Infirmiers en Europe : des missions différentes selon les pays

Difficile de comparer le périmètre des missions des infirmiers ou les modalités de leur formation initiale dans les différents pays européens : les données sont rares. Elles diffèrent cependant et les organisations internationales d'infirmières militent pour que le rôle et l'expertise de ces professionnels du soin soient mieux reconnus.

Les contours de la profession infirmière varient d'un pays à l'autre.

Dans certains, les infirmiers jouissent d'un fort degré d'autonomie et de décision, dans d'autres ils « exécutent » uniquement les soins prescrits par les médecins.

Dans certains ils réalisent des consultations infirmières et montent des projets, dans d'autres leur rôle ressemble plus à celui des aides-soignants français.

Il existe pourtant un Code mondial de pratique sur le recrutement du personnel de santé, instauré par l'OMS, et la directive européenne 2005/36/CE, qui met en place la reconnaissance des qualifications professionnelles dans l’Union européenne (UE), précise le contenu minimal de la formation que doivent suivre les étudiants en soins infirmiers pour acquérir un diplôme (ou une certification) leur permettant de travailler dans n'importe quel pays européen.

Elle concerne aussi la Suisse et les pays de l’Espace économique européen (EEE) et de l’Association européenne de libre-échange (AELE).

Niveau licence partout ?

Depuis 1998, le processus de Bologne (qui vise à harmoniser les systèmes d'enseignement sur le modèle « LMD ») fait progressivement évoluer la formation des infirmiers au sein de 48 pays, européens essentiellement, vers un premier diplôme de niveau licence ouvrant vers les niveaux supérieurs de master et du doctorat.

Une démarche soutenue par les organisations internationales infirmières comme le Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone (Sidiief) ou le Conseil international des infirmières (CII).

Il passe notamment par une universitarisation de la formation dans les pays où cela n'est pas encore le cas.

Satu Kajander-Unkuri, professeure en sciences infirmières à l'université diaconale des sciences appliquées d'Helsinki et chercheuse au département des sciences infirmières de l'université de Turku (Finlande), a constaté des différences importantes dans son étude sur le niveau de compétence des étudiants en soins infirmiers diplômés dans dix pays européens

Les études, qui durent trois ans, trois ans et demi ou quatre ans, se déroulent dans certains pays à l'université (Irlande, Islande, Italie, Espagne), dans d'autres dans des établissements d'enseignement supérieur liés à des universités (« college university ») (Tchéquie, Slovaquie), après la réussite d'un examen ou après 10 ou 12 années d'enseignement.

En Allemagne, comme en Belgique, d'ailleurs, deux filières de formation, « héritages du passé », selon elle, co-existent, une à l'université et une dans en « collège technique. »

En Finlande, beaucoup d'étudiants en soins infirmiers ont précédemment obtenu un diplôme d'infirmier « pratique », aux missions moins étendues que les infirmiers, ce qui leur offre une expérience supplémentaire et renforce leur aisance une fois diplômés, souligne la chercheuse.

Leadership

L'expérience française en matière d'universitarisation de la profession infirmière, avec un diplôme d'Etat reconnu au « grade licence » et un lien des IFSI avec l'université relativement récent et une filière d'études en sciences infirmières peu étoffée, montre à quel point il peut être long et compliqué de faire correspondre la formation infirmière à ces critères.

En Grande Bretagne, par exemple, « il existe une longue tradition d'accès des infirmières aux études universitaires », explique Hélène Salette, directrice générale du Sidiief. Plus souvent que dans nombre de pays, ajoute-t-elle, « elles ont des PhD (doctorats, NDLR), des positions décisionnelles et politiques plus grandes, basées sur une expertise de longue date. Elles ont développé leur leadership clinique et politique. C'est normal qu'il y ait dans ce pays des infirmières de pratique avancée depuis longtemps. »

 Ce n'est pas le cas, par exemple, dans certains pays de l'est de l'Europe. Selon Satu Kajander-Unkuri, dans ces pays, « l'apprentissage des étudiants insiste beaucoup sur les compétences techniques et les infirmières, une fois diplômées, sont surtout des assistantes des médecins ».

Les infirmières de Lituanie et de Slovaquie sont d'ailleurs celles qui expriment la moins bonne opinion globale sur les compétences qu'elles ont acquises durant leur formation, et les Islandaises (très peu nombreuses, NDLR) la meilleure, souligne Satu Kajander-Unkuri.

« Le rôle d'aide de l'infirmière, au cœur du métier, est celui dans lequel les jeunes diplômés se sentent toujours le plus à l'aise », ajoute-t-elle. Ce n'est pas le cas pour les interventions thérapeutiques, la prise de décision, la planification ou le fait de mener des consultations. « Peut-être par manque d'expérience ? », s'interroge la chercheuse.  Pas forcément puisque les jeunes diplômés italiens s'estiment à l'aise dans la plupart des domaines...

Libérer les talents

Globalement, observe Hélène Salette, « la formation a été revue à la hausse dans plusieurs pays. C'est un bel acquis. Mais ce n'est pas tout, il faut que la pratique clinique accueille ces infirmières et leur donne la possibilité de jouer leur rôle, et libère leurs talents, à la hauteur de leurs ambitions. »

Si la transformation de la formation prend du temps, celle de l'environnement professionnel s'étend sur un temps plus long encore. Les différences de périmètre des missions, de degré d'autonomie dans la pratique clinique et d'affirmation professionnelle des infirmières européennes prend en partie sa source dans des différences culturelles.

La naissance de la profession infirmière dans les communautés religieuses, en Europe, constitue un trait commun.

Ce « substrat » religieux « a été un moteur et un frein pour la profession, observe la directrice générale du Sidiief. Un moteur car ces communautés étaient composées de femmes, et de femmes savantes qui ont développé un engagement professionnel et une rigueur scientifique basée sur a connaissance et la formation. Mais aussi un frein car cette origine a implanté dans les mentalités les notions de dévotion et de charité, associées au rôle de la mère. Or c'est une vision très limitée qui méconnait le niveau d'expertise qu'il faut avoir pour prendre soin (…) et qui nuit à la valeur économique du savoir infirmier. »

Selon les pays, cette vision (et les stéréotypes associés) perdure plus ou moins et se traduit dans les rôles dévolus aux infirmiers et dans leur formation. Elle est d'autant plus forte que la culture médicale y est dominante, souligne Howard Catton, directeur général du Conseil international des infirmiers.

Prendre la parole

Comme son homologue du Sidiief, il appelle à ce que les infirmiers deviennent les avocats de leur « cause » au plan politique, en proposant des changements et en prenant la parole dans les grands débats sur les grands enjeux de la santé.

Sans attendre qu'on leur donne, précise Hélène Salette, par exemple dans les associations professionnelles. « Il devrait y avoir d'ailleurs dans la formation initiale des enseignements sur l'argumentation, la stature d'agent du changement et la stratégie politique », estime-t-elle.

Howard Catton cite l'exemple d'une infirmière irlandaise qui a conçu un protocole infirmier consistant à trier les malades présentant des troubles cardiaques suivant l'urgence et la gravité et permettant aux médecins de gagner du temps.

« Elle a convaincu ses collègues et les médecins en montrant que cela fonctionnait, souligne Howard Catton. Il faut prouver que cela marche et que c'est efficient financièrement. »

Les infirmiers doivent apprendre à valoriser leur savoir, aussi, insiste Hélène Salette, notamment dans des travaux de recherche universitaires.

Selon le directeur général du CII, la pratique avancée constitue aussi une puissante locomotive pour l'extension du rôle des infirmiers dans les pays où il est encore limité. 

Géraldine Langlois

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Réactions

1 réponse pour “Infirmiers en Europe : des missions différentes selon les pays”

  1. leilou dit :

    Pour avancer il faudrait sortir du carcan archaïque IDE = femme pleine de charité simple exécutrice qui applique bêtement les prescriptions des médecins mais ne pas non plus profiter de notre volonté d’évoluer pour faire un glissement de tâche sans reconnaissance officielle et augmentation de salaire

    Répondre moderated

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