Les hôpitaux face à l’inflation

L’augmentation des prix qui affecte depuis plusieurs mois l’économie mondiale n’épargne en rien les établissements de santé français. Un souci supplémentaire dont le système hospitalier, qui ne manque pas de problèmes à régler, se serait volontiers passé.

Les hôpitaux face à l’inflation

© AdamRadosavljevic / iStock

Chômage, récession, déficit… On ne peut pas dire que les phénomènes économiques désagréables ont épargné la France et l’Europe au cours des dernières années.

Il manquait pourtant un nom à la liste des fléaux pouvant s’abattre sur les travailleurs, les consommateurs ou les contribuables : l’inflation.

Un oubli réparé depuis quelques mois : en France, l’augmentation des prix devrait en 2022 atteindre 5,8 % d’après la Banque de France, et elle devrait même selon la Banque centrale européenne (BCE) dépasser les 8 % à l’échelle du continent. Voilà qui oblige tous les acteurs économiques à s’adapter… et les hôpitaux ne font pas exception.

« C’est un problème qui s’ajoute à tous ceux que l’hôpital connaît actuellement, bien qu’il ne soit pas de même ampleur que les questions quasi-existentielles que sont pour nous l’offre de soins et les ressources humaines », constate Cédric Lussiez, directeur général du Groupe hospitalier Nord-Essonne (GHNE).


Celui-ci relève notamment que les membres du personnel, qui « viennent à 92 % au travail en voiture », lui « parlent systématiquement du coût des transports », et ont « la tentation de trouver un emploi plus près de chez eux ».

Mais le sujet est loin de ne concerner que l’hôpital public. « Nous connaissions déjà une augmentation de nos coûts liée au Ségur, à la rareté des ressources humaines et à la nécessité pour nous de mieux payer les professionnels pour les attirer, explique Pierre-François Bérard, directeur de la polyclinique de Deauville, dans le Calvados. À cela viennent s’ajouter des augmentations de tarifs sur certains dispositifs médicaux, par exemple, qui ont pris 10, 20 voire 45 % depuis la guerre en Ukraine. »

Un milliard à trouver

L’effet de l’augmentation des prix a été chiffré pour 2022 par la Fédération hospitalière de France (FHF) à « un milliard d’euros pour l’ensemble des établissements hospitaliers, quel que soit leur statut », indique Cécile Chevance, responsable du pôle « Offres » au sein de cet organisme représentant les hôpitaux publics. Parmi les postes de dépense les plus touchés, celle-ci cite bien sûr l’énergie, dont l’hôpital est « un gros consommateur », mais aussi l’alimentation, « pour laquelle l’augmentation des prix tourne autour de 10 à 15 %, ou encore les travaux.

Ces derniers sont un sujet de préoccupation majeur, car le secteur hospitalier doit justement faire l’objet d’investissements importants dans le cadre du plan de relance. « Beaucoup d’hôpitaux ont de grosses opérations et se trouvent face à des entreprises de BTP qui ne sont pas très nombreuses à pouvoir assurer ce type de chantier, décrypte la responsable hospitalière. Cela crée de la concurrence et a forcément un impact sur les prix, impact qui vient s’ajouter à celui de l’inflation et de la pénurie de matières premières. »

L’Ondam de l’espoir

Face à cette situation, à court terme, les établissements ont peu de solutions, car une éventuelle augmentation de leurs ressources ne peut passer que par une augmentation de l’Objectif national des dépenses d’Assurance maladie (Ondam), qui sera discuté par les parlementaires tout au long de l’automne.

Ceux-ci accepteront-ils de financer l’augmentation des coûts hospitaliers ? Cédric Lussiez semble penser qu’ils n’auront pas vraiment d’autre choix. « On ne va pas baisser le chauffage sous 19 degrés pour nos patients, prévient le patron du GHNE. Je ne sais pas si l’Ondam compensera l’inflation, mais je sais qu’il faudra nous aider soit en augmentant le déficit de l’État, soit en augmentant le déficit des hôpitaux. »


Quelle sera la solution choisie par les pouvoirs publics ? À la FHF, on reste circonspect. « Nous n’avons pas eu de garanties ou d’arbitrage sur ce sujet, relève de son côté Cécile Chevance. En attendant, les établissements doivent faire l’avance, et nous avons eu des situations de tension sur la trésorerie au cours de l’été. »

Du côté des cliniques, en revanche, une autre échappatoire est identifiée : augmenter l’activité. « Nous sommes en train de tenter de dynamiser le recrutement médical, afin d’atteindre un volume qui nous permettra de compenser les surcharges, explique Pierre-François Bérard, à la polyclinique de Deauville. Nous travaillons sur la communication de nos établissements, pour expliquer aux patients qu’ils n’ont pas forcément besoin d’aller se faire opérer à Rouen ou à Caen, et qu’à Deauville nous faisons aussi des choses très bien ! » Reste à savoir ce que les établissements caennais ou rouennais penseront de ce type de solution !

Adrien Renaud

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Réactions

1 réponse pour “Les hôpitaux face à l’inflation”

  1. Pseudo dit :

    il y a aussi une autre solution faire des économies en gérant mieux l’hôpital

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