Découvrir la situation des urgences incognito : l’expérience du député Alain Bruneel est-elle à remettre en question ? 

Passer six heures sur un brancard, quoi de mieux pour se rendre compte par soi même, hors des visites officielles, des difficultés que rencontrent dans ses services en crise les patients et les soignants ? C'est ce qu'a fait fin juin le député communiste du Nord Alain Bruneel, incognito, aux urgences de l'hôpital de Douai. Une démarche appréciée par les uns, critiquée par d'autres.


Découvrir la situation des urgences incognito : l'expérience du député Alain Bruneel est-elle à remettre en question ? Alain Bruneel s'est présenté à l'accueil des urgences du centre hospitalier de Douai (Nord), à 12h30, indiquant souffrir de maux de ventre. L'agent d'accueil administratif lui ouvre un dossier et lui indique qu'il lui faudra attendre environ trois heures vingt avant de rencontrer un médecin.

Après une première rencontre avec une infirmière qui lui prend les constantes et fait le point sur ce qui l'amène, il est placé sur un brancard dans la file d'attente des cas moins urgents (et pour cause). Le député raconte : « à 22h58, on m'a déplacé dans le secteur « semi lourd », un très long couloir dans lequel les patients attendent sur les brancards les uns à côté des autres (...). Au bout il y a les médecins urgentistes ». Une longue attente commence au rythme très lent de la libération des trois box d'examen médial. De huit brancards à son arrivée, la file s'allonge jusqu'à 14...

Soignants multitâches

Entre temps, l'agent d'accueil a fini son poste. « Les deux infirmières doivent alors s'occuper de l'accueil des patients qui arrivent par leurs propres moyens ou avec le Smur, les ambulances ou les pompiers tout en répondant aux appels des familles », poursuit-il.

Alain Bruneel les observe s'activer sans cesse, tout comme les aides-soignantes, sans prendre un moment de repos voire sans manger. L'attente se prolonge. Certains patients sont solidaires avec les soignants des urgences, d'autres s'impatientent un peu, d'autres encore somnolent. Les plus valides aident ceux qui le peuvent à se lever pour aller aux toilettes en se passant d'un soignant.

Au bout de plusieurs heures, il finit pas être reçu par un des cinq médecins présents (trois intérimaires et deux internes selon lui). Il lui a immédiatement dit qui il était et ce qu'il faisait là. Ils ont un peu échangé : « Il m'a parlé de son attachement à son travail, aux urgences, mais aussi des limites qu'il rencontre ». Alain Bruneel ne prolonge pas plus l'expérience et sort de l'hôpital à 3h30 du matin, six heures après y être rentré, conscient que s'il avait du subir des examens il aurait pu rester à l'hôpital encore un bon moment.

Désireux de rendre compte de la réalité vécue sur le terrain par les soignants et les patients, loin des visites officielles organisées à l'avance, il a souhaité ainsi « partager le cri » de révolte des professionnels qui se répand dans les services d'urgences du pays. Et en profite pour interpeller le gouvernement sur la nécessité de trouver des solutions maintenant et non à l'issue du plan « Ma santé 2022 ».

Embaucher des personnels supplémentaires constitue selon lui la première nécessité. Des moyens existent, insiste le député : il suffirait de supprimer une taxe de 7% sur les salaires des fonctionnaires hospitalier qui grève le budget des hôpitaux ou de récupérer le manque à gagner fiscal de la fraude aux cotisations sociales, par exemple. Il souhaite aussi faire examiner à l'Assemblée nationale une proposition de loi pour un moratoire sur les fermetures lits, de maternités et de services d'urgences et l'ouverture de discussions par bassin de vie sur les besoins hospitaliers.

Critiques

Originale, la démarche d'Alain Bruneel a inévitablement été commentée sur les réseaux sociaux. Beaucoup de soignants saluent l'initiative d'un homme politique qui souhaite se rendre compte par lui-même des réalités de l'intérieur et « comprendre la souffrance des soignants ». « Quand on le vit, on se rend mieux compte et on est plus apte à mettre en place des solutions », résume une commentatrice.

Mais d'autres déplorent « un coup de pub » et une démarche « électoraliste » car menée « dans son propre département ». Certains critiquent aussi le fait que le député a « encombré un brancard toute la nuit », « contribué à engorger un service où il n'avait rien à faire » et « fait perdre du temps au personnel soignant ».

Mais Alain Bruneel ne partage pas ce sentiment : il souligne qu'il a patiemment attendu son tour, qu'il n'a pas subi d'examen et qu'il est parti dès qu'il a vu le médecin. Un autre commentateur pointe l'aspect financier en se demandant si le faux patient va « payer de sa poche le coût des examens qu'on lui a fait pour rien ». D'autres encore commentaires soulignent qu'on reproche aux politiques de ne pas venir sur le terrain et qu'on les critique aussi quand ils le font... « Arrêtons de se critiquer les uns les autres, avançons plutôt ensemble », répond le député, fortement engagé sur les questions relatives à la santé. S'il a effectivement présenté sa Carte vitale lors de son admission, il promet que s'il est remboursé de quelque dépense, il reversera la somme sous forme de don. « Je le ferai, assure-t-il, et je le ferai savoir ».

Géraldine Langlois

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