Les soignants face au suicide : un impact lourd sur la pratique

L’Association Soins aux professionnels de santé (SPS) a mené une enquête(1) auprès des soignants sur le thème « Suicide et professionnels de santé » dont elle a dévoilé les résultats le 6 décembre. Ils démontrent l’urgence de mettre en place des solutions dédiées pour aider les soignants.

Les soignants face au suicide : un impact lourd sur la pratiqueLes 710 professionnels de santé ayant répondu à l’enquête, parmi lesquels 53 infirmières connaissent 762 confrères ayant fait une tentative de suicide dont 378 sont parvenus à leur fin. Les infirmières sont en effet 36 % à avoir déclaré connaître 1.58 personnes à risques suicidaires. Les médecins sont 29 %, quant aux pharmaciens 23 %. « Il faudrait donner aux infirmières un rôle plus étendu, a suggéré le Dr Eric Henry, président de l’association SPS.  Elles pourraient être des sentinelles car en endossant cette mission, cela permettrait d’aller au contact de personnes qui ne vont pas bien. C’est ce genre d’actions que SPS souhaiter engager. »

Les conséquences sur l’exercice

SPS a voulu savoir si cet acte d’un confrère avait eu un impact sur la pratique des soignants. 54 % des infirmières, 56 % des médecins et 57 % des pharmaciens ont reconnu que cela « avait ébranlé la confiance qu’ils avaient en eux », a annoncé le Dr Eric Henry. Cet événement rejaillit également sur leur implication dans leur travail pour 72 % des infirmières, 67 % des médecins et 66 % des pharmaciens. « D’autres études devront être menées pour approfondir la façon dont les soignants sont impactés dans leur travail », a reconnu le Dr Henry. Ce geste d’un confrère a également eu un impact sur l’organisation du travail pour 71 % des infirmières et la qualité des soins dispensés pour 52 % des infirmières. 

Quels conseils donneraient-ils face à un confrère à risques suicidaire ? Les infirmières ont répondu à 75 % qu’elles l’orienteraient vers un psychologue, à 66 % vers une plateforme téléphonique, à 43 % vers un psychiatre, à 42 % vers un médecin généraliste formé à la prise en charge des soignants et à 25 % vers une unité dédiée.

26 % des infirmières ont des pensées suicidaires

Pour finir, SPS a souhaité savoir si les répondants avaient eux-mêmes déjà eu des pensées suicidaires et 26 % des infirmières ont répondu oui. C’est le cas aussi pour 25 % des médecins et des pharmaciens. 49 % d’entre eux en ont parlé à un membre de leur famille, 37 % à un psychiatre en consultation,  33 % à un confrère, 29 % à un ami et 16 % à un psychiatre en consultation.

« Nous voulons que les professionnels de santé se saisissent de cette question du suicide, pour eux, puis que cela devienne un enjeu de santé publique, un sujet national, a fait savoir le Dr Henry. Il faut arrêter de seulement quantifier. Il faut ensuite agir. » Et de conclure : « Nous ne savons pas comment le ministère de la Santé va réagir face à ces chiffres. Maintenant, que va-t-il en faire… ? »

Laure Martin

(1)L’enquête a été menée entre le 15 octobre et le 20 novembre 2017. Sur les 710 répondants, 66.5 % sont médecins, 16 % pharmaciens, 7.5 % infirmiers et 10 % exercent une autre profession. Un peu plus de la moitié sont des hommes et exercent exclusivement en libéral. La grande majorité pratiquent leur exercice en milieu urbain.

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Réactions

10 réponses pour “Les soignants face au suicide : un impact lourd sur la pratique”

  1. Pour toutes les équipes para médicales cela devient très dur. Mais ils font les autruches. Ça va péter un jour

  2. Donnez nous du personnel et des moyens materiel ça ira bcp mieux!!!!

  3. Paul Boyer dit :

    la question est pourquoi s’agit il surtout d’infirmière(s) ?

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