Les IPA Infirmières en Pratiques Avancées au cœur des Rencontres de la cancérologie

Les Rencontres de la cancérologie ont été l’occasion de définir les contours de l’activité des futures infirmières en Pratiques avancées (PA). Un décret est prévu pour le mois de juin 2018. Par ailleurs, l’AP-HP a mené une enquête sur les nouveaux métiers que sont les IPA Infirmières en Pratiques Avancées, les infirmières coordinatrices (IDEC), de plus en plus nombreuses en cancérologie, ou les infirmières cliniciennes spécialisées (ICS).

Les IPA Infirmières en Pratiques Avancées eu cœur des Rencontres de la cancérologieSigne des temps qui changent, les infirmières étaient bien présentes comme intervenantes dans les workshops et table-rondes lors des 10èmes Rencontres de la cancérologie française qui se sont tenues les 21 et 22 novembre. Au point qu’une séance plénière a été consacrée aux nouveaux métiers infirmiers et plus particulièrement aux IPA (infirmières en pratiques avancées).

« IPA, ce n’est pas inspecteur de police adjoint », a ironisé Edouard Couty, conseiller honoraire à la Cour des Comptes, auteur de nombreux rapports remarqués dans le domaine de la santé et modérateur de cette table-ronde. Preuve, s’il en est, que cette appellation n’est pas encore connue de tous.

Mais, depuis la loi de modernisation de notre système de santé de 2016 qui a défini un cadre légal pour cette pratique avancée, les choses avancent. Michel Varroud-Vial, conseiller médical Soins primaires et professions libérales à la DGOS a confirmé la sortie d’un décret, probablement en juin prochain, pour définir un statut et un mode d’exercice pour les IPA infirmières en pratiques avancées et permettre le lancement des formations dès septembre prochain.

Un décret, probablement en juin prochain, pour définir un statut et un mode d’exercice pour les IPA.

« Cela concernera environ 5 % des infirmières », estime-t-il. Le référentiel de formation, défini dans le futur décret, s’oriente vers deux années d’études supplémentaires après les trois années d’IFSI. Un parcours qui serait « ouvert à des infirmières expérimentées, après un certain temps d’exercice qui devrait être supérieur à cinq ans. Cela devrait concerner pour 50 % des hospitalières et pour 50 % la médecine de ville. Reste à définir le statut et la rémunération de ces nouvelles IPA », ajoute le conseiller de la DGOS.

« Il y aura des VAE (validation des acquis de l’expérience) pour la centaine d’infirmières qui a déjà suivi des DU ou master dans le domaine », confirme Michel Varroud-Vial.

« L’essentiel, c’est qu’il y ait un cadre légal pour éviter les glissements de tâche, voire l’exercice illégal car actuellement, il n’y a ni statut, ni réel poste, ni réelles missions », estime Sophie Alleaume, cadre expert, chargée de missions transversales à l’AP-HP. 

Une vision réductrice ?

Certes, « la loi est un peu réductrice », avoue-t-il. Les IPA infirmières de pratiques avancées devront exercer, selon le texte  de loi « au sein d’une équipe de soins primaires coordonnée par le médecin traitant ou au sein d’une équipe de soins en établissements de santé ou en établissements médico-sociaux coordonnée par un médecin ou, enfin, en assistance d’un médecin spécialiste, hors soins primaires, en pratique ambulatoire ».

« Ce qui nécessite une transaction avec les médecins », précise Michel Varroud-Vial.

Et c’est là ou le bât blesse pour certaines et certains. « Mais en quoi, c’est à l’Ordre des médecins de dire ce que doit faire une infirmière, fulmine Pascale Dielenseger, président de l’association française des infirmières en cancérologie. C'est une collaboration au pied du lit du patient".

"Mais en quoi, c’est à l’Ordre des médecins de dire ce que doit faire une infirmière"

Autre débat, cette fois sur la sémantique, Pascale Dielenseger tenant fermement au terme pluriel de Pratiques avancées alors que le représentant de la DGOS parle d’une pratique avancée, terme qui sera donc retenu dans le futur décret.

S’agira-t-il d’un ou de nouveaux métiers ? Non, précise Michel Varroud-Vial. "C’est plutôt une évolution à partir d’un métier-socle ».

Quelles missions pour les IPA Infirmières de pratiques avancées ?

Difficile de se baser sur les définitions données par les quelques 25 pays de l’OCDE qui ont déjà mis en place des  statuts pour ces infirmières. Dans certains pays, il s’agit d’infirmières cliniciennes, dans d’autres, d’infirmières praticiennes, ce qui renvoie plus « à une avancée dans le domaine de la pratique médicale, une activité dérogatoire », souligne Florence Ambrosino, IPA infirmière de pratique avancée à Marseille et membre du comité de pilotage du GIC Repasi (Réseau de la pratique avancée en soins infirmiers).

Il ne s’agit pas non plus de confondre les IPA avec les IDEC ou infirmières de coordination qui ne développent qu’une des futures compétences de la pratique avancée. Elles ne seront pas seulement « le chainon manquant dans la liaison et entre les professionnels de santé », comme l’envisage Sophie Alleaume, affirme Florence Ambrosino. Et surtout, la pratique avancée n’est pas de la délégation d’actes, précisent cette dernière et Pascale Dielenseger.

Pour Michel Varroud-Vial, les IPA auront deux missions principales seront celles des IPA, « une contribution à la prise en charge des patients en équipe en respectant les décisions du médecin et une possibilité de suivre des patients ayant des pathologies chroniques stabilisées sur indication du médecin ». Pour le conseiller de la DGOS, c’est « là où réside la principale nouveauté, dans la réalisation d’un certain nombre d’actes actuellement réalisés par les médecins avec la possibilité de prescrire un certain nombre d’examens complémentaires, d’adapter et de renouveler des prescriptions mais sans en prescrire de nouveaux ».

La possibilité de prescrire un certain nombre d’examens complémentaires, d’adapter et de renouveler des prescriptions mais sans en prescrire de nouveaux. 

De son côté Florence Ambrosino insiste sur l’autonomie des futures IPA, leur rôle en matière de qualité des soins, de leadership et de transversalité dans le suivi des parcours complexes. Pour cette dernière, les IPA Infirmières en Pratiques Avancées doivent acquérir six compétences, « dans le domaine de la consultation, du coaching, du leadership, de l’evidence based nursing, de la collaboration et de l’éthique ». « Ce qui va permettre de fluidifier les parcours de soin. C’est un rôle complémentaire et non en concurrence avec les autres métiers, insiste-t-elle. L’IPA innovera pour déterminer de nouvelles pratiques ». Il ne s’agit donc pas de libérer du temps médical mais d’améliorer la prise en charge du patient.

Comme pour toutes nouvelles pratiques, les contours ne sont donc pas encore complètement définis mais une chose est sûre, ces pratiques avancées seront un atout dans le domaine de l’ambulatoire et amélioreront le suivi des patients et leur parcours. Certes, le futur décret « décevra les militantes des pratiques avancées, reconnaît Michel Varroud-Vial, mais l’important, c’est la première marche ! »

Cyrienne Clerc

412 IPA, IDEC, ICS... à l'APHP

412, c'est le nombre d'infirmières qui exercent ces nouveaux métier d'infirmière en pratique avancée, d'infirmière coordinatrice (selon les termes du répertoire des métiers de l'ANFH)  ou infirmières clinicienne spécialisée (selon la définition du Centre d'Analyse stratégique en 2011) à l'AP-HP selon une toute récente enquête pilotée par Sophie Alleaume. "Ces infirmières sont dédiées à la coordination de parcours des patients, à l'évaluation clinique et à la pratique avancée", précise cette cadre de l'AP-HP, chargées de missions transversales.

A l'AP-HP, 25 sites sur 35 identifient ces nouvelles infirmières dans leurs équipes.

En toute logique 92 % travaillent en réseau de santé ou réseaux de professionnels, c'est-à-dire qu'"elles ne travaillent pas de manière cloisonnée mais en coordination ou en interface sur le parcours patient", explique Sophie Alleaume.

44 % des infirmières ont un DU ou un master.

51 % ont plus de cinq ans d'expériences dans leurs nouvelles missions.

75 à 100 % ont un temps dédié pour ces nouvelles missions inscrites dans la fiche de poste. Le problème des ressources est important :  seules 28 % sont  remplacées sur leurs missions antérieures. Et elles ne sont valorisées dans leurs nouvelles missions que dans 23 % des cas. "Il nous faut une politique RH volontariste, une volonté partagée des professionnels de santé et des directions concernées ainsi qu'un périmètre connu et reconnu", conclut Sophie Alleaume. 

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Réactions

32 réponses pour “Les IPA Infirmières en Pratiques Avancées au cœur des Rencontres de la cancérologie”

  1. Isma Boo Murielle Leroy Ce n est pas l’ éducation thérapeutique mais c est une ouverture qui peut être intéressante aussi

  2. Et en libéral je comprends pas où on va se situer .
    Et à l hôpital c’est en plus ds leur journée ? Et le salaire .
    J’ai un an de cadci et un du. J’ai pas fait la deuxième année clinicienne .c honereux et pas reconnu .c beau sur mon CV seulement personne ne sait ce que c’est .je suis obligé de l enlever de mon CV ça fait peur je pense. .c l’inconnu …

  3. Katia Clmr c’est plutôt une bonne nouvelle pour toi ça non ? Enfin une reconnaissance de votre spécialité.

  4. Frédérique Colombani…je t’en parlais !.la révolution est en marche
    Muriel Franceschetti

  5. En libéral nous suivons déjà des pathologies chroniques et qui on appelle quand ca va pas ? L infirmière. Alors….

  6. Titi Dauen dit :

    A espérer que tous ceux et toutes celles qui ont un ou plusieurs DU puissent y accéder avec des équivalences partielles ou totales.

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