Une infirmière en pratique avancée à Bamako à la découverte du système de santé malien

Infirmière en pratique avancée (IPA), mention Pathologies chroniques stabilisées, Hada Soumare a longtemps exercé au sein du centre municipal de santé de Saint-Denis (Île-de-France). Depuis septembre, elle vit à Bamako (Mali). Son objectif : comprendre le système de santé malien et tisser des liens pour fluidifier la prise en charge des patients.

Hada Soumare, Infirmière en pratique avancée (IPA), mention Pathologies chroniques stabilisées

Hada Soumare, Infirmière en pratique avancée (IPA), mention Pathologies chroniques stabilisées

Que faites-vous actuellement à Bamako ?

J’effectue un stage dans un centre de santé publique, en diabétologie, aux côtés d’un diabétologue, d’un endocrinologue, d’un médecin généraliste et de trois infirmières. Je me suis enregistrée à l’Ordre des infirmiers du Mali et je détiens une convention de stage, je peux donc pratiquer des soins infirmiers.

Pendant mon stage, j’observe et j’interviens auprès des infirmiers du centre de santé.

Contrairement à la France, au Mali, les patients paient pour leurs soins et leurs traitements. De fait, lorsque je suis en consultation avec les médecins, j’essaye de comprendre leur prescription, les choix qu’ils opèrent lorsque les patients n’ont pas beaucoup de moyens. Je découvre une autre manière de soigner.

Pourquoi ce projet ?

L’année dernière, lors du Congrès du Secrétariat international des infirmières et des infirmiers de l'espace francophone (Sidiief) au Canada, j’ai rencontré des infirmiers africains, qui m’ont expliqué être dans une pratique avancée du métier non pas par choix, mais parce que l’offre de soins est si réduite dans leur pays qu’ils sont amenés à effectuer des actes réservés, ailleurs, aux médecins.

J’ai trouvé cela très intéressant de voir que les contextes de développement de la pratique avancée sont différents, avec des montées en compétences qui ne se déroulent pas toujours dans un cadre sécurisé. J’ai donc voulu venir observer.

J’ai aussi des ambitions personnelles. Le Mali est le pays d’origine de mes parents. Je souhaite apporter ma contribution à ce pays. Je suis venue une première fois l’année dernière pour rencontrer des professionnels de santé afin de savoir comment les aider. Beaucoup m’ont dit avoir besoin de matériel. Lorsque je leur ai demandé s’ils avaient besoin de main d’œuvre ou de formation, ils me l’ont confirmé tout en me mettant en garde : ce qui se fait en France n’est pas adapté au Mali. Et ils ont raison ! Je souhaite donc comprendre leur système pour proposer une offre plus adaptée. 

Quel est le lien avec votre activité en France ?

Ce projet est fortement lié à ma pratique infirmière. J’ai commencé à exercer à Saint-Denis en 2012, en tant qu’infirmière en soins généraux.

En 2016, je me suis inscrite à un Master Santé en recherche paramédicale et coordination des soins. Dans ce cadre, j’ai réalisé mon mémoire de fin d’études sur les représentations du dépistage du cancer colorectal chez les travailleurs migrants vivant dans les foyers. Mon objectif était d’étudier une population éloignée du système de santé.

Comme je maîtrise le soninké, un dialecte malien également parlé en Mauritanie et au Sénégal, j’ai souvent été sollicitée par des médecins pour servir de traductrice. C’est dans ce contexte, à force d’être au contact des travailleurs migrants, que j’ai constaté leur réticence à effectuer des dépistages préventifs.

Pour mener mon étude, j’ai contacté le bailleur d’un foyer de travailleurs migrants, afin de pouvoir y mener mes entretiens. Mon étude m’a permis d’en apprendre plus sur les difficultés qu’ils rencontrent avec la barrière de la langue, leurs méconnaissances du système de santé.

Je les ai aussi questionnés sur leur représentation de la santé : ils ne voient pas l’intérêt de consulter tant qu’ils vont bien. Quant au cancer, ils ne se sentent pas concernés par cette pathologie. Finalement, j’en ai conclu que cette population devait être prise en charge, avec, au préalable, un climat de confiance à instaurer. J’ai alors mis en place des permanences « santé » au sein du foyer en janvier 2019, avant de les proposer à d’autres structures.

En parallèle, j’ai entrepris un Master en pratique avancée. Après l’obtention de mon diplôme en 2021, comme il n’existe pas de grille salariale pour les IPA au sein de la fonction publique territoriale, j’ai changé d’employeur pour rejoindre l’association Asalée, tout en continuant à exercer au centre de santé.

J’ai donc développé mon activité, en lien avec les médecins généralistes, pour le suivi du patient diabétique notamment. Dans le cadre de ces prises en charge, je me suis toujours interrogée sur la rupture des parcours de ces patients vivant en France mais qui passent ensuite de longs mois en Afrique pour des vacances. Ces patients avec des pathologies chroniques, de la tension, un diabète déséquilibré rentrent généralement en France dans un état critique ou à la suite de grosses complications car le suivi de leur pathologie n’a pas été assuré.

Je ne sais pas encore concrètement comment je vais exploiter ce que j’apprends ici. J’aimerais trouver un moyen de mettre en place un relai au Mali auprès des soignants à qui transmettre des éléments sur la prise en charge des patients, en amont de leur voyage en Afrique, afin que leurs traitements puissent être adaptés. Car la réalité est différente ici. Tout est à construire.

Propos recueillis par Laure Martin

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