Vaccination des soignants : “si la liberté individuelle doit absolument être respectée, elle s’arrête à la mise en danger d’autrui”

Dans un avis publié aujourd'hui, le Comite consultatif national d'éthique (CCNE) et la Conférence nationale des espaces de réflexion éthique régionaux (Cnerer) estiment que la vaccination des professionnels de santé relève de la déontologie professionnelle et répond à une exigence éthique. 

Vaccination des soignants : si la liberté individuelle doit absolument être respectée, elle s'arrête à la mise en danger d'autruiLa vaccination des professionnels de santé est au coeur de l'actualité. Alors que le taux de vaccination contre la Covid-19 est jugé encore insuffisant chez les soignants (51,9% d'entre eux ont reçu une première dose selon les dernières données de Santé publique France, diffusées samedi), le CCNE et le Cnerer se sont penchés sur les enjeux éthiques de cette vaccination. 

 "Il est impératif de se donner pour objectif que les professionnels de santé et tout intervenant médico-social exerçant en établissement et à domicile soient rapidement vaccinés", indique l'avis. 

Les deux instances rappellent qu'il s'agit "d'un enjeu éthique et déontologique" fondamental, et que, "si la liberté individuelle doit absolument être respectée, elle s'arrête à la mis en danger d'autrui : un principe éthique essentiel est de ne pas nuire à autrui". 

Elles estiment de fait que "la vaccination, au-delà de son impact personnel et collectif, relève de la déontologie professionnelle et répond à une exigence éthique". 

Décalage

Elles analysent également les raisons de ce qu'elles considèrent comme un "décalage chez les personnels de santé entre leur souhait profond de protéger les patients et le dévouement dont ils font preuve depuis le début de l'épidémie, dans des conditions de travail souvent très difficiles, et le pourcentage actuel des personnels vaccinés". 


"Il faut aussi s'interroger sur ce que dit la réticence à la vaccination de la crise profonde dans la confiance accordée au système de santé", pointent-elles. 

L'acceptation de se faire vacciner - surtout chez les jeunes professionnels de santé - suppose que le risque encouru pour la santé soit connu et négligeable et que l'on ait la certitude que ce geste protège également autrui, en réduisant le risque de transmission en cas d'infection. "Ces deux points semblent désormais avoir été démontrés, quoique les données disponibles concernant les effets secondaires provoqués par ces vaccins, s'ils indiquent pour la plupart d'entre eux qu'ils sont bénins, suggèrent pour certains de mettre en place une vigilance accrue", recommandent ces instances. 

Disponibilité des vaccins en question

Deux autres difficultés contribuent aux hésitations de certains professionnels, analysent-elles. 

Déjà, la disponibilité des vaccins qui constitue un paramètre majeur : "un effort doit être consenti pour que tous les personnels puissent avoir un accès encore plus facilité à la vaccination", expliquent le CCNE et la Cnerer. 

Ensuite, l'incertitude concernant l'attribution des vaccins. "Les vaccins à ARNm, les premiers disponibles, ont été administrés en priorité aux personnes âgées, ainsi qu'à des médecins. Le vaccin AstraZeneca, malgré sa très bonne efficacité sur le virus 'historique' et le variant 'britannique', a suscité une certaine réticence en raison de la fréquence d'effets secondaires bénins qu'il entraîne au décours de la vaccination, source parfois de désorganisation des équipes; la décision très récente de la Haute autorité de santé, consécutive à la survenue d'évènements très rares, mais graves, dont la causalité avec le vaccin n'est pas encore établie, de restreindre l'administration du vaccin AstraZeneca aux personnes de plus de 55 ans, a pu encore ajouter la confusion". 

Un sentiment de manque de considération à l'égard des professionnels de santé a pu naître d'une différence dans les priorités d'accès à tel ou tel vaccin, "même si personne en France ne choisit son vaccin et que l'attribution est définie par les autorités au vu de critères scientifiques et médicaux", estiment-elles. 


Il apparaît que l'accès des personnels de santé et des personnels socio-médicaux aux vaccins ayant le spectre de protection le plus large possible vis-à-vis des différents variants qui ciculent devrait être privilégié, compte-tenu de leur risque d'exposition à des patients porteurs de variants non immédiatement identifiés. 

Pédagogie

Si le CCNE et la Cnerer ne se prononcent pas sur les moyens de parvenir à ce que tous les personnels de santé soient vaccinés, ils alertent sur le fait qu'une obligation vaccinale - recevable sur le plan juridique ou du droit du travail - "ne serait pas adaptée dans une situation de faible approvisionnement en doses de vaccins, ni  dans un contexte d'évolutivité et d'incertitudes engendrant des situations d'incohérence et des décisions parfois contradictoires pouvant provoquer de fortes réactions négatives". 

Les instances préconisent "une démarche pédagogique et active au sein des équipes permettant d'appréhender objectivement les informations évolutives, voire contradictoires". 

"Une telle démarche proactive pourrait aussi conduire à renforcer la couverture vaccinale de l'ensemble de la population, afin d'aboutir à une immunité collective suffisante pour sortir de la crise épidémique". 

Rédaction ActuSoins

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