, les infirmiers sont les uns sur les autres et que le zonage s’imposait à certains endroits. Mais il aurait fallu accepter un taux de marge de 10% pour les territoires isolés et enclavés. Les modes de vie ici ne sont pas les mêmes qu'en métropole. Dans les Hauts, les gens vieillissent et meurent à domicile, il y a donc des prises en charge longues, des soins palliatifs à assurer. Il y a aussi beaucoup de personnes porteuses de handicaps lourds qui nécessitent des soins chronophages. Si nous ne pouvons plus embaucher de collaborateurs, nous ne pourrons plus prendre en charge toutes les demandes. Où iront ces patients qui devront être pris en charge de toute façon, et au bénéfice de qui ? », s'interroge Dominique Payet. Qui regrette, à l'instar d'Anne-Laure Albisetti, que le zonage ait été signifié en pleine crise Covid, dans un contexte où les infirmiers sont très sollicités pour la vaccination, les tests et la prise en charge des complications des Covid longs, en plus de leurs responsabilités habituelles.

Mireille Legait

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Les dérogations possibles

Le conventionnement peut être accordé à titre exceptionnel, en l'absence de départ préalable d'un infirmier conventionné dans la zone sur-dotée, dans des cas liés à la situation personnelle ou professionnelle de l'infirmier, à condition d'apporter des attestations crédibles. :

- situation médicale grave du conjoint, d'un enfant ou d'un ascendant direct entraînant un changement d'adresse professionnelle ;

- Mutation professionnelle du conjoint entraînant un changement d'adresse professionnelle pour l'infirmier ;

- décès du conjoint entraînant un changement d'adresse professionnelle ;

- situation juridique personnelle entraînant un changement d'adresse professionnelle, sous réserve de deux conditions cumulatives : justifier d'une activité libérale conventionnée dans ce cabinet durant 5 ans et dans les deux ans précédant la demande, avoir réalisé plus de la moitié de cette activité auprès de patients résidant dans la zone sur-dotée où il souhaite exercer.

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