C’est quoi le CNR santé ?

Le ministre de la Santé lancera en début de semaine prochaine le volet « santé » du « Conseil national de la refondation » sensé repenser l’accès aux soins dans le pays. Vraie opportunité de transformation ou énième forum de bavardage ? On fait le point.

C’est quoi le CNR santé ?

© ShutterStock

S’il était un animal, ce serait… un caméléon. Car le Conseil national de la refondation (CNR) « santé », qui sera officiellement lancé par François Braun au Mans le 3 octobre prochain, a déjà connu plusieurs avatars.

Durant la campagne d’Emmanuel Macron, il était une promesse électorale : celle d’une « conférence des parties prenantes » chargée de trouver les solutions aux problèmes d’accès aux soins que connaît le pays. Cette conférence des partie prenantes a par la suite, dans la communication gouvernementale, pris le nom de « grande concertation », avant de finir par n’être plus qu’une branche du CNR, le fameux outil censé incarner la « nouvelle gouvernance » promue par l’exécutif et lancé par le président le 8 septembre à Marcoussis, dans l’Essonne. Reste à savoir ce qui se cache derrière la valse des étiquettes.

À ce jour, très peu de détails ont filtré concernant l’organisation concrète du CNR « santé ». Tout au plus apprenait-on le 18 septembre dernier, à l’occasion de confidences faites au JDD, que l’idée de l’ex-patron des urgences de Metz était « de partir du terrain, de faire du sur-mesure et pas du prêt-à-porter descendant du ministère ».

Plus précisément, l’avenue Duquesne envisage une démarche en trois temps. Tout d’abord, « jusqu'au printemps 2023, une concertation […] au niveau national avec les acteurs clés – professionnels et ordres de santé, élus, représentants des patients – afin d'aborder les questions transversales comme le partage des compétences », détaille le ministre. Concertation en parallèle de laquelle se tiendront, ajoute-t-il, « des réunions territoriales sous la houlette des […] Agences régionales de santé », ainsi qu’une « consultation citoyenne numérique, très large, […] proposée aux Français avec des questions sur leur vécu ».

Mais quels objectifs précis seront assignés aux concertations ? Quel sera le périmètre des discussions ? Comment leurs propositions seront-elles formalisées ? En quoi ce dialogue différera-t-il de ceux qui avaient précédé le Ségur de la santé ou encore le Pacte de refondation des urgences ? Le tout débouchera-t-il sur une (énième) loi santé ? La réponse à ces interrogations reste pour l’instant cachée à l’intérieur de l’étroit triangle que forment Duquesne, Matignon et l’Élysée. Même le patron d’une grande fédération syndicale, contacté en cette fin de semaine par ActuSoins, n’était pas en mesure d’y répondre, alors que les syndicats figurent, en théorie du moins, parmi les principaux interlocuteurs de l’exécutif dans le cadre du CNR.

Halte au yakafokon

Seule certitude : les acteurs infirmiers semblent bien décidés à saisir la tribune que devrait leur offrir le CNR. « On veut se mettre au travail, et on veut surtout qu’ils se mettent au travail », lance Christel Baldet, infirmière anesthésiste au Pôle Santé Sarthe et Loir et membre du collectif « Santé en danger », qui sera représenté au Mans lundi prochain.

Celle-ci prévient qu’il faudra sortir de « la messe yakafokon » et déboucher sur de vraies propositions, notamment en termes d’attractivité des métiers. Et la soignante d’afficher la volonté du collectif auquel elle appartient de « participer aux groupes de travail », d’être « force de propositions », en s’appuyant notamment sur celles que contenues dans Le vrai Ségur de la Santé, le livret issu du travail de concertation (encore un !) mené il y a quelques mois par La Santé en danger.

Reste à savoir si le CNR permettra de faire mieux que les précédentes tentatives d’États généraux, et autres « grands débats ». Céline Laville, présidente de la Coordination nationale infirmière (CNI), veut le croire. Lors des derniers échanges qu’elle a eus avec le ministère de la Santé, elle a noté un changement d’attitude. « Pour la première fois, on ne m’a pas parlé de chiffre, remarque-t-elle. Ils souhaitaient que les établissements leur fassent remonter les petites initiatives locales qui fonctionnent et qui permettent de s’en sortir. »

Signe d’une prise de conscience en hauts lieux ? « Ils sont obligés d’avoir cette prise de conscience, avance la responsable syndicale. Ils n’ont plus le choix, les Français ne parviennent plus à se faire soigner. » Si avoir touché le fond de la piscine est une étape nécessaire avant de refaire surface, alors on n’a plus qu’à espérer que le CNR « santé » soit le fond de la piscine…

Adrien Renaud

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