Violences obstétricales : un collectif d’usagers préconise de mieux former les professionnels de santé

Alors que la secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa,  a commandé un rapport au Haut Conseil de l'Egalité pour faire la lumière sur le phénomène des violences obstétricales, le collectif interassociatif autour de la naissance (Ciane) a soumis ses propositions pour lutter contre ce type de maltraitances. Parmi les recommandations décrites : la sensibilisation et la formation des professionnels de santé. 

A l'hôpital, le concept de "violences obstétricales" fait polémique. "L'absence de vision partagée a contribué à brouiller le débat, très médiatisé depuis l'été 2017. Pour certains, à partir du moment où une femme se sent victime de violence, cette violence est avérée et doit être reconnue. De là il n'y a qu'un pas - franchi par des soignants sur la défensive - pour dire que la violence est totalement subjective et sans fondement, ne nécessitant donc pas de remettre en cause des pratiques. Pour d'autres, ce sont les actes médicaux eux-mêmes qui seraient porteurs de violence, parce qu'ils iraient à l'encontre de la physiologie féminine. La surmédicalisation serait alors la cause de la maltraitance", explique le Ciane. 

Alors, pour le collectif, la maltraitance doit se définir clairement. Elle doit "être considérée comme une perturbation de la relation de soins comprise dans sa globalité. Le manque d'explications, la non recherche du consentement, l'absence de prise en compte de la douleur, la brutalité des gestes...peuvent transformer un acte technique comme la pose de forceps en violence obstétricale". 

Sensibiliser et former les professionnels de santé

"La maltraitance n'est pas volontaire de la part des soignants. Ces derniers n'ont souvent pas conscience d'en être à l'origine. Une partie de la maltraitance est dite ordinaire car banalisée, elle passe inaperçue" , analyse le Ciane. 

Le Collectif appelle donc  à sensibiliser les professionnels de santé, notamment en complétant les enseignements théoriques en formation initiale et continue par la confrontation avec l'expérience vécue des usagers, grâce à l'intervention de patients formateurs, de jeux de rôle, de simulation relationnelle. 

"Des formations à l'écoute active, à l'entretien motivationnel, à l'éthique ou encore aux préjugés ou biais de perception en santé sont aussi à intégrer en formation initiale et continue".

"Les soignants doivent être formés à la détection du syndrome de stress post-traumatique, qui peut survenir après un accouchement, même considéré comme s'étant bien passé. Ils doivent savoir orienter les patientes pour mieux les accompagner".

Le Ciane souligne que les recommandations de bonnes pratiques professionnelles sont inégalement appliquées sur le territoire. "Il  n'est pas acceptable que d'une maternité à l'autre, pour une même situation médicale, les risques de subir un déclenchement, une césarienne ou une épisiotomie par exemple, varient fortement. Pour que les femmes ne soient plus victimes de cette loterie du code postal, la diffusion de bonne pratiques doit être systématique au sein des services d'obstétrique, avec une méthodologie permettant à tous les soignants de s'approprier ces recommandations. Par ailleurs, la mise en oeuvre des recommandations de bonne pratique doit être systématiquement évaluée et cette évaluation prévue et financée". 

Promouvoir la communication patients/soignants

Au-delà des formations, le Ciane préconise de mettre en place pour "toute femme qui le souhaite", un entretien post-natal. Pour les femmes dont l'accouchement est "sorti de la normalité", la reprise des événements "doit avoir lieu en présence d'un soignant impliqué, dans un esprit de dialogue", préconise le collectif. 

Pour des situations spécifiques (patientes non francophones, femmes en situation de handicap par exemple), il demande des "moyens de communication adaptés aux besoins". "Le recours à l'interprétariat doit être pensé et anticipé au sein des établissements de santé. Des livrets d'information sur les pratiques, les droits des patients ou les actes médicaux, par exemple, peuvent être traduits en différentes langues ou en langage facile à comprendre (FALC)"

Pour un observatoire de la maltraitance

Le Ciane propose de "recenser et documenter" la maltraitance. "La maltraitance va à l'encontre de la qualité des soins. Elle doit entrer dans le champ des audits de qualité ou des revues de morbi-mortalité au sein des établissements ou des réseaux de santé en périnatalité". 

Dans de nombreux cas, explique le Ciane, les patientes victimes de maltraitances et/ou leur conjoint(e), ont des séquelles physiques et/ou psychologiques. "Cependant, les soignants ont peu conscience de ce phénomène en raison d'un manque de retour d'information. Lorsqu'un professionnel de santé en ville prend le relai après un accouchement par exemple, et qu'il recueille un témoignage faisant état de maltraitances, un retour d'informations doit être fait à l'établissement d'origine, en parallèle d'un signalement". 

Au niveau organisationnel, le Ciane plaide pour un système de soins centré sur la patiente et demande une augmentation des ressources humaine en maternité, une meilleure coordination entre ville et hôpital et une réelle diversité des lieux et modes de naissance (maternité, maison de naissance, accouchement à domicile, filière physiologique...)

Il réclame par ailleurs une grande campagne d'information en direction du grand public rappelant les droits des patients, dénonçant les comportements maltraitants et sensibilisant aux conséquences possibles de ces maltraitances sur la santé physique et psychique des femmes.

M.S

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