Recyclage des déchets : les blocs opératoires s’y mettent aussi

Les blocs opératoires génèrent une partie importante des déchets d’un hôpital. Il n’en fallait pas plus pour inciter Laurence Piquard, infirmière anesthésiste et par ailleurs collaboratrice d’Actusoins, à mettre en place un système plus vertueux dans son établissement, à l’institut Curie - site de Saint-Cloud.

actusoins magazine pour infirmière infirmier libéralCet article a été publié dans n°45 d'ActuSoins Magazine (juin-juillet-août 2022).

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Laurence Piquard, IADE

Laurence Piquard, IADE, effectue le tri des plastiques issus des dispositifs médicaux (polypropylène, polyéthylène haute et basse densité). © Delphine Bauer.

Tout est parti d’un jeu de mots, ou presque. « Fin 2019, plusieurs membres de l'équipe du bloc, sensibles à l'écologie et au développement durable, se sont réunis pour former le groupe "Green curie’’, se souvient Laurence Piquard, infirmière anesthésiste (IADE) depuis 2016 à l’institut Curie de Saint-Cloud. Il s’agissait de réfléchir aux solutions pour recycler nos déchets, alors que les blocs opératoires sont pourvoyeurs de 30 % des déchets d’un établissement ».

Pour cette IADE au long parcours hospitalier, qui exerce depuis 2003, il s’agissait de « trouver d’autres moteurs » après presque vingt ans de carrière, pour donner encore davantage de sens à son quotidien de soignante.

Face aux quantités de déchets recyclables qui partaient finalement à la poubelle, elle a donc eu l’idée de lancer à Curie une initiative sur le modèle de ce qui se faisait déjà ailleurs comme à l’hôpital Necker.

Dans le groupe, tous les corps de métiers sont représentés : un chirurgien, un médecin anesthésiste, un IBODE, une infirmière de salle de réveil, un aide-soignant, mais aussi un agent de bloc opératoire, « afin que chacun à son niveau puisse réfléchir à ses pratiques ». Une force, soulignée par Isabelle Zucchet, cadre de santé anesthésiste : « Ce projet est commun à tous les métiers du bloc opératoire. Il est important de faire de la cohésion alors que les projets sont souvent séparés ». 

Aller de l’avant

Différentes réglementations et recommandations évoquent la question des déchets (code de santé publique, code du travail, accord de Kyoto, RSE…) et le tri des déchets (papier, métal, plastique, verre et bois) qui est obligatoire pour les établissements de santé depuis un décret de 2016.

Dans ce support de sacs poubelles, présent en salle d'intervention, le sac blanc est destiné aux DAOM et le vert aux papiers. © Delphine Bauer.

Et puisque « la prochaine certification de la HAS comportera des critères de développement durable et de tri des déchets », Laurence Piquard a saisi l’occasion sur Curie – par ailleurs assez en avance sur le sujet avec le recrutement d’un ingénieur RSE - pour fédérer le personnel autour d’un projet vertueux, avec l’aval de sa direction. « Ce projet rentre complètement dans les obligations des entreprises d’être écoresponsables »,confirme, enthousiaste, Isabelle Zucchet.

Les choses ont commencé doucement avec la suppression des films en plastique autour des tenues en tissu. Mais l’arrivée du Covid a stoppé l’impulsion du groupe. « Notre structure lutte contre le cancer. Par conséquent, nous n’avons pas reçu de malades Covid car nos patients sont fragiles et sous chimiothérapie. Cependant, malgré la pénurie de personnel, nous avons poursuivi notre activité chirurgicale pour les patients atteints de cancer et même reçu ceux d'autres établissements », explique Laurence Piquard.

Une surcharge de travail qui s’est un peu aplanie au printemps 2021.

Puis, d’autres initiatives ont suivi : « à Curie, précise-t-elle, il y a plusieurs types de déchets produits au bloc : verre (issu des ampoules et flacons médicamenteux), papiers, emballages des dispositifs médicaux déchets assimilés aux ordures ménagères (DAOM), déchets d’activités de soins à risques infectieux (DASRI), déchets radioactifs… Nous avons donc décidé de trier en différentes filières le papier, les films plastiques transparents, les thermoplastiques de type polyéthylène et polypropylène de haute et basse intensité ».

Côté plastiques, cela concerne « les pistons de seringue, les bouchons et capuchons divers ou encore les supports des masques laryngés », illustre Laurence Piquard.

Faire bouger les lignes

Les plastiques sont triés et prêts à être acheminés au profit de Handisport 92

Les plastiques sont triés et prêts à être acheminés au profit de Handisport 92. © Delphine Bauer.

En avril 2021, elle relance donc l’initiative. Mais comment réussir à traduire en acte le recyclage des déchets d’un bloc opératoire de quatre salles, avec environ 3 000 interventions par an ?

« Un tri des déchets du bloc impliquait une anticipation logistique de la part de toute la chaîne : le responsable d’hôtellerie, les équipes qui transportent les poubelles, celles qui gèrent le stockage et le prestataire qui les récupère », détaille l’IADE. Une façon d’entrer en contact avec d’autres collègues et « de comprendre plein de choses » sur le fonctionnement de la filière déchets.

L’installation de poubelles de tri spécifique dans les salles de réveil et les salles de bloc opératoire a facilité l’implication de tous les personnels. « Au bloc, cela prend un peu plus de temps, mais on arrive toujours à trouver un moment dans la journée, on peut faire ce tri tranquillement », assure-t-elle. Un mémo est d’ailleurs disponible pour rappeler dans quel type de sac insérer les déchets.

Malgré la bonne volonté de toutes les équipes du bloc, Laurence Piquard effectue un deuxième contrôle afin de minimiser les erreurs. 

Des résultats satisfaisants

© Delphine Bauer

Au final, les résultats sont satisfaisants à bien des égards : « Depuis des années, nous jetions dans les boîtes jaunes des DASRI les objets tranchants et piquants mais aussi toutes les ampoules en verre utilisées pour les plateaux d’anesthésie. Et ces boîtes jaunes se remplissaient très rapidement. Une étude a été réalisée et a conclu que ces boîtes comportaient quasiment 80 % de verre (qui n’a rien à faire parmi les DASRI). En prenant conscience de cette erreur, nous avons décidé de mettre ces ampoules dans des bouteilles vides capuchonnées, ce qui a eu pour conséquence une division par cinq du nombre de boîtes jaunes ».

Elle sourit : « Cela me fait tellement de bien, c’est une véritable petite bouffée d’oxygène. Et c’est gratifiant de retirer des kilos de verre et de plastique de la nature ! ».

Même enthousiasme concernant les gaz halogénés utilisés pour l'entretien de l'anesthésie. « Nous sommes en train de finaliser un système de récupération des gaz inhalés afin qu'ils soient extraits et recyclés par une société basée en Allemagne. C’est autant de gaz qu’il ne faudra plus importer. D'autre part, le rejet dans l'atmosphère de gaz halogénés (assimilés à des gaz à effet de serre) sera nettement diminué », explique Laurence Piquard. 

L’écologie au service des autres

En bout de chaîne, l’association Handisport 92 a remporté les suffrages pour la collecte des plastiques. « Le plastique de nos bouchons est le même que celui des bouchons de bouteille que l’association récupère déjà, éclaire Laurence Piquard. Le choix de ce partenaire a été un déclic. Cela a permis de remporter l’adhésion de tous, y compris du personnel vacataire. Ils y ont trouvé du sens ».

Brahim Alexandre-Balk, président d’Handisport 92, se réjouit de l’initiative qui a déjà permis de récolter 200 kilos de plastiques, sachant qu’il faut en collecter 1000 pour obtenir le prix d’un fauteuil sportif multisport (qui coûte 900 euros).

« C’est la première fois que nous obtenons un partenariat avec un établissement de santé, d’habitude c’est avec des communes et des écoles », explique-t-il. Il espère que Curie, « un exemple », pourra donner envie à d’autres établissements du 92 de s’en inspirer.

Les besoins en matériel sportif sont là : « Nous avons besoin de matériel pour développer des actions sportives et permettre aux jeunes d’accéder à des pratiques sportives adaptées ».

« Le prochain challenge de Curie ? Trouver quelqu’un qui puisse s’occuper de nos métaux ! », lance Laurence Piquard, inépuisable IADE.

Entre les lames de laryngoscopes, les pinces de coelioscopies, les agrafeuses, les plaques de bistouri, les bouteilles de gaz halogéné, les emballages de fils de suture…, le travail ne manquera pas.

Delphine Bauer

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