En grève, les IADE réclament la reconnaissance de leur pratique avancée

De nombreux IADE ont débuté le 2 novembre 2021 une grève reconductible à l'appel de plusieurs organisations. Déçues par la réduction des opportunités législatives, elles veulent ainsi pousser le gouvernement à accélérer la reconnaissance de leur pratique avancée infirmière.

« 80 à 90% » des IADE sont en grève, selon Christophe Paysant, président du Syndicat national des infirmiers anesthésistes (Snia).

Certains sont assignés pour maintenir les activités d'urgence et de cancérologie, ajoute-t-il, mais ce mouvement  « perturbe énormément » l'activité de certains services.

Depuis le 2 novembre, son syndicat, l'Union fédérale des médecins, ingénieurs, cadres et techniciens (UFMICT-CGT), l'Association nationale des étudiants infirmiers anesthésistes et les collectifs IADE United ont appelé les IADE à cesser le travail, une grève reconductible jusqu'au 18 novembre.

Les revendications des IADE ne datent pas du début novembre.

Ils réclament depuis deux ans, notamment depuis la création du statut des IPA, une reconnaissance statutaire des spécificités de leur mode d'exercice, « entre le métier socle d'infirmier et la profession médicale », résume le président du Snia.


Or le seul statut existant entre les IDE et les médecins est celui de la pratique avancée...

Ce syndicat ne revendique pas pour les IADE le même statut que celui des IPA – leur formation notamment se distingue beaucoup de celle des IPA - mais la reconnaissance du fait que les activités des IADE relève d'une pratique avancée du métier d'infirmier, car elle n'est « plus sous le régime de la prescription médicale mais de la stratégie », précise Christophe Paysant.

La création des IPA « urgences » les a encouragés à relancer cette revendication. Avec les travaux sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), ils pensaient se rapprocher du but mais leurs espoirs ont été douchés.

Amendement rejeté

« Très récemment, on a senti que le gouvernement avait compris certains de nos arguments », poursuit Christophe Paysant. Il y a deux semaines, poursuit-il, le gouvernement a déposé un amendement au PLFSS sur la primo-prescription des IPA et sur la reconnaissance de l'équivalence du diplôme des IADE en pratique avancée.

L'amendement a été rejeté au motif qu'il ne comportait pas de dimension financière et n'était donc pas en rapport avec le financement de la sécurité sociale.

Le gouvernement l'a représenté, modifié, mais sans la partie sur la reconnaissance statutaire des IADE. Selon lui, la levée de boucliers des représentants des médecins contre la première partie de l'amendement, sur la primo-prescription des IPA, a pu jouer aussi.


« Jusqu'à il y a très peu de temps, on nous a persuadés que ce vecteur législatif était possible, s'agace le président du syndicat. Et maintenant, la fenêtre législative se referme très rapidement et on va se retrouver sans statut. C'est inacceptable pour nous. »

C'était à son avis le dernier moment, dans l'agenda parlementaire, avant la période pré-électorale, où cette question aurait pu être examinée. « Notre seul espoir, poursuit-il, pour sortir de cette impasse statutaire, c'est que le ministre de la Santé prenne la décision sous forme réglementaire, par décret. »

Plusieurs statuts intermédiaires

La grève actuelle vise à faire pression en ce sens : les IADE ne veulent pas voir leurs revendications, qu'ils pensaient comprises et reconnues comme légitimes, tomber aux oubliettes.

Selon Christophe Paysant, l'existence de plusieurs statuts intermédiaires entre les professions infirmières d'un côté et médicales de l'autre ne pose aucun problème dans d'autres pays, comme les Etats-Unis. IPA, IADE en pratique avancée... « il y a de la place pour tout le monde. On peut très bien imaginer que les deux pratiques soient viables », côte à côte, martèle-t-il, car elles ne s'opposent pas.

Tout comme la qualité des études d'ingénieur, techniques, est reconnue à côté des études universitaires, la formation hospitalo-universitaire des IADE peut selon lui être aussi reconnue que celle, universitaire, des IPA.

Le diplôme d’Etat de grade Master 2 des IADE est d'ailleurs inscrit au même niveau (7) au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) que celle des IPA.


A l'heure où la pratique infirmière avancée se développe, ce qu'il considère comme « une très bonne avancée », Christophe Paysant considère qu'il « ne faut pas oublier que nos professions ont largement ouvert le sillon de la pratique avancée. On a un peu l'impression d'avoir ouvert la voie, en étant la première profession infirmière à obtenir le grade Master, et d'être mis maintenant sur le côté car notre formation n'est pas totalement universitaire. »

Selon lui, la grève exprime cette frustration.

Géraldine Langlois

Je m'abonne à la newsletter

Abonnez-vous à la newsletter des soignants :

Faire un don

Vous avez aimé cet article ? Faites un don pour nous aider à vous fournir du contenu de qualité !

faire un don

Réactions

2 réponses pour “En grève, les IADE réclament la reconnaissance de leur pratique avancée”

  1. L'ancien dit :

    Effectivement mais c’est juste pour démontrer que toute la communauté médicale n’est pas opposée aux revendications légitimes des IADE.
    Dernièrement, nous avons reçu le soutien franc et massif du PU PH le Prof Samana anesthésiste réanimateur qui déclare lui aussi que les revendications des IADE sont légitimes et en fait la preuve dans sa déclaration. Encore une fois un anesthésiste réanimateur qui soutient l’appel des IADe a plus de reconnaissance. Comme quoi la communauté médicale ( anesthésiste réanimateur) n’est pas forcément contre.

  2. Houot dit :

    Pourquoi as t on besoin des représentants des médecins pour parler de la profession infirmière. Chacun a sa place…

Réagir à cet article

retour haut de page
922 rq / 4,375 sec