Chiens renifleurs de cancers : l’étude clinique va démarrer cet automne

Le projet de recherche Kdog de l’Institut Curie vise à détecter un cancer du sein à son stade le plus précoce, grâce à l’odorologie canine. Le projet, initié par une infirmière, entre en cette fin d’année, en phase d’essai clinique. 

Chiens renifleurs de cancers : l'étude clinique va démarrer cet automne

Isabelle Fromantin et un malinois "renifleur" du cancer du sein. © DR

Le cancer du sein est le plus fréquent chez la femme. 54 000 d’entre elles sont touchées chaque année en France, et une femme sur huit sera un jour concernée.

Avec son projet de recherche Kdog, initié par Isabelle Fromantin, infirmière titulaire d'un doctorat en sciences et ingénierie, l’Institut Curie souhaite démontrer la possibilité de détecter les cancers du sein grâce à l’odorat canin, « une technique de dépistage simple, peu coûteuse et non invasive ».

Le chien possède 60 à 250 millions de cellules olfactives, contre 10 millions chez l’homme. « C’est un projet de recherche, cela ne veut pas dire que tout est joué d’avance », met en garde l’infirmière.

L’étude clinique va démarrer courant octobre/novembre avec l’inclusion d’une cinquantaine de patientes. Le groupe de recherche s’est donné deux ans pour la publication des résultats.

C’est en travaillant sur les plaies et les ulcères et leurs odeurs perceptibles qu'Isabelle Fromantin s’est interrogée sur les composés volatiles odorants non perceptibles par les humains mais qui le sont par les chiens.

Travail avec le chien

Deux chiens sont prêts pour débuter les études cliniques et un troisième est en éducation car l’objectif est de veiller à ce que tous les prélèvements soient vérifiés deux fois. Une méthodologie de travail très précise est respectée afin d’éviter tous les biais.

« Nous choisissons des chiens qui prennent du plaisir à faire ce qu’ils font et qui sont toujours performants, rapporte Isabelle Fromantin. Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir des chiens irréguliers. »

Pendant sa phase d’éducation, l’animal apprend à travailler tout en jouant. « Nous commençons d’abord par lui faire trouver son objet de motivation, son jouet, dans des boîtes, explique l’infirmière. Son jouet va ensuite être associé à une compresse sur laquelle est répandue l’odeur de la tumeur. Puis nous enlevons le jouet afin que le chien ne retrouve que la compresse. »

Lorsqu’il y parvient, le niveau de difficultés augmente puisqu’il doit également apprendre qu’il peut ne rien y avoir sur la compresse et qu’il doit le signaler, comprendre que ce n’est pas une faute. A chaque réussite, il a une récompense.

L’éducation est assez longue, le chien peut faire preuve de progressions rapides, puis avoir ensuite des plateaux. Mais il peut aussi faire preuve de défaut de motivation. « Nous avons eu plusieurs chiens performants mais que nous avons réformés car ce travail ne les amusait plus, précise Isabelle Fromantin. Cela ne sert à rien de les contraindre. »

Offrir des modes de dépistages variés

L’objectif de l’étude clinique est d’aboutir à un outil fiable. « Après la publication de nos résultats, il appartiendra au ministère de décider si ce mode de dépistage peut être prescrit », fait savoir Isabelle Fromantin.

Et d’ajouter : « Selon nous, il faut que le médecin reste prescripteur de ce mode de dépistage et que ce soit lui qui annonce les résultats à la patiente pour ensuite organiser la suite du parcours », car si une tumeur est détectée, il sera toujours nécessaire d’effectuer une biopsie.

« Aujourd’hui des équipes du monde entier travaillent à la détection du cancer par le biais de l’odorat canin, poursuit l’infirmière. Ce qui était vu comme une originalité il y a quelques années est aujourd’hui pris en compte par de nombreuses équipes de recherche et nous avançons sur le sujet. »

Si la France se concentre sur le cancer du sein et de la prostate, le Mexique travaille lui sur le cancer du col de l’utérus, les Etats-Unis sur la prostate, le poumon et les ovaires et la Hongrie sur le poumon. « En France, ce type de dépistage pourrait servir car toutes les femmes ne répondent pas au dépistage de masse pour le cancer du sein, conclut l’infirmière. De même qu’il n’est pas toujours évident pour les femmes en situation de handicap de se faire dépister, tandis que d’autres craignent les mammographies. Ce qui est intéressant, c’est d’avoir plusieurs solutions de dépistage à proposer. »

Il serait également envisagé d’échanger des échantillons à détecter entre les pays puisque les chiens sont spécialisés à la détection d’un seul type de cancer.

Laure Martin

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Lire : Kdog, des chiens pour dépister le cancer du sein (2016)

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