Marie-France, une aide-soignante en reconversion

Depuis quelques mois, Marie-France Joint, aide-soignante, exerce à plein temps en qualité de technicienne d’études cliniques. Ce poste, habituellement réservé aux infirmières et aux diplômés en biologie, lui a été confié grâce à sa détermination, sa motivation et son sérieux.

Une vie rythmée par l’investissement et la curiosité

Pour ce portrait, il semblait intéressant de mettre de nouveau une aide-soignante à l’honneur. « Des aides-soignantes formidables qui font avancer la profession, il y en a plein », déclarait Thérèse Palla, présidente de l’Union Française des Aides-Soignantes, lors d’un entretien avec Actusoins en Avril dernier. « Je vous recommande notamment Madame Joint, elle a une carrière remarquable », ajoutait-elle en souriant. Rendez-vous est donc pris à Grand-Quevilly, petite ville située à quelques kilomètres de Rouen. Sur la table de son salon, Marie-France Joint, 52 ans, a méticuleusement disposé les différents documents retraçant son activité et sa carrière : Un Curriculum Vitae, un PowerPoint imprimé et un article qu’elle a rédigé pour le journal de la FNAAS*.

Marie- France est enthousiaste à l’idée de faire valoir son métier. Tout en pudeur, elle s’aide de ses documents pour se raconter. « Je me suis orientée vers la recherche clinique il y a onze ans, un peu par hasard. En tant qu’aide-soignante, je m’y ennuyais un peu car il n’y avait que cinq lits et les patients étaient autonomes. C’est pour cela qu’au fil du temps, le médecin m’a donné de plus en plus de travail et que j’ai commencé à obtenir d’autres responsabilités». La suite semble logique. Marie-France, curieuse, décide d’approfondir ses connaissances. Elle suit  et obtient un D.I.U Farc*. Non sans difficultés. « Ce diplôme universitaire n’était pas ouvert aux aides-soignantes, et en plus je n’avais pas mon bac, ce qui compliquait mon admission. J’ai finalement été prise sur dossier et grâce à l’appui de la hiérarchie», se souvient-elle.

Depuis, elle exerce en qualité de technicienne d’études cliniques. D’abord attachée au Centre d’Investigation Clinique de Rouen à mi-temps  - elle conserve alors son poste d’aide-soignante -, Marie-France décide en janvier 2010 de tenter sa chance pour un plein temps. « Avec ma double fonction, j’étais débordée. Je distribuais les repas, je désinfectais les chambres. J’effectuais aussi le recrutement des volontaires et l’informatisation des recueils de données. Pour mon bien-être, il fallait que je choisisse une seule profession ». Connue au sein de l’hôpital pour ses compétences, Marie-France est donc, quelques mois plus tard, engagée en néphrologie pour assurer le suivi des protocoles en transplantation rénale, principalement relatifs aux traitements immunosuppresseurs. Chaque jour, son rôle prend de l’ampleur. Son poste consiste à assister le médecin en amont des protocoles, à saisir les données destinées aux laboratoires promoteurs des expérimentations, et à gérer les rendez-vous des volontaires. Elle participe également aux réunions, et est amenée à se rendre à des séminaires en France ou à l’étranger.

Quand elle doit définir la recherche, Marie-France  explique simplement : « c’est un moyen de développer des connaissances biologiques ou médicales afin d’améliorer la prise en charge des patients, sans leur faire courir de risques inutiles ». Elle parle aussi de « chance pour les patients qui bénéficient d’un suivi plus approfondi pour leurs traitements ».

Aide-soignante de cœur et d’esprit

« J’aimais beaucoup mon travail d’aide-soignante, mais il ne me manque pas car je suis dans l’euphorie de cette nouvelle fonction », avoue honnêtement Marie-France à la question de l’absence de contact direct avec les patients. « Maintenant, j’ai une certaine autonomie, j’ai mon  bureau et je suis en lien immédiat avec le médecin », ajoute-elle. Marie-France apprécie ses nouvelles conditions de travail. Mais celles-ci ne constituent pas l’unique raison  de sa reconversion. Depuis toujours elle s’intéresse à la formation et cherche à évoluer. « J’aime apprendre, c’est comme un challenge. C’est aussi pour moi une revanche sur la vie car j’ai interrompu précocement mes études. En obtenant ce poste et en passant ce D.U, j’ai cherché à valoriser la profession ». Lorsqu’il faut évoquer les qualités qui lui ont permis d’en arriver là, Marie-France semble éprouver quelques difficultés. Timidement, elle se dit « être simplement rigoureuse et impliquée ».

Malika Surbled

 

 

* FNAAS : Fédération Nationale des Associations d’Aides-Soignantes

* Farc : Formation des assistants de recherche clinique et des techniciens d’études cliniques

 

Marie-France Joint en 5 dates :

1979 : devient aide-soignante et exerce consécutivement en maternité, en stérilisation centrale et en cardiologie

1999 : intègre le Centre d’Investigation Clinique du CHU de Rouen

2000/2003 : se forme à la bio-statistique, à l’informatique ainsi qu’aux notions d’essais biologiques et de recherche clinique.

2004 : obtient son D.I.U Farc à la faculté de médecine de St Antoine (Paris)

2010 : Travaille à plein temps en tant que TEC (technicienne d’études cliniques)

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Réactions

5 réponses pour “Marie-France, une aide-soignante en reconversion”

  1. Thomas dit :

    Les choses bougent un peu dans le domaine de la biologie médicale… Sur le même sujet, des postes de biologistes médicaux hospitaliers peuvent-ils être occupé pas des personnes non titulaires d’un DES de biologie médicale ? Apparement c’est en cours:
    http://www.hospimedia.fr/actualite/articles/20101221_la_bataille_du_des

  2. arbi-46 dit :

    je suis un enseignant paramédical, j’aimerais bien avoir des renseignements sur la manière par laquelle Marie France est arrivée à développer ses études afin d’initier mes élèves à faire de même dans un but d’amélioration de l’activité paramédicale dans mon pays, et merci d’avance pour votre réponse qu je l’attend avec une grande patience.

  3. Marylène Jordan dit :

    bravo! prodigieux parcours!

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