Demain, tous les soignants formés sur simulateur?

La sur mannequin haute-fidélité et sur serious games devrait bientôt être intégrée dans les , initiale et continue, des soignants.

Simulation-exercice organisé par iLumens, Paris-Descartes - DR

Un enfant, la clavicule fracturée, se retrouve au bloc opératoire. Un bronchospasme entraîne son intubation. Autour de lui, une équipe de soignants s'active avec tout le sérieux nécessaire. Pourtant, l'enfant est un robot et l'opération un scénario programmé par un enseignant. Cette scène sera bientôt une étape obligée dans la formation des médecins et des infirmiers.
Bras de perfusion, bassin pour sonde urinaire... certains IFSI utilisent déjà des simulateurs basse fidélité. Rien à voir cependant avec les possibilités des mannequins nouvelle génération – adulte, femme enceinte, enfant, bébé – qui reproduisent respiration, sons vocaux et physiologiques, sensation de douleur, réaction des pupilles, pouls... Durant les exercices, les formateurs peuvent, à distance, modifier les paramètres et ainsi simuler des chocs anaphylactiques, des arrêts cardio respiratoires...

La France en retard

Si la simulation est très répandue aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, ce n'est pas encore le cas en France, où seule une dizaine de centres existent. Principal frein : le coût des mannequins haute-fidélité, entre 60 000 et 300 000 euros. L'heure est donc au rattrapage et quatre centres - Caen, Brest, Nancy et Paris – ont été créés récemment. Aujourd'hui, seuls quelques-uns sont ouverts aux infirmiers et seulement dans le cadre de la formation continue. Mais, dans les années à venir, la simulation devrait être accessible dès la formation initiale. A l'instar d'iLumens, plateforme de la faculté de médecine de Paris-Descartes, plusieurs centres sont en train de monter des partenariats avec des IFSI. D'autant que des outils spécifiques aux soins infirmiers, tels que des mannequins de nursing, existent et que les atouts pédagogiques ne font plus débat.

Gestes techniques et travail en équipe

«De 60 à 80% des incidents de soins surviennent non pas à cause d'un manque de compétences mais de problèmes de communication. Avec la simulation, on aborde la technique, les gestes, les procédures, mais aussi le travail en équipe. Lors d'une séance avec un médecin, deux infirmiers et un aide-soignant, chacun doit trouver sa place, donner les bonnes informations aux autres. L'exercice filmé est analysé en debriefing»
, raconte Antoine Tesnière, anesthésiste-réanimateur à Cochin et co-fondateur d'iLumens. Pour lui, ce n'est pas là les seuls avantages : «A l'hôpital, nous formons les étudiants en fonction des patients. Sur les mannequins, toutes les pathologies, même les plus rares, peuvent être reproduites. La formation est davantage homogène. On a aussi le temps de travailler la relation avec le malade, comme l'annonce d'une mauvais nouvelle. C'est impossible sur le terrain. La sécurité psychologique de la simulation rend également les conditions d'apprentissage meilleures.» Enfin, cet outil répond à un souci d'éthique. «En formation initiale, les étudiants s'exercent directement sur des patients. Il y a des problèmes inhérents liés au manque de compétence. Désormais, ils pourront pratiquer une fois le geste maîtrisé», explique Antoine Tesnière.

Serious games en développement


Extrait du serious game Pulse - © Interaction Healthcare

Encore plus virtuels, les serious games devraient, eux aussi, dans les prochaines années, être intégrés aux formations. Si ces logiciels de simulation sont déjà largement utilisés dans certains secteurs comme l'aéronautique, ils restent rares dans le milieu médical. Pulse est le plus connu d'entre eux. Ce jeu américain en 3D est le premier à présenter un patient au modèle physiologique complet. Au sein d'une structure hospitalière, le «joueur» peut poser un diagnostic, administrer des traitements et voir leurs effets en temps réél ! «Pulse est déjà utilisé dans plus de vingt universités américaines de médecine. Le cerveau retient mieux quand il peut tester par lui-même et de manière ludique ce qu'il apprend», avance Jérôme Leleu, directeur d'Interaction Healthcare chargé du développement du logiciel.

En France, Pulse en est encore au stade expérimental et ne sera accessible qu'aux étudiants en médecine. La version américaine prévoit pourtant la possibilité d'incarner un ! Mais, la profession n'est pas en reste. A Lens, le studio Audace est en train de finaliser un serious game inédit spécifiquement destiné aux soins infirmiers. La première thématique permettra de réviser les protocoles de transfusion sanguine. En cours de développement, il ne porte pas encore de nom et devrait être commercialisé d'ici à janvier. «Tous ces outils ne remplaceront jamais l'enseignement au lit du malade, conclut Antoine Tesnière. Mais c'est un complément indispensable.»

Judith Korber

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Réactions

4 réponses pour “Demain, tous les soignants formés sur simulateur?”

  1. barbalougba dit :

    à ce tarif lmà j veux bien faire manequin “du bras gauche” faut pas deconner non plus .D4accord avec seb ça fera pas tout j aurrais aimé poser mon premier cathlon ailleurs que sur le bras de mon malheureux premier patient (meme ses ptits enfants s’en souviennent)

  2. J’ai du mal à comprendre cette réticence… On ne parle pas de remplacer quoi que ce soit de pratique par la simulation, mais de compléter nos compétences et SURTOUT d’avoir l’occasion de les mettre en pratique dans des situations proches du réel AVANT de les expérimenter sur un patient… C’est aussi une question d’éthique.

  3. Mais que reste t-il du Sujet soignant et du sujet soigné ?

  4. Oui et non. La formation se trouve sur le terrain et avec la transmission de nos savoirs des uns aux autres c important… La machine nous dépanne mais ne nous remplace jamais…

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