Une consultation transculturelle instituée au CHU de La Réunion

A La Réunion, la religion sous différents cultes et les croyances diverses font partie du décor. Les choses se corsent néanmoins, quand, au fil des transports sanitaires venus des autres îles d’Océan Indien, la science médicale se heurte à des réticences d’autant plus difficiles à appréhender qu’elles s’expriment dans un dialecte inconnu. Le Pôle de Santé Mentale du CHU a donc mis en place une consultation transculturelle innovante.

Une consultation transculturelle instituée au CHU de La Réunion Catholicisme, bouddhisme, religion tamoule, islam, judaïsme, sans oublier le courant évangélique piétiste et revivaliste, à La Réunion, les religions cohabitent et s’affichent plus librement dans l’espace public qu’en métropole.

Aux théologies diverses s’ajoutent aussi des croyances populaires. « Quand je suis arrivée à La Réunion, j’ai été surprise par le poids des croyances, explique Isabelle, infirmière libérale. Pour effectuer un soin suite à un accident domestique sur un patient âgé, je devais toucher son crâne. J’ai avancé la main et juste au moment de le faire, sa fille, furibarde, m’a attrapé la main en me parlant dans sa langue. Impossible de décoder les raisons du courroux, mais clairement le crâne c’était zone interdite. »

 Il lui faudra quelques jours pour apprendre que chez les bouddhistes, les fontanelles sont des lieux de passage de l’âme.

Expliquer le soin sans dénaturer la croyance

Roland, infirmier hospitalier, a souvent eu à faire avec des familles d’origine africaine pour qui les examens médicaux à la tombée de la nuit posaient problème. Les prélèvements sanguins n’étaient pas bien vus non plus… « Je me souviens d’un patient musulman, qui a refusé un examen qui exigeait de le placer sur le ventre, ce serait une position démoniaque », explique-t-il.


Difficile, quand on est d’une autre culture que le patient, d’expliquer que tout cela, c’est de la superstition aux yeux de la science. « De toute façon, ce n’est pas notre rôle », estime Isabelle, qui a souvent recours aux proches du patient pour expliquer le pourquoi du soin et rassurer le malade.

« Leur parole est reçue, car ils sont de la même religion, ils connaissent et comprennent les rituels mais les plus jeunes relativisent plus les choses et quand la santé est en jeu, ils temporisent davantage. Parfois le malade est d’accord pour les soins mais c’est sa famille qui s’y oppose. »

Reste qu’en pratique libérale, les traditions ont parfois moins d’impact qu’à l’hôpital, alors que les patients arrivent souvent dans un contexte tendu où l’exégèse de leurs croyances ne peut être prise en compte dans l’urgence.

Une antenne pluridisciplinaire et multiculturelle

Le contexte religieux à La Réunion ne pouvant être totalement éludé, le Pôle de Santé Mentale du CHU de La Réunion a donc mis en place depuis quelques mois un nouveau type de prise en charge spécifique et original autour de débats sur les religions et les croyances.

Ségolène Meyssonnier, psychologue clinicienne, et son équipe pluridisciplinaire constituée d’infirmiers, d’une assistante sociale, de psychologues et de psychiatres ont ouvert un espace thérapeutique où le groupe de professionnels de santé prend le temps de parler des croyances, des religions et des traditions avec les patients qu’ils accueillent.

Cet espace thérapeutique dit « consultation transculturelle » permet de comprendre et de soigner en tenant compte des éléments culturels du patient et de sa famille. Le cadre est tout d'abord celui de la psychothérapie, mais il peut aussi avoir une fonction d'aide au diagnostic, d'expertise ou de médiation.

Une consultation de deuxième intention

Le dispositif transculturel peut être proposé à tout patient (enfants ou adultes) et à sa famille dont les difficultés sont liées aux représentations de la maladie dans une culture donnée et à la mise en lien entre la culture d'origine et la prise en charge psychiatrique.

C’est une consultation de deuxième intention dans les situations où une prise en charge psychiatrique a déjà été mise en place pour le patient.

Quand l'équipe reférente est interpellée par une compréhension divergente de la maladie, des éléments culturels exprimés, une histoire migratoire traumatique ou des difficultés dans la transmission transgénérationnelle, les professionnels peuvent orienter les patients vers le dispositif transculturel où les patients pourront rencontrer des soignants de leur ethnie.

Le patient et les membres de sa famille, qu'il invite à participer à la séance, sont reçus par le groupe de thérapeutes multiculturels, et également lorsque c’est nécessaire, par un interprète. Ce dispositif répond à un besoin des patients et des familles d’être entendus dans leurs représentations de la maladie et dans leurs spécificités culturelles.

Des équipes sensibilisées à l’ethnopsychiatrie

Dans le cadre de la 5ème journée éthique du CHU de La Réunion intitulée cette année « Culture et laïcité : pour une éthique des soins », les thérapeutes de la consultation transculturelle ont présenté des situations cliniques permettant de sensibiliser le plus grand nombre de professionnels à la place de l’ethnopsychiatrie à l’hôpital.

Quant aux équipes du Pôle santé mentale, elles ont été formées à l’approche transculturelle, un travail de formation appelé à se poursuivre en 2020 afin que les professionnels de santé, et notamment les infirmiers en charge des soins, se familiarisent à l’écoute et à la prise en charge des éléments culturels lors des rencontres avec les patients et leurs familles.

Mireille Legait

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