Exercice coordonné, le nouvel idéal pour les infirmiers libéraux

Soins coordonnés et outils numériques étaient au cœur de débats du 6ème forum de l’URPS Occitanie à Toulouse. Dans cette région, la coordination des acteurs de santé fait des émules.   

© Twitter / E-santé Occitanie. Lors du forum URPS Infirmiers Occitanie.

Un vent de nouveauté soufflerait-il sur le quotidien des infirmiers libéraux?  En Occitanie par exemple, les soins coordonnés progressent à grand pas, avec 203 maisons de santé pluri professionnelles (MSP) désormais labellisées sur l’ensemble du territoire en 2019, dont 23 nouveaux projets lancés en octobre dernier. (Pour rappel, on en comptait 10 dans cette région en 2010).

Pas étonnant donc que les exercices coordonnés et les IDEL connecté(e)s aient été au cœur des débats du 6ème forum régional des infirmiers libéraux organisé par l’URPS (qui représente 16 000 professionnels) ce 28 novembre à Toulouse.

Quelle place pour les libéraux dans ces différents modes d’exercices coordonnés ? Quels outils numériques disponibles pour se coordonner avec les professionnels de santé ? Des questions cruciales à l’heure ou l’exercice coordonné est lui aussi fortement encouragé par la loi ma santé 2022. « Vous êtes notre partenaire privilégié, vous assurez la continuité des soins c’est pourquoi nous avons fait le choix de travailler main dans la main avec vous », a ainsi rappelé Laëtitia Goeau, la sous-directrice de la coordination, de la gestion du risque à l’assurance maladie d’Occitanie lors de cette journée.

Une confiance qui s’est d’ailleurs traduite en rémunération, avec la signature de l’avenant 6 de la convention nationale des infirmiers en avril dernier. « Elle prévoit le versement d’un euro pour l’ouverture de chaque DMP et une aide financière sous forme de forfait de 490 euros, versé dès le 1erjanvier 2020 en cas d’investissements numériques, à ceux qui en auront fait la demande », a souligné Laëtitia Goeau.  

Soins coordonnées pour améliorer le suivi des patients

Si l’ouverture de DMP n’est pas obligatoire, l’Occitanie fait partie des régions les plus engagées sur le sujet avec plus de 485 000 DMP ouverts, mesurait la CPAM en avril dernier. « La Haute-Garonne est un département pilote sur cette question, et grâce à ce DMP le bilan de soins infirmier, doit pouvoir transiter entre les différents professionnels de santé », estime la spécialiste.  

Sur le terrain, la coordination entre les différents acteurs du soin est déjà en marche. Illustration à la maison de santé Health Care Maourine, située quartier Borderouge à Toulouse. Elle a été fondée par Olivier Sillas, infirmier libéral et coordinateur de la structure.

Il travaille avec des généralistes une psychologue, des kinésithérapeutes… La structure a redonné une bouffée d’oxygène au quartier, alors identifié comme désert médical. « Nous faisons de la concertation pluri professionnelle au quotidien sur des cas complexes. Nous avons aussi instauré une réunion une fois tous les deux mois consacrée à une dizaine de patients pour lesquels nous mettons en place des protocoles de soins », décrit Olivier Villas. « Tout n’est pas rose, mais on reste des libéraux bien  loin d’une pratique isolée, et on peut faire valoir nos compétences auprès des médecins », estime l’infirmier.

Autre expérience à Mauguio non loin de Montpellier pour Ghislaine Sicre qui a opté elle pour une équipe de soins primaires (ESP), un outil qui a vu le jour dans le cadre de la loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016. « C’est une structure plus facile à mettre en place que les MSP car nous n’avons pas besoin de locaux, le seul impératif est de compter un médecin généraliste parmi ses partenaires», explique l’infirmière, également présidente du syndicat Convergence Infirmière.

Fondée il y a un an, l’ESP de Mauguio rassemble deux généralistes, trois cabinets infirmiers, des kinésithérapeutes et une pharmacie. « On développe la prévention, et quand c’est possible on évite les hospitalisations. L’hiver dernier nous avons pris la décision de garder à domicile une patiente très âgée qui avait attrapé la grippe, avec un protocole de suivi très précis, et nous l’avons soignée ! »

Autre mode de soins coordonnés en voie de développement : les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), des outils qui dépassent la notion de soins et permettent d’élargir aux champs du social, et du médico-social. « Ces structures sont complémentaires des maisons de santé pluriprofessionnelle, car elles permettent de développer des parcours de santé et couvrent des bassins de population très élargis, » explique Magali Bessière, coordonnatrice de CPTS et ancienne infirmière libérale.

On compte actuellement 54 projets de CPTS en Occitanie grâce à la mise en place d’un guichet unique de l’ARS, et l’objectif de ma santé 2022 est d’en faire émerger 1 000 au niveau national.

Le problème de l’interopérabilité des données

Un aspect cependant pénalise encore ces nouveaux modes d’exercice, il s’agit  du manque  d’outils numériques fiables pour échanger entre professionnels. A Mauguio, l’ESP a opté pour Léo, un outil digital qui permet des échanges rapides avec les médecins avec réponse immédiate et archivage des échanges. « Il est actuellement en béta test mais n’est pas encore généralisé et c’est un problème », reconnait Ghislaine Sicre. Même constat à la MSP de la Maourine à Toulouse pour  Olivier Silla « on utilise les mails et SnapChat, et on sait que l’on n’est pas tout à fait dans les clous, l’idéal serait d’avoir une appli à données sécurisées qui puisse tout gérer. »

C’est en cours ! Selon Dominique Pon, le directeur de la clinique Pasteur à Toulouse et pilote du chantier numérique gouvernemental « ma Santé 2022 ». Il plaide dans son rapport pour un socle commun qui devra être appliqué par tous les éditeurs de logiciels de santé et un identifiant numérique de santé pour chaque citoyen dès 2022.

Béatrice Girard

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