Etre infirmière sur sur un bateau : Quelles possibilités ?

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Sortir des murs de l’hôpital. Naviguer et partir à l’autre bout du monde tout en exerçant son métier. Quelques possibilités existent pour les infirmiers qui souhaiteraient embarquer à bord de navires. Impression de dépaysement et d’indépendance, mais aussi grosses galères parfois. Témoignages de 3 infirmiers qui ont tenté l’expérience.

Raphaël, 34 ans. A été infirmier à bord d’un bateau de croisière

infirmière sur un bateau

Je suis parti cinq mois à bord d’un navire qui effectuait des croisières en Antarctique. Le bateau embarquait 300 personnes environ pour des séjours de 15 jours.

Nous partions d’Ushuaia et nous dirigions vers les îles proches et l’Antarctique puis nous revenions au point de départ. En qualité d’infirmier, j’assurais les consultations à bord où le plus souvent j’avais affaire à des personnes souffrant de mal de mer, de gastro-entérites ou de petites plaies.

Je devais également suivre les excursions à terre où j’assurais les premiers secours. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de faire face à des urgences majeures. Une fois, par exemple, un client américain a fait un arrêt cardiaque suite à une fibrillation ventriculaire. Il s’était baigné dans l’Antarctique, pensant qu’il y avait des courants chauds. Nous avons dû le « choquer » et le réanimer. Nous l’avons récupéré sur place  puis il a été hospitalisé.

Un autre client, lui, a été gravement blessé par arme blanche. Ce poste n’était donc pas de tout repos. Certes, il y avait un médecin avec moi. C’était un psychiatre à la retraite, absolument pas préparé à ce genre d’imprévu.

J’ai donc été livré à moi-même, à devoir gérer l’urgence, mais aussi des soins comme des sutures qui ne relevaient normalement pas de mes compétences. En plus des consultations quotidiennes à l’infirmerie et des excursions, je devais être joignable 24h/24 et c’était toujours moi que l’on appelait en première intention pour ne pas déranger le médecin inutilement.

J’étais sous-officier et ne devais pas me mélanger aux officiers, ni aux voyageurs. Je devais rester au sous-sol, sans avoir de contact avec les passagers, sans pouvoir profiter des joies du bateau. Pour moi qui aime  me mélanger aux autres et qui apprécie le contact humain, cela a été très difficile. Ce n’est pas que je déconseillerais ce poste, car j’en tire une bonne expérience. Néanmoins, je ne recommencerais pas sans savoir où je mets les pieds et avec qui je vais travailler.

Virginie, 34 ans. A été sur un navire-hôpital à visée humanitaire

Je suis partie cette année 4 mois au Togo sur l’Africa Mercy, un navire-hôpital de l’organisation humanitaire des navires de l’Espoir (Mercy Ships). Je travaillais à bord dans le service de chirurgie maxillo-faciale, avec des enfants comme patients, principalement.

Personnellement, je suis restée sur place tout le long de ma mission, car j’avais choisi pour des questions financières – les volontaires employés sur le Mercy Ships ne perçoivent pas de salaire et doivent payer un loyer, ndlr – de ne pas suivre plus longtemps le navire qui longe les côtes africaines et s’arrête quelques mois dans chaque port.

Le bateau était un véritable village hôpital. Il y avait 6 salles d’opération, une salle de réveil, une unité de soins intensifs et 78 lits d’hospitalisation. Les locaux venaient pour s’y faire soigner car il n’y a pas de structures de santé adaptées à leurs pathologies dans leur pays.

L’organisation, l’hygiène et l’aseptie sur un navire-hôpital sont identiques à ce que l’on peut rencontrer dans des hôpitaux occidentaux. J’aimais cette rigueur associée à la diversité culturelle que nous rencontrions. Mon rôle consistait à faire les soins courants, mais aussi à rassurer les patients, leur expliquer ce qui allait se passer parce que la plupart d’entre eux n’avaient jamais vu un hôpital et encore moins un bateau hôpital.

Ceux qui venaient d’endroits excentrés  n’avaient jamais vu de blancs non plus.  Les gens ne savaient pas qu’il était possible de souffrir après une intervention. Ils  ne connaissaient pas les douches et essayaient de manger par terre. Il fallait donc leur apprendre à se laver les mains, à ne pas toucher aux pansements mais aussi leur expliquer ce qu’ils devraient faire ou ne pas faire par la suite. Cela représente une véritable fonction d’éducation.

La plupart des enfants avaient des malformations impressionnantes et avaient été rejetés par leur entourage. C’était très éprouvant. Néanmoins, j’en garde un souvenir merveilleux. J’ai appris à vivre en communauté et avec des collègues de toutes nationalités. Au début je me sentais enfermée. Ce sentiment est vite passé.

Laurent, 32 ans. A été infirmier sur un ferry

J’ai travaillé 10 mois pour une compagnie de ferries dont les navires effectuaient des traversées entre la France, l’Angleterre, l’Irlande et l’Espagne. Je travaillais sur le bateau pendant une semaine, puis j’étais de repos chez moi pendant une semaine.

Je suis très satisfait de cette expérience. Après mon recrutement, j’ai suivi des formations de sécurité destinées au personnel embarqué non issu du milieu maritime. Puis, j’ai été doublé 2 jours par le médecin chef et par une infirmière référente. Enfin, j’ai travaillé seul à bord.

Mon rôle était multiple : former le personnel aux gestes de secours, vérifier que tout allait bien du côté de l’équipage, tenir l’infirmerie et je gérer les urgences. J’ai été très étonné de constater que beaucoup de clients anglais profitaient des traversées pour faire un check-up. Sans problème aigu, ils venaient me voir pour que je les ausculte ou pour me parler de leurs pathologies chroniques. J’avais alors un vrai rôle d’éducation et d’orientation.

Une fois, et parce qu’il ne consultait jamais, un homme est venu me voir pour me montrer une grosseur de la taille d’une balle de tennis, située derrière son oreille. D’autres fois, ce sont des routiers polonais dont l’emploi du temps était très chargé qui m’appréhendaient, en profitant de ce laps de temps pour parler de leur état de santé.

Finalement, je n’ai eu que très peu problèmes liés au mal de mer ou à des pathologies aigues. J’ai néanmoins eu à gérer quelques urgences. J’y étais préparé. Sur le bateau, et alors qu’il n’y a pas de médecin, tout est protocolé et j’avais à disposition le matériel nécessaire à une bonne pratique. D’autre part, quelques marins sont formés et dédiés aux secours. Ils se mettaient à ma disposition si j’avais besoin d’aide ou d’assistance.

J’avais le statut et les avantages d’un officier, ce qui est un privilège fort appréciable. J’organisais donc mon temps comme je le souhaitais et mon seul supérieur hiérarchique était le commandant. Même en étant seul dans sa fonction à bord, il faut savoir que l’infirmier travaille beaucoup avec les autres et que l’ambiance est très solidaire.

Propos recueillis par Malika Surbled

Infirmiers sur un navire : les autres pistes 

Outre l’exercice sur un bateau de croisière, un ferry ou un navire hôpital, il existe de multiples solutions pour un infirmier qui souhaiterait exercer sur un bateau. On peut citer comme exemple les câbliers des sociétés de télécommunications françaises ou encore certains navires d’expéditions scientifiques.

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Réactions

4 réponses pour “Etre infirmière sur sur un bateau : Quelles possibilités ?”

  1. Audrey dit :

    Je ne peux pas, j’ai le mal de mer !

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