Infirmier et futur anthropologue, Philippe Bonneels étudie la profession infirmière

Philippe Bonneels, « infirmier professeur » en Belgique et étudiant en anthropologie, est l’auteur d’une étude sur l’existence de catégories au sein de la profession infirmière. A travers son exposé, il cherche à expliquer les difficultés de communication entre les infirmiers et les autorités politiques.

Philippe Bonneels a exercé pendant dix ans en tant qu’infirmier en Belgique, en Suisse et en France

Philippe Bonneels a exercé pendant dix ans en tant qu’infirmier en Belgique, en Suisse et en France. Formateur en activité, il termine à présent un master en anthropologie.

Au point de départ des recherches de Philippe Bonneels, un constat tiré de son expérience professionnelle : « Je me suis aperçu qu’on n’arrivait pas à se faire entendre en tant qu’infirmier », explique-t-il.

Cherchant à comprendre les difficultés de la profession à être écoutée, il s’appuie sur la fabrique des catégories, « la manière dont on se construit en tant qu’infirmier ou infirmière. »

Profession divisée

Les catégories sont donc des groupes d’infirmiers qui se constituent autour de caractéristiques et de savoirs propres à chaque type d’exercice. « On s’identifie à l’une de ces catégories en fonction du lieu où on travaille et de notre réalité quotidienne. »

 Philippe Bonneels rappelle ainsi que le travail d’une infirmière en soins intensifs est par exemple organisé autour de l’acte technique, quand une infirmière en santé publique s’attachera plus à la question sociale.

Les catégories répondent à la nécessité de se spécialiser pour prendre en charge chaque situation le plus efficacement possible, mais elles permettent aussi de s’affranchir de certains stéréotypes de la profession : « au point de départ, l’infirmière est une femme, une religieuse qui va aider les autres. »

Avec les catégories, le soin n’est donc plus une question de charité et de genre, il est technique, étique et professionnel.

Si les catégories ont permis aux infirmiers « de prendre en charge le patient de manière efficace », elles ont également créé des difficultés de communication au sein de la profession. « On a un point commun, on est infirmiers, mais on est différents parce qu’on a des spécificités. » Il poursuit : finalement on ne se comprend pas complétement. »

Pour Philippe Bonneels, cette fragmentation au sein de la profession « renvoie une image de division, de groupe qui ne parle pas d’une voix », et donc qui à du mal à se faire entendre.

Prendre soin des infirmiers

Dans son étude, Philippe Bonneels met aussi en lumière une profession qui « décide maintenant de prendre soin d’elle. » Union4U, premier syndicat infirmier en Belgique, est né en 2020 suite à la crise sanitaire. Selon lui, se rassembler dans des organisations professionnelles, au-delà des catégories, est une manière de dépasser le morcellement de la profession.

Quant à la question du dialogue entre les infirmiers et les autorités politiques, il explique que « les problématiques que soulèvent les infirmières sont des questions profondes de la société : égalité femme-homme, égalité des chances, éthique. » La réponse politique est difficile et il met en avant l’idée d’une gouvernance qui donnerait une place aux infirmières : « prendre soin des infirmières, c’est prendre soin des citoyens », conclut-il.

Adrien Collet

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Pour aller plus loin, lire : "Cosmologie infirmière, des mécanismes aux conséquences socio-politiques de la fabrique des catégories" , l’étude de Philippe Bonneels

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