Infirmiers de l’éducation nationale : entre covid, surmenage et décentralisation, la coupe est pleine.

Fin décembre, Actusoins contactait des infirmières de l’Education nationale, clés de voûte du tracing du Covid-19 dans les établissements scolaires. Leur masse de travail a substantiellement augmenté et l’éventualité d’une délocalisation de leur tutelle inquiète.

Infirmiers de l’éducation nationale : entre covid, surmenage et décentralisation, la coupe est pleine.

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Les infirmiers de l’éducation nationale sont les témoins des conséquences psychiques du coronavirus sur les élèves des écoles, collèges et lycées du pays. « Nous sommes débordés. Les besoins en santé explosent chez les jeunes en raison de la crise sanitaire mais aussi de la crise sociale», indique Sandie Cariat, infirmière de l’Education nationale à Clermont-l’Hérault (secteur de douze écoles primaires et un collège de 850 élèves).

Leur temps de travail, déjà fortement fractionné entre différents établissements où ils reçoivent les enfants et adolescents, l’est encore davantage depuis la fin du premier confinement. « Et il y a beaucoup plus de consultations longues car il y a plus de situations complexes à gérer », explique Sandie Cariat. Comme ses collègues, elle remarque que l’anxiété due au confinement dans des contextes familiaux difficiles se développe. « Il y a des reports dans certaines prises en charge de soins, notamment pédopsychologiques ».

Brigitte Streiff, IDE de l’éducation nationale en Moselle dresse le même constat et a vu ses consultations augmenter de 25 % environ depuis septembre. « Certains élèvent ont peur de donner la mort à leurs grand-parents en les embrassant. Il y des élèves de sixième qui pleurent car ils sont angoissés, ils n’ont jamais vu le visage de leurs professeurs. », déplore-t-elle. Elle remarque également une recrudescence de la scarification chez les adolescents.

Localement, les burn-out et les démissions des infirmières sont une autre réalité, particulièrement dans l’académie d’Aix-Marseille où « il n’y a pas de budget pour remplacer les infirmières hormis par des contrats de vacation au SMIC horaire… alors on ne trouve personne. », indique le SNICS FSU Aix-Marseille.

Tracing Covid-19

Aux angoisses et maux du quotidien s’ajoutent sur les épaules de ces infirmiers la mission de suivi des enfants malades du covid-19 et la mise en place de protocoles sanitaires dans les établissements. C’est en effet aux quelque 7700 infirmiers de l’Education nationale de juger de l’éviction ou non d’un enfant en cas de symptômes, de contacter les familles et de faire le lien avec la vie scolaire.

Le syndicat SNICS FSU reproche au ministère de l’Education nationale des « protocoles et des foires aux questions illisibles ». « Il y a eu une dizaine de foires aux questions émises par le ministère depuis les grandes vacances. La définition des cas contact a évolué et on remet en cause les protocoles à chaque nouvelle question. C’est très chronophage sur le terrain. », estime Brigitte Streiff.

Afin de maintenir des rendez-vous de qualité, l’infirmière a élargi ses horaires : « Nous faisons tous plus d’heures pour la distribution du gel hydroalcoolique, la vérification des absents de la veille, les appels téléphoniques pour savoir si un tel a vu un médecin, fait un test… J’arrive une heure plus tôt le matin pour voir les élèves avant les cours et à 17h, je fais le point avec le chef d’établissement. »

Colère face à la décentralisation possible

Fin décembre, le gouvernement a annoncé la décentralisation de la santé en milieu scolaire de l’Éducation nationale vers les collectivités territoriales par voie de presse. Pour le principal syndicat de la profession, territorialiser cette compétence nationale créera des inégalités entre élèves, qu’ils soient nés dans un département mettant la santé au coeur de ses priorités ou non : « Ce projet ne rencontre pas l’adhésion des infirmier.es de l’Education nationale qui sont attaché.es au cadre ministériel et au caractère national de la santé à l’École car ce cadre donne l’assurance d’une équité territoriale, et surtout répond aux besoins des élèves et de l’ensemble de la communauté éducative, traduits par 18 millions de consultations infirmières réalisées chaque année à leur demande. », écrivait le SNICS FSU fin 2020.

Depuis, aucune nouvelle du ministère. « C’est un silence inquiétant et insultant », note Saphia Guereschi, sa secrétaire générale.

 Sandie Cariat estime que si le changement de tutelle a lieu, « cela fera des économies de postes à la fonction publique d’état, [il n’y aurait plus d’infirmière au sein de chaque établissement, NDLR] et nous ne ferons plus non plus de la santé scolaire mais de la santé publique, sans personne dans les écoles. »

Brigitte Streiff va dans le même sens. « J’ai réussi à faire hospitaliser une adolescente. Cela a été un travail au long cours de tous les jours. Ce ne sera plus possible avec la décentralisation. »

Une manifestation virtuelle a eu lieu le 26 novembre dernier, réunissant en ligne près d’un millier d’infirmiers de l’Education nationale. De nouvelles actions sont prévues en janvier contre la décentralisation.

Sandrine Lana

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