Grâce à un infirmier libéral, la télémédecine s’implante dans un désert médical

L'envie d'un infirmier libéral du Pas-de-Calais de s'investir dans l'accompagnement des téléconsultations médicales a coïncidé avec le manque de médecin généraliste dans une petite ville près de Calais : il va bientôt gérer une borne de télémédecine que la commune va installer. Il y  accueillera début 2021 les premiers patients.

Franck Heddebaux, infirmier libéral souhaite s'investir dans l'accompagnement des téléconsultations médicales

Franck Heddebaux, infirmier libéral souhaite s'investir dans l'accompagnement des téléconsultations médicales © DR

La ville de Les Attaques (2000 habitants), dans l'arrière-pays de Calais, a adopté la solution proposée par un infirmier libéral du secteur d'installer une borne de télémédecine sur son territoire.

« Nous n'avons plus de médecin généraliste depuis trois ans », observe Camille Benedetti, directrice générale des services de la commune.

Et les efforts déployés par la ville et la communauté de commune pour attirer de nouveaux médecins - mise à disposition gracieuse d'un cabinet, aide financière à l'installation - n'ont pas porté leurs fruits.


Des son côté, Franck Heddebaux, infirmier libéral à Fréthun, à 10 kilomètres des Attaques, souhaitait s'investir dans l'accompagnement des téléconsultations médicales. Depuis juin 2019, l'avenant 6 à la convention nationale des infirmiers libéraux crée en effet un acte d'accompagnement du patient à la téléconsultation, à domicile ou dans un lieu dédié.

Pallier l'absence de médecin

« J'ai monté le projet de A à Z », indique-t-il, du choix de l'opérateur de télémédecine à celui de la borne numérique en passant par l'organisation de la permanence infirmière. Et il a choisi de la proposer à une ville où la ressource médicale est rare.

A les Attaques, tous les candidats à l'élection locale du printemps ont été interpellés par la population sur l'absence de médecin généraliste. L'équipe municipale a donc bien accueilli sa proposition et le conseil municipal a adopté le projet le 10 septembre.

Côté fonctionnement, « nous finissons la phase d'avant projet », précise la DGS. L'infirmier et les services communaux ont balisé les choses. La borne de télémédecine a été choisie.

Elle comprend un module de connexion internet avec un écran tactile, des hauts-parleurs, un micro et une caméra, afin de permettre les échanges entre le patient et le médecin, une imprimante pour imprimer les ordonnances mais aussi sept instruments médicaux connectés : stéthoscope, tensiomètre, balance, thermomètre, dermatoscope, oxymètre et otoscope.

Elle doit permettre aux patients de consulter à distance « un des 100 médecins généralistes » de la plateforme de l'opérateur en « six à dix minutes », indique l'infirmier (15 selon l'opérateur). Il sera aussi possible de prendre rendez-vous avec des spécialistes (pédiatres, ORL, dermatologues, cardiologues, pneumologues, psychiatres, gériatres) dans des délais infiniment plus courts (deux à sept jours) qu'auprès des praticiens libéraux du secteur, de plus en plus rares et débordés.

Délais courts

La borne sera installée dans un petit bâtiment modulaire en bois que la ville va construire tout exprès dans les prochaines semaines.

30 m2, accessibles aux personnes à mobilité réduite, qui comprendront une petite salle d'attente et des sanitaires et un bureau infirmier avec la borne.

Ce local sera loué à l'infirmier, qui y assurera des permanences. Le rôle de l'infirmier dans ce dispositif consiste, explique Franck Hedebaux, « à accueillir la personne, à recueillir ses données de santé, ses antécédents voire à mettre en place le DMP si le patient le souhaite, à l'installer face à la borne, lui en expliquer le fonctionnement, éventuellement le rassurer ».

En fonction des besoins de la personne, il peut la laisser seule durant la consultation ou bien l'accompagner, soit dans la manipulation des instruments connectés, soit dans les échanges avec le médecin.

Selon l'infirmier, les IDE peuvent mettre à profit leurs compétences et leur expérience pour faciliter la téléconsultation. L'opérateur forme par ailleurs pendant une journée au fonctionnement technique de la borne les personnes qui la manipuleront (infirmiers, pharmaciens).

Selon la convention précaire sur quatre ans renouvelables signée par la ville et l'infirmier libéral, la borne sera accessible au public du lundi au vendredi de 7h à 9h et de 17h à 19h ainsi que le samedi de 16h à 18h, au minimum.

Franck Heddebaux, seul à gérer la borne dans un premier temps et seul sur son cabinet, organisera sa tournée en conséquence, assure-t-il. Il sera rémunéré à la consultation au tarif conventionnel (12€). Et il assure qu'il n'effectuera aucun soin sur la commune des Attaques, où sont déjà installés plusieurs infirmiers libéraux. Il a d'ailleurs prévu d'aller leur présenter le projet prochainement.

Sur le plan financier, les investissements, qui comprennent l'achat de la borne (30400 € HT), la conception, la construction et l'aménagement du bâtiment (30000€ HT) ainsi que l'extension des réseaux (10000€ HT), sont financés à 80 % par des subventions du Conseil départemental et de l'agglomération et à 20% par la commune. Elle prend également en charge les dépenses liées aux consommables de la borne. L'infirmier quant à lui reversera un loyer à la ville.

La situation sanitaire liée à l'épidémie de Covid a ralenti le projet mais ses promoteurs comptent voir les premières téléconsultations se tenir en février ou mars prochain.

Géraldine Langlois

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