De la blouse blanche au nez rouge, l’étonnant parcours d’une infirmière

Originaire du Nord, Isabelle Delleaux a fait ses études à l’IFSI de la clinique Notre Dame de Bon Secours à Paris. Installée à La Réunion depuis 1999, après quelques années de pratique infirmière, elle a échangé en 2012 la blouse blanche contre l’habit de clown. Son théâtre : les services de pédiatrie du CHU au sein de la compagnie Eclats de l’Ile. Une histoire émouvante au carrefour de deux vocations.  

De la blouse blanche au nez rouge, l’étonnant parcours d’une infirmière

Isabelle Delleaux © DR

Comment vous est venue cette vocation de clown ?

J’ai toujours voulu être comédienne, mais après mon bac, mes parents n’ont pas voulu que je me dirige dans cette voie : saltimbanque, ce n’était pas un métier pour eux. J’ai donc fait l’IFSI à Paris, à la clinique Notre Dame de Bon Secours. Mais le soir, je prenais des cours de chant et de théâtre et j’avoue que je dormais un peu en cours le lendemain ! Après mes études, j’ai beaucoup travaillé en intérim à Paris, puis en Guadeloupe : plus de temps pour la comédie. Je suis revenue en métropole parce qu’un ami voulait monter une pièce avec moi. Malheureusement, elle n’a jamais été programmée et là je me suis dit que comédienne, ce n’était pas pour moi : infirmière j’étais, infirmière je resterai.

Et ensuite ?

En 1997, je suis partie dans l’Aisne, à Laon, où je travaillais dans une clinique privée. Avec mon compagnon, on rêvait de partir à Madagascar, mais on a décidé de commencer par une étape à La Réunion en 1999. Mon premier fils naît et je trouve du boulot comme infirmière dans une crèche, bien que n’étant pas puéricultrice. La crèche, qui manquait de professionnalisme à ma grande indignation, finit par fermer par décision administrative en 2004. Au chômage et enceinte… Mon second fils naît en 2006 et boum… mon compagnon meurt six mois après. J’ai fait une dépression pendant cinq ans.

Isabelle Delleaux, infirmière

Isabelle Delleaux en civil © DR

Comment avez-vous rebondi ?

Grâce à une copine qui m’a parlé de son attrait pour les clowns. Avec elle, je bosse un peu un personnage, Mme Gros Doigts. En 2011, j’ai l’occasion d’aller faire un stage en métropole et j’adore ce clown qui dit ce qu’il pense et se moque de la bienséance. Ca me redonne la pêche et, en rentrant à La Réunion, je me dis qu’il faut que je retravaille. Mais j’avais encore trop de peine en moi pour porter celle des autres. Et j’étais maman solo. En 2012, je passe donc un bilan de compétences à Pôle Emploi et ce qui est drôle, c’est que le métier qui m’irait comme un gant selon Pôle Emploi, c’est… clown à l’hôpital ! Sauf que le conseiller me dit : « Dommage, il n’y en a pas à La Réunion ! Allez plutôt postuler au nouvel EHPAD qui se monte ».

C’est donc vous qui avez créé la compagnie de clowns à l’hôpital ?

Pas du tout ! En fait, Eclats de l’Ile existait depuis 2005 à La Réunion ! Je le découvre parce que la compagnie passe une annonce pour recruter quatre clowns pour le CHU Sud où elle n’était pas encore opérante ! Pôle Emploi n’était même pas au courant ! On était dix à l’audition, j’ai été prise. J’ai pu bénéficier d’une formation qualifiante et recrutante et, depuis mi-2012, je bosse dans la compagnie. Je retourne à l’hôpital, mais avec mon nez rouge et plein de tours de magie dans mes poches. Mon côté infirmière se réveille souvent, même si j’essaie de ne pas le ramener avec moi. Sinon je réagirais tout le temps à la poche qui coule par terre ! J’ai toujours mes réflexes d’infirmière pour repérer la douleur ou le truc qui ne va pas. 

Isabelle Delleaux infirmière clown

Isabelle Delleaux ©DR

Et l’envie de revenir de l’autre côté ne vous tente toujours pas ?

Non, même si je vais beaucoup mieux maintenant. Ce que je sais, c’est que si je devais retourner à l’hôpital en soins, j’irais à reculons. Je constate qu’en 20 ans rien n’a changé, le manque de personnel, de moyens, bref, on en est toujours au même point. C’est sûr que je ne gagne pas ce que gagne un infirmier à La Réunion. Je suis au cachet, en contrat journalier. J’ai un statut d’intermittent du spectacle, ce qui est assez confortable, on est certain d’avoir au moins un peu plus qu’un SMIC par mois. Mais j’aime ce que je fais, je me suis trouvée, j’ai l’impression d’être utile, de faire du bien au patient. Parfois nous sommes une aide pour les médecins qui nous demandent si le patient suit des yeux, s’il entend, s’il réagit au bruit, à la lumière… A tout choisir, il vaut mieux être une mauvaise comédienne qu’une mauvaise infirmière (rires) !

Propos recueillis par Mireille Legait

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