L’expérience collective des soignants

Lors du Salon infirmier qui s'est déroulé la semaine dernière à Paris, une table ronde a mis en lumière quatre initiatives, dont le fil rouge était l’expérience des soignants. Deux initiatives se sont avérées particulièrement propices au travail en commun et à l’interdisciplinarité pour les IDE.

L’expérience collective des soignants

© MS / ActuSoins

Dans la prise en charge de la douleur, le binôme constitué par Charles Jousselin, médecin et philosophe, et Dorothée Moncel, infirmière, fait office de duo iconoclaste. Pour eux, qui évoluent dans une équipe pluridisciplinaire et mobile de soins palliatifs au CHU Bichat-Claude Bernard, il n’existe pas de « douleur » à proprement parler, mais il existe un « Homme douloureux », c’est-à-dire un individu qui souffre dans son être et dont les soignants ne connaissent de sa douleur que ses manifestations.

« La douleur est évaluée de façon systématique, encadrée par des protocoles. Et pourtant, on entend toujours une complainte des patients et des familles », déplore l’infirmière. De ce constat, c’est toute leur approche de la douleur qu’ils ont modifiée. Face à des patients qui demandent immédiatement des médicaments comme seul soulagement possible, Charles Jousselin et Dorothée Moncel ont décidé de faire de l’écoute - et de la qualité d’écoute -, leur fer de lance. « Il n’y a rien de pire que l’indifférence », ont-ils reconnu.

Alors quand un patient a mal, « il faut prendre le temps de rencontrer l’Autre, de reconnaître sa douleur (le fait qu’il soit altéré, changé, dégradé, de mauvaise humeur, qu’il soit moins attentif et moins concentré…), et parfois, accepter de se faire envoyer balader, explique le médecin. La douleur, ça prend du temps ! » a-t-il résumé. A rebours d’une médecine mécanique, soumise à une obligation de résultats, le binôme ose dire à ses patients qu’ils ne vont pas « être soulagés tout de suite. Si vous êtes dans la performance et l’efficacité, alors vous n’êtes pas médecin », a lâché Charles Jousselin.

Dorothée Moncel, elle, reconnaît : « On m’a appris à regarder un chiffre et à donner un médicament qui est censé faire baisser la douleur. Mais il faut prendre la douleur dans sa globalité et personnaliser l’approche ». Cette démarche permet d’éviter les effets secondaires des médicaments ou l’accoutumance à la morphine trop rapidement dans le cas d’une douleur chronique qui nécessitera des doses de plus en plus importantes… En conclusion : « L’EVA n’est pas la clé de la prise en charge. Il faut prendre le temps de ne pas être efficace, a plaisanté, à demi, Charles Jousselin», afin de trouver la solution la plus efficace sur le long terme. 

Inclure tous les soignants

De l’autre côté de la frontière, à Namur (Belgique) une initiative lancée par Marie-Chantal Meeus, infirmière cheffe de service à la clinique du Bois de Pierre (spécialisée en réadaptation), a rencontré un franc succès. Face au problème de santé publique que constitue la dénutrition des patients, elle a décidé, soutenue par les pouvoirs publics, de mettre en place un dispositif pour lutter contre ce risque, aidée d’une diététicienne. Ensemble, elles ont lancé des séances de dépistage, avec possibilité d’une prise en charge adaptée (pesée, suppléments nutritionnels, mesure des ingestas…) si le patient est, ou risque, la dénutrition.

Dans ce cas, il est suivi par le médecin et des infirmiers. L’originalité du projet ?  Être réellement collectif. « Nous avons formé tout le personnel, kiné, brancardiers, ergothérapeutes, diététiciennes ou infirmiers… dans une joyeuse émulation générale où chacun pouvait proposer des idées ».  Lors des formations proposées, abordant la dénutrition, ses risques etc., 70 % des membres de la clinique, et 80 % du corps infirmier, étaient présents, signe de l’engouement des équipes pour un projet collectif. Le but commun - améliorer la prise en charge des patients dénutris- et la bonne humeur dans laquelle s’est déroulée le projet, a motivé les troupes sans conteste.

Il a ensuite été question de continuer à impliquer les personnels en adaptant le terrain. « Nous avons par exemple modifié les horaires de distribution des suppléments nutritionnels en fonction des patients et des unités (au moment de la prise des repas, ils se sont avérés inutiles), nous sommes dotés de nouveaux frigos… et avons créé des staff pluridisciplinaires pour le suivi des patients dénutris », explique Marie-Chantal Meeus. Bien sûr, il était indispensable d’inclure les patients, ce qui a été fait avec « des supports formatifs sur la dénutrition, un petit film tourné dans l’établissement mais aussi avec des portes ouvertes » où les recettes établies par la diététicienne prenaient des tournures gastronomiques.

Aujourd’hui, le projet cherche à se pérenniser. « Grâce à un suivi comparatif, nous avons pu constater que les patients en cours d’hospitalisation et bénéficiant de notre prise en charge spécifique avaient une courbe de poids qui se stabilisait », a précisé l’infirmière. D’autres axes sont en cours de réflexion, comme mettre les patients en lien avec un médecin traitant ou des soignants pour veiller à ce que le retour à domicile se passe bien (en termes de courbe de poids) ou encore l’organisation de séances d’informations à destination des patients dénutris et de leurs familles. Très enthousiaste, Marie-Chantal Meeus a clairement identifié les deux gros avantages de cette initiative, « le bénéfice pour le patient et la valeur ajoutée du travail pluridisciplinaire en impliquant l’ensemble du personnel ».

Delphine Bauer

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