Mobilisation du 30 juin : « Si ça doit changer, c’est maintenant ou jamais »

Il y a deux semaines, les personnels soignants descendaient dans la rue pour la première fois depuis le confinement. Aujourd’hui, l’ambiance était moins joyeuse, plus tendue. A la stupéfaction a succédé la colère. Le Ségur de la santé est attendu au tournant par des soignants, exsangues.

Mobilisation du 30 juin : « Si ça doit changer, c’est maintenant ou jamais »

photo d'illustration. M.S / ActuSoins

Nolwenn, 26 ans, Jennifer, 35 ans et Blandine, 30 ans, travaillent toutes trois à la Pitié-Salpétrière.

En attendant 14h, elles prennent des forces et échangent leurs expériences sur quelques marches à proximité de Cochin, d’où doit partir le cortège, direction le ministère de la Santé.


Autour d’elles, des panneaux comme « Plus Ségur, moins c’est sûr » ou « Trions la dette, pas les gens ».

L’ambiance est tendue, les escadrons de CRS, presque plus nombreux que les manifestants, encadrent d’une main de fer le parcours.

Trois femmes, trois professions - infirmière, aide-soignante, assistante sociale - mais une même détermination à faire entendre leur voix.

Derrière son dos, sur sa blouse bleue, Nolwenn, qui exerce en chirurgie, porte le message « Ségur imposture », qui traduit bien le manque de confiance qu’elle accorde au gouvernement.

« Les axes de travail abordés ne correspondent pas à nos attentes, clame-t-elle. Il n’y a rien pour le moment, à part un mot sur la revalorisation salariale, sur les embauches dont on a besoin et les fermetures de lits qui continuent. Pour moi, ils sont à côté de la plaque ».

Jennifer, elle, en a assez « d’être à découvert de 300 euros tous les mois », alors qu’elle se lèvre à 4h et passe des journées exténuantes -y compris à « rafistoler les pieds à perfusion ».

Certes, personne, parmi les manifestants ne conteste le besoin de la prime exceptionnelle accordée aux soignants - encore que – mais pour Soraya, 44 ans, infirmière en psychiatrie à Saint-Anne, c’est une « miette qu’on n’avait pas demandée. Face à ce qu’on demande vraiment, on fait la sourde oreille ».

Accompagnée de sa collègue Maud, 43 ans, qui était déjà présente il y a deux semaines, elles racontent les conditions qui se dégradent. « C’est incroyable d’annoncer encore des fermetures de lits ou des suppressions de poste, comme si de rien n’était ! », déplore Soraya, tandis que Maud regrette le temps où elle avait le « temps d’accompagner ses patients en extérieur », une époque où « le relationnel » était plus important que « la paperasse ».

Le changement, maintenant

« Il faut des catastrophes pour que les politiciens et les citoyens réalisent la gravité de la situation », lâche, un peu amère, Julie, infirmière en psychiatrie.

La prise de conscience, c’est bien, mais ce qu’elle attend, c’est de l’action. « On veut des moyens, du personnel et du matériel », lâche la trentenaire, qui regrette que jusque fin mai, il n’y ait eu dans son établissement que des « masques périmés ». « A l’occasion de cette grande épidémie, on a vu que le système français était défaillant ».

Pour Lydia, 30 ans, également infirmière en psychiatrie, en banlieue, « s’il ne se passe pas quelque chose, les applaudissements n’auront servi à rien. Il faut montrer notre présence ».

Aujourd’hui, elle attend une vraie reconnaissance, ayant le sentiment que les soignants ont tout fait pendant la crise pour « que ça se passe bien ».

En colère, elle attend beaucoup de « l’après Covid ». Ras-le-bol des « belles promesses, il faut que ça change ». Surtout que des besoins nouveaux émergent en psychiatrie, « avec de nombreux patients qui décompensent et s’effondrent à cause du confinement ».

Alors le gouvernement sera-t-il à la hauteur des attentes ? Soraya estime que les 6 milliards mis sur la table ne sont clairement pas assez. « L’argent, ils l’ont. Je suis sûre qu’ils peuvent mettre le double ou le triple. Ils veulent nous apaiser ». Pour autant, elle n’est pas prête à raccrocher. « Lors des stages pendant nos études, on voit bien la réalité qui nous attend. Je vais continuer mon métier, mais pas arrêter de me battre ».

Des étudiants en soins infirmiers sont également présents, comme Alyson, 19 ans. Bien sûr, le salaire la préoccupe mais c’est surtout la perspective d’être obligée, un jour, de renvoyer un patient chez lui, faute de lits, qui lui fait peur. Cette plongée dans la crise du Covid a été « formatrice », et n’a fait que renforcer sa conviction du rôle que les soignants doivent jouer… Avec la reconnaissance qui va avec.

« Leur médaille, j’en veux pas », lâche Jennifer, agacée. Et Nolwenn de répondre, mi-amusée, mi-ironique. « Si, moi j’en veux bien une, en chocolat. C’est bon pour la santé ».

Quelques minutes plus tard, une soignante lance, désespérée, en s’adressant à la foule : « Vous nous avez applaudi tous les soirs. C’est maintenant que nous avons besoin de vous ! »

Mickael, 32 ans, infirmier urgentiste à Eaubonne, confirme ce besoin de soutien. « Nous ne nous battons pas seulement pour nos droits, mais c’est le combat de tous les citoyens. Tout le monde est amené à vieillir. Ma crainte, c’est que les gens commencent à oublier cette crise. C’est une grande qualité humaine, d’être capable d’oublier, mais j’ai peur que sous couvert de relance économique, on mette de côté les dépenses absolument nécessaires au secteur de la santé. »

Delphine Bauer, avec Louise Feigenbaum

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Réactions

1 réponse pour “Mobilisation du 30 juin : « Si ça doit changer, c’est maintenant ou jamais »”

  1. alerte dit :

    6 milliards c’est beaucoup d’agent le gouvernement ouvre la boîte de pandore il y a 5 millions de fonctionnaires!!!!!!!

    Répondre modéré

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