Conflit de territoire entre infirmiers libéraux et salariés

Les infirmiers libéraux du territoire de Ferrière-la-Grande (Hauts-de-France) sont inquiets. Un centre de soins du réseau national ADN Santé entend ouvrir ses portes sur le territoire. Une installation dénoncée par les libéraux, mais justifiée par ADN Santé.

Conflit de territoire entre infirmiers libéraux et salariés

© Shutterstock

« Fin septembre, nous avons appris fortuitement, par l’intermédiaire d’une consoeur, qu’un centre de soins ADN Santé voulait s’implanter sur le territoire de Ferrière-la-Grande », rapporte Mickaël Semaille, infirmier libéral de Sambre Avesnois, à la tête d’une association qui a repris vie pour "défendre" les Idels face à cette situation.

Rapidement, les Idels du territoire entrent en contact avec ADN Santé, qui leur transmet le numéro de l’infirmière coordinatrice du futur centre de soins afin d’organiser une réunion d’urgence. Elle a lieu quelques jours plus tard, avec une quarantaine d’infirmiers libéraux du secteur.

« La réunion a été relativement virulente, reconnaît Mickaël Semaille. L’infirmière coordinatrice nous a affirmé que le centre de soins ne s’implantait pas pour faire de l’ombre aux Idels. Néanmoins, elle n’a répondu à aucune de nos questions et nous a surtout affirmé que l’implantation de la structure faisait suite à une demande des élus locaux qui regretteraient un manque d’offres de soins sur le territoire. »


Pourtant, d’après le président de l’association, les élus n’auraient jamais émis une telle demande.

Les points bloquants

Les Idels du territoire dénoncent plusieurs points quant à l’installation éventuelle de ce centre de soins. « Ils parlent de six postes salariés d’infirmiers de jour et trois postes d’infirmiers de nuit pour la réalisation de soins au centre de santé ou à domicile, donc finalement, ils proposent la même prise en charge que nous, rapporte Mickaël Semaille, agacé. Ils vont nous prendre notre travail ! »

Et de poursuivre : « Nous sommes d’autant plus étonnés que des infirmiers libéraux ont voulu s’installer sur notre territoire, et la Caisse primaire d’assurance maladie leur a refusé l’installation car nous sommes en territoire surdoté. Pourquoi le centre de soins pourrait-il s’installer ? » 

Autre point de contestation : la qualité des soins et de la prise en charge offerte aux patients. « En ville, pour faire des soins de qualité sur le long terme, il faut bien connaître son patient, rappelle Mickaël Semaille. Cela prend du temps pour construire une relation de confiance avec lui. Selon nous, le centre de soins ne peut pas prodiguer des soins de bonne qualité aux patients, ni assurer un suivi de qualité car les infirmiers changent régulièrement de planning et ne vont donc pas pouvoir construire une relation de confiance avec les patients. »

Apaiser les tensions

A la demande de l’Agence régionale de santé (ARS) Hauts-de-France, ADN Santé a organisé le 6 novembre une rencontre entre les acteurs du territoire dont les infirmiers libéraux, les élus locaux, les représentants du centre hospitalier ou encore les syndicats, afin d’expliquer sa démarche.

« Notre réseau associatif est réparti sur toute la France, et notre objectif est de couvrir des bassins de vie, explique Grégory Courbet, secrétaire général d’ADN Santé. Nous souhaitons nous implanter sur ce territoire, et nous avons trouvé des locaux à Ferrière-la-Grande. »

Au cours de cette réunion, le secrétaire général a réaffirmé sa « volonté de collaborer avec les infirmiers libéraux », soutient-il. « Ils voient notre installation d’un mauvais œil car ils pensent que nous sommes une machine à faire des soins, alors que ce n’est pas notre mode de fonctionnement. »

Inspiré du modèle hollandais Buurtzorg - un service de soins de proximité piloté par des infirmiers -, ADN Santé propose des soins infirmiers, avec une équipe de jour et une équipe de nuit à domicile et au sein du centre de santé pour des soins programmés et non programmés. « Nous fonctionnons avec des petites équipes de cinq à huit infirmiers salariés et une infirmière coordinatrice, précise Grégory Courbet. Notre objectif n’est en aucun cas d’avoir des équipes de plusieurs dizaines d’infirmières. » Et de garantir : « Dans notre organisation, les patients voient au maximum trois infirmières dans leur prise en charge, car nous ne voulons pas qu’ils multiplient les interlocuteurs. »

Le secrétaire général a voulu assurer aux Idels, chiffres à l’appui, que le centre de soins n’allaient pas être un concurrent pour eux. « D’après Cartosanté(1), sur les quatre dernières années, 48 nouveaux infirmiers libéraux se sont installés sur ce territoire et pourtant, le nombre d’actes par infirmiers a augmenté, soutient-il. Ces chiffres démontrent bien qu’il y a de la place pour tous. »

Autre son de cloche côté libéral : « Depuis le début de l’année, six cabinets libéraux du territoire ont fermé leur porte à la fois en raison d’un épuisement professionnel, mais aussi à cause d’une saturation du nombre de cabinets par rapport à une offre de soins stationnaire », fait savoir Mickaël Semaille.

D’ici la fin du mois, l’ensemble des parties seront fixées par l’ARS, sur l’ouverture possible ou non du centre de soins. 

Laure Martin

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(1)  Cartosanté est un outil de représentation cartographique et statistique de données spécifiques aux problématiques d'offre et de demande de soins de premier recours. Il s’agit d’un outil des ARS.

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