Infirmiers de santé au travail : un rôle méconnu à valoriser

Les 13 journées nationales d’étude et de formation des infirmiers de santé au travail viennent de s’achever à Toulouse. Parmi les problématiques du colloque : la place et la reconnaissance de ces professionnels dans l’entreprise et  par les médecins du travail.

Infirmiers de santé au travail : un rôle méconnu à valoriser

©Nathalie Ruaux/Creative Commons

Sur les 600 000 infirmiers de toutes spécialités recensées en France, 6000 sont infirmiers de santé au travail, directement embauchés en entreprises, ou en inter entreprises.

Ces spécialistes de la santé et de la prévention en milieu professionnel ont parfois du mal à s’imposer. « Tout découle de la réforme de 2011 qui s’applique depuis 2012 et a introduit une visite d’information et de prévention », pointe Nadine Rauch, la présidente du GIT*, organisateur de l’événement.

Cette visite permet en effet en théorie aux infirmiers de santé au travail de prendre le relais des médecins du travail et d’assurer un suivi de santé aux salariés ; mais dans les faits, les infirmiers ont malheureusement encore du mal à trouver leur place.


Selon Nadine Rauch, « cette jeune profession a du mal à s’organiser et à s’imposer, c’est pourquoi le message de ces journées c’est vraiment de les encourager à prendre leur destinée en main.» C’était le sujet de l’une des tables rondes consacrée à « la façon de communiquer sur le rôle propre de l’infirmier au travail. »

L’association du groupement des infirmiers de santé au travail dont l’une des missions est de favoriser les échanges entre ces spécialistes, a mis en place (et récemment actualisé) un référentiel de compétences qui entre dans le cadre juridique. « Selon ce référentiel, l’infirmière de santé au travail s’exprime au travers de quatre rôles distincts », a rappelé Catherine Chazette, membre du GIT et en poste dans la région de Grenoble.

Elle a insisté notamment sur le rôle d’interface avec le médecin du travail et l’entreprise, comme un interlocuteur privilégié. «Depuis la nouvelle réglementation nous faisons de la prévention primaire et secondaire et nous voyons des salariés qui vont plutôt bien, alors que le médecin voit des salariés lorsqu’ils vont mal, voilà pourquoi nous sommes dans le "care" », a-t-elle rappelé.

Favoriser les échanges entre pairs

Pour partager leur vécu professionnel, certains infirmiers de santé au travail se retrouvent au sein de groupe d’analyse des pratiques entre pairs (GAPEP).

Ces groupes, qui entrent dans le champ de la formation continue, s’appuient sur des rédactions de monographies favorisant l’analyse des pratiques professionnelles, le partage de situations avec les pairs, la rédaction de comptes rendus et le travail en binôme … « Ils nous permettent d’avoir plus de recul et de détachement, mais aussi de réaliser ce que l’on apporte en tant qu’infirmier, c’est une boucle d’amélioration continue », ont témoigné Stéphanie Rousseau et Anthony le Piouffle, tous deux membres d’un GAPEP.

Sur le terrain, David Blaise  infirmier de santé au travail en Bourgogne a lui, raconté  son expérience de l’entretien motivationnel en santé au travail. « Une technique que j’ai expérimentée dans une autre période de ma vie professionnelle alors que j’étais infirmier en santé mentale et que je travaillais sur les addictions », a-t-il raconté.

Renforcer la motivation des salariés

Aujourd’hui il applique ces techniques  pour prévenir les risques professionnels chez les salariés.

  « C’est un échange  basé sur un style de communication collaboratif qui permet de renforcer la motivation propre d’une personne et son engagement vers le changement »,  a expliqué l’infirmier.

L’entretien motivationnel peut être utilisé en matière de prévention, dans l’industrie par exemple pour aider les salariés  à modifier leurs habitudes concernant le port de protections individuelles contre le bruit.

A l’écoute de ces récits, le professeur Maria Gonzales, médecin du travail, chef de service de pathologie professionnelle et médecine du travail au CHRU de Strasbourg a réagi.  « Tous vos témoignages témoignent des progrès énormes faits par les infirmiers de santé au travail dans  leurs pratiques quotidiennes,  et ce alors même que votre rôle reste encore très méconnu des médecins du travail qui demandent souvent ce qu’ils peuvent confier à un infirmier de santé au travail », a t-elle reconnu.

  « Il y a pourtant beaucoup de choses que vous pouvez faire sans délégation, utilisez des outils méthodologiques et osez montrer ce que vous faites pour gagner encore en crédibilité », a encouragé le Pr. Gonzalez.

Béatrice Girard

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*GIT : groupement des infirmiers de santé au travail  organisateur de l’événement.

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Réactions

1 réponse pour “Infirmiers de santé au travail : un rôle méconnu à valoriser”

  1. ide54_78 dit :

    bonjour,
    jeune profession ? la profession d’inf du travail n’est pas jeune, c’est une spécificité de la profession infirmière qui existent depuis assez longtemps quand même.
    Moi, je suis infirmière du travail : l’appellation infirmière de santé au travail fait que bcp de mes collègues sont persuadés que je ne m’occupe de que de la santé ! les études de postes, les recommandations ergonomiques ou réglementaires, ah ben non, c’est pas vous ça.

    et par pitié, ne mettez pas dans notre spécificité les tare du sanitaire : le care et le cure , stop ! c’est juste pour faire genre

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