IPA salariés : l’attractivité du métier mise à mal par les conditions de travail 

Les conditions salariales, hiérarchiques et organisationnelles des Infirmiers en pratique avancée (IPA) sont loin d’être attractives. Dénoncées par l’Union nationale des IPA (Unipa) à la suite d’une enquête parue courant avril, le syndicat plaide pour une revalorisation salariale et une nouvelle structuration organisationnelle, au risque d’une baisse d’attractivité.

IPA salariés : l’attractivité du métier mise à mal par les conditions de travail 

© ShutterStock

« Les données de l’enquête révèlent des situations plus graves que celles que nous avions envisagées, reconnaît Jordan Jolys, vice-président de l’Unipa, en charge des réseaux territoriaux. Certains IPA ne gagnent pas plus, voire moins, que lorsqu’ils étaient IDE en soins généraux. »

D’après l’enquête1, l’augmentation moyenne des salaires nets est de 97 euros, et la médiane se situe à 50 euros. « Ce chiffre est probablement faussé par le fait que de nombreux IPA touchent la prime Ségur, donc l’écart moyen serait finalement encore plus faible », ajoute-t-il.

L’étude rapporte également que sur le plan organisationnel, l’arrivée des IPA dans les services est loin d’avoir été pensée, impactant, là aussi la rémunération. « Les IPA exercent principalement sur des horaires de journée, de fait, la majorité d’entre eux n’exerce plus les weekends ou la nuit, et ne perçoit donc plus les primes associées, indique Jordan Jolys. Cela n’a certainement pas été anticipé par les pouvoirs publics. »

Champ d’exercice restrictif

Autre point d’étonnement : la question de la hiérarchie de IPA. « Nous pensions que l’enquête révèlerait un consensus autour de la direction des soins ou du cadre supérieur de santé, fait savoir le vice-président de l’Unipa. Mais dans la réalité, les supérieurs hiérarchiques des IPA ont des postes très variés. »

Si un grand nombre se trouve sous la responsabilité d’un cadre supérieur de santé, ils sont aussi nombreux à disposer d’un cadre de proximité, restreignant alors l’activité de l’IPA à un seul service et à quelques missions, alors que la finalité du poste est, à l’inverse, d’intervenir sur un champ large.

« Ce résultat rejoint les données d’une seconde enquête menée par l’Unipa portant sur les étudiants en pratique avancée, précise Jordan Jolys. Ils nous ont fait savoir que les établissements n’anticipent que trop rarement le retour au sein du service de l’infirmier désormais formé en pratique avancée. Les structures doivent se mobiliser et prendre leur part de responsabilité en réfléchissant aux projets pouvant être portés par l’IPA, car ce dernier ne peut se projeter seul dans son exercice professionnel. »

L’enquête rapporte que 25 % des répondants n’ont pas obtenu de poste immédiatement après l’obtention de leur diplôme, le temps d’attente moyen étant d’environ 10 mois.

« Les résultats sont identiques aussi bien pour le secteur public que privé, ce qui est étonnant car le privé gère lui-même ces budgets, rappelle le vice-président. Les établissements envoient donc en formation des infirmiers sans prendre le temps de réfléchir ensuite au financement d’un poste dédié... »

Et de poursuivre : « Ces résultats interpellent au niveau systémique. Une réflexion doit être menée sur la manière d’assurer des budgets pérennes. »

Hausse des salaires

Désormais détentrice de données fiables, l’Unipa place au premier rang de ses revendications la nécessité pour les établissements de santé de proposer une rémunération en adéquation avec les compétences, les responsabilités et les missions des IPA afin de rendre le métier attractif.

« Pour que ce soit cohérent avec les autres pays de l’OCDE, il faudrait que l’écart entre le salaire des IPA et celui des IDE soit de 40 %, fait savoir Jordan Jolys. Aujourd’hui, nous sommes à 4.1 %. »

L’Unipa plaide pour que l’échelon 1 de la grille indiciaire au sein de la fonction publique hospitalière soit fixé, a minima, à 3200 euros brut – vs 2158 euros actuellement. Le syndicat plaide également pour la création d’une grille salariale au sein de la fonction publique territoriale, d’Etat et pour le corps des armées.

De même que dans le secteur privé, les IPA ne disposent d’aucun statut et doivent donc négocier leur salaire sans disposer de base.

Enfin, pour des questions d’organisation, il conviendrait de statuer sur le modèle hiérarchique des IPA afin qu’il devienne transposable, de créer des budgets pour financer les postes afin d’éviter les attentes dans les prises de fonction et ainsi faciliter l’intégration des professionnels.

« L’absence de mesures risque de créer une défection au niveau de la formation, dénonce Jordan Jolys. Certains infirmiers s’engagent encore, espérant que la situation va s’améliorer, mais nous remarquons déjà une baisse des inscriptions au sein des universités. »

Laure Martin

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  1. Un questionnaire a été diffusé aux IPA diplômés salariés, du 3 au 15 avril 2023. 331 personnes ont répondu à ce questionnaire, avec la répartition suivante : 73 % sont des salariés du public, 24 % des salariés du privé, et 3% exercent dans le cadre d’un autre modèle salarié.

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