Quand les laboratoires pharmaceutiques recyclent leurs molécules

Comment faire du neuf avec du vieux ? Méthode marketing vieille comme le monde, les laboratoires pharmaceutiques n’échappent pas non plus à la règle. Un marché qui rappelle que les laboratoires sont finalement des entreprises comme les autres…

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« Parce que tous les jours, partout, nous nous battons pour ce qui compte vraiment : votre santé. » C’est avec cette annonce rassurante qu’une voix douce vous accueille sur le numéro de Sanofi-Aventis. Des mots qui donnent le sentiment qu’un laboratoire pharmaceutique, parce qu’il aide à préserver la santé ou à la recouvrer, n’est pas une entreprise comme les autres.

« Pourtant, c’est le cas", lâche le cardiologue Jean-Marie Vailloud, esprit libre qui tient le blog médical Grange Blanche. "C’est leur force de faire croire qu’un médicament est un produit plus éthique que les autres. Il suffit de regarder le site d’un laboratoire, mais côté investisseur ou monde de l’entreprise : le ton change du tout au tout. Ici on ne parle que de rentabilité. Mais leur marketing fonctionne : on voit de gentils papas, des enfants qui s’embrassent, des logos, des phrases d’accroche qui rassurent. Il y a donc une dichotomie entre la communication à destination du public et celle commerciale », explique-t-il.

Comment Mopral est devenu Inexium...

L’existence des « me too » est d’ailleurs l’un des exemples qui désacralisent le rôle des laboratoires pharmaceutiques. Leur but ? Augmenter la durée de vie commerciale d’un médicament. La méthode ? « Elle concerne en général des « blockbusters », des médicaments à succès, au chiffre d’affaires annuel dépassant le milliard de dollars", explique Karim Zinai, directeur du pôle santé et développement durable de l’école de management Léonard de Vinci.

"L’idée est d’effectuer des modifications mineures sur une molécule initiale, pour aboutir à un nouveau médicament. Cela augmente la durée de protection du produit avant qu’il ne tombe dans le domaine public, et donc qu’il soit généricable et soumis à la concurrence, après les 10 ans de brevet appartenant au laboratoire », détaille-t-il.

Ce fut le cas avec le Mopral fabriqué par le laboratoire Astra Zeneca, 6ème laboratoire de France, devenu après quelques modifications de la molécule, Inexium. Le Mopral, véritable succès de pharmacie, a représenté jusqu’à 70 % du chiffres d’affaires du laboratoire, une proportion considérable qui en faisait l’un des piliers de l’entreprise.

Il était même devenu plus qu’un médicament : une marque à lui tout seul. Ce chiffre est tombé à 27% après que le Mopral fut tombé dans le domaine public et soumis à la concurrence des médicaments génériques. Une perte sèche dure à compenser pour Astra Zeneca.

D’où le recours à la méthode des « me too », qui, s’ils permettent de maintenir des revenus, « et rassurent les actionnaires temporairement» reconnaît Karim Zinai, apportent souvent des améliorations thérapeutiques mineures, voire inexistantes : « 3 à 4% de plus quant aux tests d’efficacité, ou une posologie plus facile à apprendre » précise encore ce dernier, ce qu’il qualifie lui-même d’ « artifices sur 3 thématiques : la tolérance, l’efficacité, l’observance  ».

La revue Prescrire, totalement indépendante des laboratoires, a elle-même constaté que les effets de 20mg de Mopral ou 20mg d’Inexium, sont exactement les mêmes. Ni mieux, ni moins bien. Pourtant, le nouveau médicament a bien reçu son AMM, censée être délivrée après que le gain en efficacité du nouveau médicament en question fut établi.

Pierre Chirac, membre de la rédaction de la revue, insiste sur la logique financière qui sous-tend le marché. « Depuis quelques années, les ventes sont au cœur des problématiques des laboratoires. C’est très inquiétant, car il existe beaucoup de très bons médicaments, mais qui ne rapportent pas d’argent et qui sont donc « remplacés » par des blockbusters, plus chers, mais parfois moins intéressants, grâce à un marketing sans faille », affirme-t-il.

La deuxième vie des molécules

Jean-Marie Vailloud raconte lui que « pratiquement du jour au lendemain, le  Coversyl (inhibiteur de l'enzyme de conversion) est passé de 8mg à 10mg. Le laboratoire Servier avait alors prétexté des conditions de mauvais stockage dans les pays tropicaux. » Mais pour le cardiologue, ça ne fait aucun doute : « C’était pour des questions marketing, afin de retarder la sortie d’un médicament générique. De plus en plus, les laboratoires achètent même la filiale qui leur permet de distribuer le générique d’un blockbuster. C’est le cas de Servier, maison mère de Biogaran, par exemple », précise encore le médecin, ou encore celui de Sanofi-Aventis propriétaire de Winthrop.

Le but du jeu ? « Conserver leurs brevets le plus longtemps possible et couler les génériqueurs », lâche le cardiologue, qui dénonce en même temps la schizophrénie actuelle, entre un gouvernement qui s’engage pour le développement des génériques, et des laboratoires puissants qui se battent eux pour contenir ce marché au maximum.

Comme le souligne aussi Karim Zinai, de nombreux intérêts contraires viennent compliquer encore un peu la situation, comme entre les pharmaciens, poussés à vendre des génériques, et les médecins qui parfois veulent conserver leur pouvoir de prescription.
Ce n’est donc un secret pour personne, les laboratoires s’arrangent pour « réactualiser » des molécules pour des questions économiques.

Une question tabou

Pourtant, que ce soit Christian Lajoux, président du Leem (Les entreprises du médicament) ou la direction de Sanofi-Aventis, la question semble être un tabou, d’après les refus d’interview qui nous ont été adressés. Pour Karim Zinai pourtant, « ce n’est pas une escroquerie, ni une malhonnêteté intellectuelle. » Plutôt le symptôme de l’essoufflement, inquiétant selon lui, de la recherche. « Prolonger un produit de 5 ou 6 ans correspond à une solution d’attente, car les profits sont plus importants quand on en lance un nouveau. »

Jean-Marie Vailloud de son côté estime que l’avenir passera par une spécialisation de la molécule proposée, avec à terme « une molécule par patient ou par groupe de patients. Ce qui rapportera, ce seront les niches. » En attendant une révolution scientifique, les principaux médicaments à succès devraient tomber dans le domaine public d’ici la fin de l’année…au grand dam des plus gros laboratoires, qui ne pourront éternellement utiliser les « me too » pour prolonger la durée de vie de leurs produits-phares.

Delphine Bauer

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Réactions

6 réponses pour “Quand les laboratoires pharmaceutiques recyclent leurs molécules”

  1. Sandra Sapin, dit :

    remarquez comment cette année,on va ecouler le stock de vaccin H1N1 de l’année dernière…………………

  2. bien sur dans un monde qui ne connait que les cours es devises, les affairistes généraelment loin du domaine s’enfiche de toutes les conséquences pathologiques ou sociales

  3. conclusion : ils vont nous « pondre » de nouvelles maladies pour nous vendre de nouveaux medicaments!!!

  4. c connu il y en a plein d autre…….

  5. je n’en ai jamais douté!le plus grave c que c notre santé qui est en jeu!!!

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