
Monsieur le Président,
Je vous écris ce jour pour vous transmettre mon indignation, mon incompréhension, mon dépit et mon inquiétude.
Je suis infirmière à l’hôpital Rothschild dans un service de rééducation neurologique mais le service importe peu.
Mon indignation tout d’abord, oui.
Il m’est pénible de penser que la santé devienne un secteur rentable et qu’aujourd’hui, elle serve de bouclier pour mettre en place des mesures d’économie reposant essentiellement sur ce qui constitue le pilier sine qua non des hôpitaux, à savoir les soignants.
Que signifie concrètement faire grève pour un soignant? Nous sommes assignés ou en congé car nous travaillons un week-end sur deux. Quel travailleur du lundi au vendredi ferait la grève ou irait manifester 3 dimanches consécutifs ?
Quels soins ne pas effectuer auprès du patient pour pallier l’absence de ceux qui font grève ? Aucun. Ils sont tous nécessaires. La charge de travail est augmentée. Aucun soignant ” n’abandonne ” paisiblement ses collègues. Aucun soignant n’abandonne ses patients. Il serait criminel de prendre les “usagers de soins” en otage.
Mon indignation nait de cette simple vérité que les dirigeants n’ignorent pas et qui nous rend vulnérables dans la lutte qui est silencieusement la nôtre. La donne des négociations est pipée.
Mon incompréhension, aussi.
Si ma mémoire ne m’égare pas trop, les 35 heures sont le fruit de choix gouvernementaux socialistes. Elles devaient permettre la création d’emplois et alléger ainsi une charge de travail déjà importante.
Je vous entends aujourd’hui rappeler combien l’emploi, la baisse du chômage demeure votre priorité, mais je comprends mal comment les réformes que Monsieur Hirsch souhaite nous imposer vont participer à servir vos desseins et défendre vos valeurs sociales.
Mon dépit, également.
La réduction du temps de travail s’est accompagnée à l’AP-HP de l’instauration de ce que nous nommons la ” grande équipe “, un efficace stratagème qui rend les agents plus mobiles et flexibles dans leurs horaires, jours de présence / absence et permet ainsi de mieux faire face aux carences liées à l’absentéisme ou d’une façon plus globale au manque d’effectif.
Aujourd’hui la grande équipe constitue l’engrais le plus fertile à une déshumanisation des politiques de management.
[dropshadowbox align=”none” effect=”lifted-both” width=”autopx” height=”” background_color=”#ffffff” border_width=”1″ border_color=”#dddddd” ]La ” grande équipe “, un efficace stratagème qui rend les agents plus mobiles et flexibles dans leurs horaires, jours de présence / absence et permet ainsi de mieux faire face aux carences liées à l’absentéisme ou d’une façon plus globale au manque d’effectif. [/dropshadowbox]J’ai été éduquée à rédiger ce genre de lettre avec l’idée maîtresse qu’elle ne doit pas être empreinte d’émotions, d’affects, mais se contenter d’être la plus factuelle possible. Alors voici des faits :
Nous n’avons aucune visibilité de nos plannings avant le 15 du mois précédent, exceptés les week-ends qui reviennent immuablement une semaine sur deux. Le roulement matin / après-midi/ jours de congés – y compris les RTT et autres repos sont imposés. Ce planning est “sous réserve de modifications” impromptues.
Il plane donc sans cesse la menace d’une modification pour laquelle nous ne sommes pas sollicités afin de connaître nos possibilités, disponibilités. Il nous faut quotidiennement consulter les plannings. En d’autres termes, il nous est pernicieusement signifié que notre vie doit s’organiser et se plier aux obligations du service.
[dropshadowbox align=”none” effect=”lifted-both” width=”autopx” height=”” background_color=”#ffffff” border_width=”1″ border_color=”#dddddd” ]Les RTT représentent notre oxygène, celui qui nous aide et permet de “tenir”.[/dropshadowbox]Dévoués aux patients. Dévoués à l’hôpital.
Cette pratique créé une souffrance sourde, inexprimée et inentendue qui participe immensément à un dépit , une acceptation triste voire une résignation amère.
Les RTT représentent notre oxygène, celui qui nous aide et permet de “tenir”.
Des faits encore : je lis que les patients ont changé. Leur souffrance, leurs douleurs et leurs besoins ont-ils changé ? La lutte contre la maladie ou son acceptation ont-elles changé ? Le handicap a-t-il changé ?
La notion de responsabilité a, par contre, changé ; celle de la culpabilité aussi.
II nous est exigé une traçabilité de plus en plus importante et contraignante.
[dropshadowbox align=”none” effect=”lifted-both” width=”autopx” height=”” background_color=”#ffffff” border_width=”1″ border_color=”#dddddd” ]J’ai connu les 39 heures et je peux témoigner que les 35 heures nous ont forcés à effectuer le même travail technique et relationnel dans un temps plus restreint[/dropshadowbox]J’ai connu les 39 heures et je peux témoigner que les 35 heures nous ont forcés à effectuer le même travail technique et relationnel dans un temps plus restreint, dans lequel nous avons dû faire une place pour appliquer toutes les procédures de traçabilité correctement. Ce temps dédié n’est aucunement chiffré, quantifié. Il est bien souvent responsable de débordements quotidiens sur le temps de travail.
Nous rencontrons de plus en plus de patients exigeants , procéduriers qui, in fine, réclament d’être écoutés et entendus.
Alors mon inquiétude. Evidemment.
Celle de devoir consacrer encore moins de temps à ceux pour lesquels je me lève à 5 heures du matin, ou rentre à 22h30 le soir. Celle de devoir les éconduire pour essayer de terminer ma journée à peu près à l’heure en ayant transmis au mieux à l’équipe qui prend ma relève afin d’assurer un suivi optimal de la prise en charge.
Mon inquiétude de devoir écorcher l’essence même de mon métier, à savoir la clinique, celle qui étymologiquement m’amène au chevet de mes patients, auprès d’eux. Celle qui me permet de me sentir utile, celle qui fait de moi autre chose qu’un simple dispensateur de soins. Celle qui me fait aimer mon métier. Mon inquiétude de ne pas être écoutée et entendue, à mon tour. Aussi.
Mais je souhaite aussi, Monsieur le Président de la République, vous dire ma fierté. Celle de participer à la diffusion de cette magnifique institution que seule la France offre dans le monde. Oui, je suis fière d’être une soignante française.
[dropshadowbox align=”none” effect=”lifted-both” width=”autopx” height=”” background_color=”#ffffff” border_width=”1″ border_color=”#dddddd” ]Oui, je suis fière d’être une soignante française. [/dropshadowbox]Et je refuse de me résigner à penser que vous participez à défendre un projet qui atteint les soignants au plus profond de leur intégrité professionnelle.
Nous partageons des valeurs fortes telles le respect, la collaboration et l’optimisme.
C’est pourquoi je me permets de vous inviter à participer à un véritable échange où nous pourrions réfléchir ensemble , car j’entends et comprends aussi la nécessité de certains remaniements et d’économie raisonnées.
Instiguons une nouvelle ” grande équipe ” !
Monsieur le Président de la République, j’espère que vous me lirez, et vous vous prie d’agréer l’expression de ma plus haute considération.
Yaëlle HERZ
Pourquoi écrire à François Hollande plutôt qu’à Marisol Touraine ?
Marisol Touraine ne semble pas très ouverte au dialogue, et surtout la question de l’emploi , préoccupation majeure du président , semble mise à mal de bien des façons dans cette réforme que propose Martin Hirsch. J’ai pensé aussi que cette lettre serait mieux diffusée, que l’impact serait plus important pour tous les soignants qui souffrent et qui n’osent pas parler. Qu’ils se reconnaitraient. Savoir que l’on n’est pas seul aide à combattre. C’est une profession où finalement on est seul, on rentre chez soi directement en sortant du travail après avoir couru toute la journée. On parle des patients, pas de soi.
(Propos recueillis par Malika Surbled)













Qu’une cadre supérieure de santé, un directeur d’établissement, un ministre etc soit hospitalisé ne serait ce qu’une journée lui ou même ou un membre de sa famille dans un service hospitalier, pour voir à quel point il est dur d’être un patient par les temps qui court, car par manque de personnel nous mettons du temps pour répondre à une sonnette, à venir administrer un antalgique, accompagner aux wc et les exemples sont long, ou alors qu’ils viennent vivre notre vie “en enfer” une journée. Peut être que ça leur ferait voir notre profession sous un autre angle et même comme ça je ne suis pas sur que les choses changent. Car un hôpital tournera toujours même en effectif réduit, car notre conscience professionnelle pour le coup ne joue pas en notre faveur elle nous désert.
ne rien dire est criminel
Une lettre très bien écrite qui soulève bien les difficultés actuelles pour nous, soignants de prendre soin des patients de façon qualitative. Bravo !
Quelques soient les réformes, la politique de soin, etc mon métier reste une partie de moi que nul ne peut ébranler.
N’oubliez pas que nous sommes formés à être le plus objectif possible, à être lucide là où d’autres pourraient paniquer, et cela vis à vis de certains autres commentaires qui ressemblent plus à de la démagogie ou à de la tentative de récupération. Ceux sont parfois les mêmes qui défendent “soi disant” les soignants qui dénonce les fonctionnaires… Pour ma part, je suis les deux, indissociable…
Le nombre des soignants paramédicaux est largement au delà de 500000 agents en France (493500 infirmières).Si les soignants ne se syndiquent pas,ne se rassemblent pas autour de leurs revendications,ne manifestent pas massivement dans la rue pour crier haut et fort les conditions de travail et la souffrance et créent un rapport de force avec le gouvernement alors RIEN ne se fera jamais pour se sortir de cette situation.Cette superbe lettre ouverte ira malheureusement à la déchiqueteuse.IL FAUT UNE PRISE DE CONSCIENCE COLLECTIVE ET UNE LUTTE dans la rue ,toucher l’opinion public,bousculer les décideurs qui sont censés nous représenter.
je ne crois pas non plus que Mr Hollande daignera écouter les demandes et ressentis des soignants…néanmoins, nous faisons un métier où nous savons qu’il est essentiel de pouvoir exprimer son mécontentement, son ressenti, et surtout quand il est négatif…alors oui, je trouve vraiment bien que des voix s’élèvent pour dire le ras-le-bol général…je le fais à ma petite échelle d’infirmière, dans mon service, je sais que la réponse sera presque toujours qu’ils n’ont pas de sous, qu’il n’y aura pas plus d’embauche etc…mais non seulement je me sens moins passive et “victime”, mais en plus parfois on a des surprises… 😉 courage à toutes et tous…
Il faut faire une grève générale une Révolution mais les Français ne sont pas prêts ?
s’il avait besoin de soins en urgence et qu’il soit hospitalisé dans l’hôpital le plus proche sans suffisament de personnel ,et au milieux de nulle part …..avec la trouille d’y passer !.. mais ” ceux là” sont protégés par leur système ! avions , hélicos et cie …TANDIS QUE CERTAINS MEURENT SUR LE PERIPH !!! manque de place !!.. ça LA FRANCE !! comme au fond de l’Afrique ……FRIC ! FRIC !
c’est vrai qu’elle avait eut du souiten à l’epoque ta lettre !!
elle aurait du bosser chez Ferrero pour etre entendue
Les choses ne sont pas prêtes de changées, vu que contrairement à d’autres professions, les soignants ne sont pas soudés. Elle , au moins, fait quelque chose pour dénoncer nos conditions de travail. Continuez de vous critiquez les uns les autres c’est sûrement comme ça qu’on fera bougé les choses!!!!