Les chroniques dessinées d’un aide-soignant en Ehpad

Aide-soignant en Ehpad, Guillaume Saynes, publie chaque semaine sur internet* une planche de ses « Ehpad chronicles ». Dans ces BD, Saynot (c'est son nom de « crayon ») dépeint avec humour le quotidien des soignants et des résidents d'un Ehpad imaginaire et conjure ainsi les difficultés de ce lieu d'exercice du métier.

Guillaume Saynes Aide-soignant en Ehpad

Guillaume Saynes. © DR

Les « Ehpad chronicles » sont de courtes bandes dessinées imaginées et dessinées depuis 2014 par Guillaume Saynes, aide-soignant. « Je dessine depuis toujours – tout jeune je reproduisais des comics et j'ai découvert peu à peu différents styles de BD, confie-t-il. Mais j'ai commencé ces chroniques deux ans après avoir intégré l'unité protégée pour les résidents atteints de troubles démentiels de type Alzheimer ».

Son quotidien de soignant auprès de ces personnes âgées dépendantes inspire ses scénarios.

« Cela peut venir d'une chose qui s'est passée au travail et que je transforme pour en faire un gag, comme les relations avec les résidents, un échange entre collègues dans les vestiaires ou la salle de pause, les rapports entre travail et vie personnelle ou l'actualité qui concerne les Ehpad, explique-t-il. Je dessine aussi des situations que j'imagine et qui auraient pu arriver. Mais je fais en sorte qu'on ne puisse pas faire de lien direct » entre les personnes et les situations évoquées dans ces chroniques et la réalité.


D'ailleurs, précise l'aide-soignant, « les personnages sont fictifs. Les personnalités sont un mélange de celles des personnes que je côtoie ou que j'ai côtoyées par le passé ».

Lui-même n'est pas vraiment Gus, le jeune homme barbichu aux cheveux en pétard, héros de la BD. « J'ai peut-être eu ce look au départ, admet-il, mais je n'ai pas fait évoluer le personnage : j'ai laissé Gus tel qu'il est. Cela me permet de mettre de la distance entre ce que je suis et le personnage que j'ai créé. Son caractère n'est aussi pas totalement le mien. »

Mel, sa collègue rouquine un peu rude, n'existe pas non plus... Dans tous les cas, « je veux montrer que les soignants en Ehpad ne sont pas des robots à nettoyer les gens, remarque le dessinateur, mais renvoyer l'image de professionnels qui aiment leur travail et le font bien avec les moyens qu'ils ont. » Des professionnels qui travaillent aussi auprès d'être humains...

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Humour réaliste

Ehpad chronicles BD, SaynotLes petites scènes de vie que dessine Guillaume Saynes, même quand elles sont difficiles, sont toujours empreintes d'humour. Elles adoptent même quelquefois un ton assez cru « mais c'est comme ça dans la vie, souligne l'aide-soignant. J'appelle un chat un chat. Et encore, parfois je m'autocensure ! ».

Les moments cocasses ne manquent pas dans son quotidien professionnel, observe Guillaume Saynes, que ce soit avec les résidents ou avec les collègues. Les difficultés non plus : « le métier en lui-même n'est pas forcément facile tous les jours, reconnaît-il, surtout depuis l'épidémie de covid, mais même avant. Je ne veux pas enfoncer le clou en faisant des BD glauques ou en râlant. Je préfère rester dans le feel good et prendre les choses avec humour, comme je le fais au travail. C'est une recette qui fonctionne pour moi ».

Visiblement aussi pour les1500 confrères ou consoeurs qui le suivent sur Facebok, notamment ses collègues de l'EHPAD, les premiers à suivre ses publications. Et, parfois, à reconnaître certaines situations.

« Quand il se passe une chose que je pourrais dessiner, remarque Guillaume Saynes, je la note dans une appli de mon téléphone dès que je suis en pause. Je ne sais pas combien de scénarios j'ai d'avance ! » Il dessine le soir et essaie de publier une planche au moins une fois par semaine.

Il peaufine le projet de proposer ses chroniques à un éditeur. Son rêve : voir ses chroniques rassemblées dans un album et présentées sur les étagères d'une librairie ou de la bibliothèque de ceux qui voudraient l'acheter... « Ce serait une belle reconnaissance individuelle mais aussi collective pour les soignants, notamment ceux qui travaillent en Ehpad, souligne-t-il. C'est un métier bien plus intéressant que ce qu'on peut croire ! »

Géraldine Langlois

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* http://saynot.fr/

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