Face à la crise, les infirmiers de l’éducation nationale réclament des moyens

Mobilisés auprès des élèves, de leurs parents et des enseignants depuis le début de la crise sanitaire, les infirmiers de l’éducation nationale le sont aussi dans la rue. Ils dénoncent leurs conditions de travail, le manque de moyens et l’absence de prise en compte du mal-être des jeunes.

Avant les mobilisations de janvier, les infirmières de l'éducation nationale s'étaient déjà rassemblées

Avant les mobilisations de janvier, les infirmières de l'éducation nationale s'étaient déjà rassemblées (ici, en juin 2021), pour dénoncer le manque de moyens alloués pendant la crise sanitaire . © Laure Martin.

Après deux années de gestion de crise, comme de nombreux professionnels de santé, les infirmiers de l’éducation nationale se disent épuisés. Ils dénoncent une « gestion calamiteuse » de la crise, un « déni », un « manque d’anticipation », des « insuffisances », et une « grande désorganisation ».

D’où leur présence lors de la mobilisation du 13 janvier, aux côtés des enseignants et du personnel de l’éducation nationale.

Des missions initiales non accomplies

« Nos revendications étaient déjà nombreuses avant la crise sanitaire, rappelle Gwenaëlle Durand, co-secrétaire générale du Syndicat national des infirmiers et infirmières éducateurs de santé (Snies-Unsa). Mais depuis, la situation s’est aggravée, et nous manquons de moyens matériels et humains. »

Les infirmiers de l’éducation nationale ont un panel de missions relativement large. Et pour les accomplir, 7700 emplois couvrent plus de 60 000 sites scolaires et 13 millions d’élèves, selon les chiffres du Syndicat national des infirmier(e)s conseillier(e)s de santé (Snics) FSU. Or, depuis le début de la crise sanitaire, leurs missions se sont faites plus nombreuses : gestion des gestes barrières, de cas positifs, des cas-contacts. « Nous intervenons également en soutien aux parents qui sont perdus dans les protocoles sanitaires à répétition et n’arrivent pas à faire tester leurs enfants », indique Saphia Guereschi, présidente du Snics-FSU.


Et pour fournir ce travail, aucun moyen supplémentaire n’a été attribué.

Conséquences : les missions dédiées à l’éducation à la santé sont mises de côté au profit de la gestion de la crise, car « nous n’avons plus le temps, regrette Gwenaëlle Durand. Pourtant, nos interventions sont tellement essentielles pour les jeunes. »

« Nous étions déjà inquiets pour les jeunes avant la crise, constatant l’augmentation des consultations auprès des infirmières scolaires et le peu de moyens à notre disposition, pointe du doigt Saphia Guereschi. Depuis deux ans, nous alertons le gouvernement sur le manque de moyens infirmiers, l’aggravation des conditions de santé des élèves, l’absence d’égalité face à la réussite scolaire ou encore les conséquences de la fermeture des écoles privant les jeunes d’une porte d’entrée dans l’accès aux soins. »  

Création de postes et moyens humains

Ces constats conduisent les infirmiers de l’éducation nationale à demander prioritairement la création de postes. « Pour l’année 2022, le ministère a annoncé 50 postes d’infirmiers et assistantes sociales, répartis de manière assez inégale sur le territoire, dénonce Gwenaëlle Durand. Bien entendu, c’est trop peu. »

Le Snies-Unsa réclame la mise en place d’un pool de remplaçants titulaires, à savoir « des infirmières ayant passé le concours, acceptant d’effectuer des remplacements, ce qui permettraient aux établissements de disposer d’une réserve de professionnels formés et opérationnels », explique Gwenaelle Durand.

« Nous demandons le recrutement immédiat d’infirmières par le biais des listes complémentaires, associé à une création massive d'emplois infirmiers pour faire face à cette épidémie et à ses conséquences au long court sur la santé physique et psychique des élèves », ajoute Saphia Guereschi.


Quant aux 2000 médiateurs de lutte anti-covid (LAC) annoncés, « nous ne les avons pas vus dans les établissements du second degré, souligne Gwenaëlle Durand. Pourtant, ils pourraient nous libérer du temps sur les procédures, répondre aux questions des parents, appeler les cas-contacts. »

Une reconnaissance de l’engagement

Outre les moyens humains, les infirmiers de l’éducation nationale réclament la reconnaissance de leur engagement depuis le début de la crise sanitaire, « par le versement des primes Covid et du Complément de traitement indiciaire de 183 euros, desquels nous sommes exclues sans aucune justification », rappelle Saphia Guereschi, alors que les infirmiers sont en première ligne sans nécessairement bénéficier du matériel de protection approprié.

Enfin, le Snies-Unsa souhaiterait la création d’un compte-épargne temps car « lorsqu’il arrive 17h et qu’ils nous restent 30 élèves cas-contacts à appeler pour leur dire de se faire tester, alors on reste une à deux heures de plus, sans être rémunéré et sans aucune garantie de pouvoir récupérer ce temps », dénonce Gwenaëlle Durand.

Les syndicats maintiennent la pression avec des appels à la mobilisation à venir dans les prochains jours, notamment les 20 et 27 janvier.

Laure Martin

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