Reprise de la chirurgie en ordre dispersé et sous contrainte

L'activité chirurgicale des blocs opératoires, fortement réduite au plus fort de la crise sanitaire, reprend peu à peu mais dans les services où travaillent les infirmiers qui témoignent ici, elle se déroule dans des conditions différentes de celles qui prévalaient avant. Le coronavirus a bouleversé les organisations et certaines pratiques.

Reprise de la chirurgie en ordre dispersé et sous contrainte

Dans la clinique participant au service public où travaille Adeline*, IDE, tous les blocs sont ouverts mais « la chirurgie a repris en douceur et uniquement pour des interventions en ambulatoire pour maintenir la disponibilité des lits pour les patients Covid » qui pourraient arriver en cas de « deuxième vague », explique-t-elle.

Quentin,  infirmier au bloc d'un hôpital d'Ile-de-France, observe la même chose : « l'activité a commencé à reprendre mais à un rythme inférieur à ce qu'il était auparavant, deux à cinq interventions par jour. Les chirurgiens sont présents, les infirmiers aussi. Tous les blocs sont ouverts mais dans le nôtre on ne fait que  trois opérations par jour. »

Tous les blocs n'ont pas rouvert partout. Mi mai, la moitié des blocs du CHU où travaille Sophie, infirmière, étaient encore fermés.


En neurochirurgie, notamment, ils  devaient le rester jusqu'en septembre, après une possible seconde vague et la période des congés. Le programme opératoire est limité aux urgences et aux interventions dont le report entraînerait une perte de chances, en oncologie par exemple. « Ce qui pouvait attendre a attendu et attendra encore », résume-t-elle.

Reprise limitée

Le bloc de neurochirurgie où travaille Valérie, IBODE, ne dispose jusqu'en juin que d'une salle sur les deux habituelles. Il manque encore des anesthésistes et du matériel, réquisitionnés par les services de réanimation.

En outre, il n'est pas possible d'hospitaliser les patients dans des chambres doubles ensuite, Covid oblige, ce qui limite le nombre d'opérés potentiels. Outre les tumeurs et les détresses vitales, le service a repris quelques interventions fonctionnelles et reçoit de nouveau les urgences venant d'établissements associés. « On opère moins de gens mais ce sont des patients assez lourds, il n'y a plus d'interventions simples et rapides, poursuit l'Ibode. L'activité opératoire est donc très intense » dans son établissement.

A cela s'ajoute la « tension nerveuse » liée à la présence, chez certains patients et dans les esprits, du coronavirus. On n'opère pas un patient atteint de la Covid (ou suspecté de l'être) comme les autres. Un sujet de préoccupation majeur pour Valérie :  « l'hygiène c'est le cœur du métier d'IBode », qu'elle transmet autour d'elle auprès de tous les membres de l'équipe.

Quand un patient Covid doit être opéré, « on sort de la salle, avant son arrivée, tout ce qui n'est pas indispensable à son intervention et on y replace tout ensuite, explique l'Ibode (ce n'est pas le cas partout, NDLR). Il faut aussi prévoir qu'une personne reste dans le couloir pour passer à l'équipe ce dont elle a besoin, et aussi, bien sûr, vérifier la PCR du patient » (le test diagnostic de la Covid-19) avant l'intervention.

Timing des PCR

Dans certains établissements il est demandé systématiquement avant toute intervention. Dans d'autres seulement pour celles qui durent plus de deux heures.

En dehors des urgences absolues, certaines équipes refusent d'opérer des patients dont le statut par rapport au coronavirus n'est pas connu, même en l'absence de symptômes, avant une intervention.

A certains endroits, le fait qu'un patient soit atteint est parfois découvert en cours d'intervention ou après. Adeline a participé à une intervention (programmée) sur un patient suspecté d'être atteint par la Covid-19 mais dont le résultat de la PCR ne pouvait être connu que le lendemain. « Nous avons utilisé des moyens de protection adéquats mais dans le couloir, le patient était à côté d'autres patients qui ne portaient pas de masque », remarque-t-elle.

La disponibilité des maques FFP2 pour les infirmiers au bloc varie d'un lieu à un un autre. Quentin a « vu zéro masque FFP2 dans [son] bloc » alors que les IADE en ont pour les gestes à risque comme les intubations.

Là où travaille Valérie, il y en a mais au départ ils étaient réservés, côté soignants, aux IADE « alors qu'il y a des moments où nous devons les aider lors d'une intubation ou une extubation », raconte-t-elle, ou alors il fallait en réclamer et signer un document pour en obtenir.

Cette condition a été levée mais la pression qu'exerce sur les soignants la rareté de cet équipement de sécurité essentiel créée chez eux, selon l'Ibode, une « grosse colère ». D'autant qu'elle constate aussi le manque de casaques et de tenues jetables et parfois de charlottes.

Pour les remplacer « on bricole de manière relativement satisfaisante, ajoute Valérie, mais on s'inquiète pour la suite ». Dans un autre domaine, elle observe par ailleurs que « les actes exclusifs sont passés à la trappe, ils ne sont pas appliqués » et les IDE qui travaillent au bloc n'ont pas pu suivre la formation qui devait leur permettre de pratiquer les actes prévu à l'article 1-B du décret du 27 janvier 2015.

Géraldine Langlois

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