Hôpitaux parisiens : Les infirmières bretonnes à l’abordage !

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A l'instar des corsaires malouins face aux navires anglais, les bretonnes ont investi depuis longtemps les hôpitaux parisiens. Pourquoi un tel engouement ?

infirmière bretagneAucun chiffre n'existe sur cet étrange phénomène constaté par nombre d' de l'AP-HP : quel que soit le service, sous la blouse blanche se cache souvent une IDE bretonne. « J'ai effectué 14 stages dans 4 hôpitaux parisiens pendant mes études et ça s'est avéré vrai partout » admet Aurélie.

Originaire de Roscoff dans le Finistère, cette infirmière travaille à Paris depuis cinq ans. Elle avait pourtant été admise en IFSI près de chez elle. « Mais j'ai préféré partir à Paris pour avoir plus d'expériences et d'opportunités de travail » explique la jeune femme.

Un argument avancé par la plupart des originaires du pays des korrigans. Au 21e siècle, la capitale et ses nombreux hôpitaux font toujours figure d'eldorado.

Oubliez Bécassine

Le phénomène est ancien. En 1877, le fondateur de la première école d'infirmières parisienne fustigeait « les Bretonnes bretonnantes, illettrées, sachant à peine lire et écrire » (1) qui composaient selon lui le personnel infirmier de l'assistance publique.


N'en déplaise à ce Mr Bourneville, la Bretagne possède désormais un des meilleurs taux de réussite au bac (90,2% en 2012). Mais l'exode des infirmières se poursuit. La passion des Bretons pour le voyage est une des explications.

La précarité dans les hôpitaux publics régionaux en est une autre. Après sa formation à Rennes, Bérénice a travaillé au CHU de la capitale bretonne. « Tu ne signes que des CDD d'un mois ou deux. Ils t'imposent des coupures de quelques semaines entre tes contrats pour ne pas être obligés de te stagiairiser » témoigne-t-elle. De guerre lasse, elle s'est exilée à Paris. « Ils ont essayé de me  retenir, mais sans jamais proposer de CDI. Ils me disaient: ' tu n'as qu'à faire de l'intérim entre deux contrats'. Mais moi je veux de la stabilité ! ».

Elle se dit aujourd'hui ravie de son travail au service de réanimation de l'hôpital Pompidou. « L'AP-HP me donne des moyens et des conditions de travail que je n'avais pas en Bretagne » assure-t-elle. Même son de cloche chez sa collègue Nadège, originaire de Saint-Malo. « A Nantes ou Rennes, il y a tellement de candidats que tu ne fais pas la fine bouche. Moi je voulais travailler en réanimation : à Paris, non seulement c'est possible, mais j'ai même le choix entre plusieurs services. C'est une terre bénie ! » s'exclame-t-elle en riant.

Précarité bretonne

Pour les syndicats, la précarité dans les hôpitaux publics est une évidence. « Au CHU de Rennes, on a 172 contractuels sur un total de 1200 infirmiers. On voit que ce nombre ne diminue pas malgré les nombreux départs en retraite suite à la réforme de 2010 » constate Eugène Epaillard de Sud 35. Conséquence : les jeunes partent vers des hôpitaux en déficit de personnel. « Certains se font titulariser à Angers, Tours ou Paris et après quelques années, ils demandent leur mutation vers la Bretagne » explique-t-il.

Dans le Finistère, il faut compter 5 ans d'attente pour une stagiairisation. « Il y a plus d'élèves formés que de postes de titulaires disponibles dans le département » décrypte Christine Jacq, de la CFDT Santé-Sociaux 29. « Avec les contraintes budgétaires, les hôpitaux n'embauchent plus qu'à la marge. Mais s'il y a un fort turn-over chez les jeunes IDE, celles qui sont titularisées restent en poste ».


Malgré tout, la Bretagne attire toujours autant, et pas que des Bretons. La région comptait 31 128 IDE en 2012, à 80% salariées (2). « Beaucoup de mes collègues à Rennes avaient travaillé à l'AP-HP. Elles sont venues pour la qualité de vie dans la région, même si les conditions de travail sont moins bonnes » raconte Bérénice. Et  nos jeunes exilées ? « La question du retour en Bretagne est un grand sujet de débat avec mon compagnon » s'amuse Nadège. Aurélie et Bérénice, elles, sont unanimes : « le Sud-Ouest ! ».

Amélie Cano

(1) Extrait de « Une Histoire de l'hôpital Lariboisière », J.P. Martineaud, L'Harmattan.

(2) Source : Agence régionale de santé.

Petit lexique de survie franco-breton

Afin de converser au mieux avec vos collègues bretonnes ou pour préparer une éventuelle expatriation dans la contrée où la crêpe est reine, voici ce petit lexique bien utile en milieu hospitalier.

Infirmier/ère : Infirmier/iour

Hôpital : Ospital

Médicament : Louzoù

Médecin : Medisin

Opération : Oberatadenn

Pansement : Bandenn

Pause : Paouez

Pénibilité : Poanidigezh

Injection : Pikurenn

Soigner : Prederian

Stress : Strihl

Syndicat : Sindikad

Thé / Café : Te / Kafe

Veine : Gwazhi

Source : Francis Favereau, « Dictionnaire usuel du breton contemporain bilingue », Editions Skol Vreizh, Morlaix, 1999.

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Réactions

3 réponses pour “Hôpitaux parisiens : Les infirmières bretonnes à l’abordage !”

  1. denis29 dit :

    les bretons n’ont pas plus que n’importe quel être humain de passion pour les voyages , il est vrai que la diaspora liée à la misère et à la nécessité de s’expatrier (les fameuses « bécassines ») et à l’importance de la navigation (de pêche comme de commerce ) a essaimé un peu partout.
    De là à dire que les infirmières bretonnes s’en vont travailler à Paris par goût du voyage !!!
    Il n’y a pas de gène de la bretonnitude , ça c’est un folklore usé.
    Il est vrai , par contre que la région est attractive et que les places (comme les loyers ! ) sont chères .

  2. mandragore dit :

    Des breton/nes on en rencontre d’ailleurs partout dans le monde.

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