Mobilisation infirmière à Paris : les revendications des professionnels

Cet après-midi, les défileront à Paris pour crier leur colère. 

Mobilisation infirmière à Paris : les revendications des professionnels infirmiersDans la continuité de la mobilisation infirmière du 8 novembre, 14 organisations* associatives et syndicales infirmières ont appelé à manifester à Paris cet après-midi. Rendez-vous est donné dès 13h sur le parvis de la gare Montparnasse. Les manifestants se dirigeront ensuite vers le ministère des affaires sociales et de la santé. 

"Les suicides de nos collègues ainsi que les agressions dont ils ont été victimes, médiatisés ou non au cours de ce tragique été 2016 ont mis en exergue le malaise soignant créant de multiples réactions sur le terrain au regard des faits mais également du silence ministériel" expliquent les organisations dans un communiqué commun. 

Bien au-delà des clivages corporatistes ou de divergences de vues, les organisations, qui ne portent pas toujours les mêmes revendications, ont fait le choix - comme en novembre dernier - de s'unir. 

Des  pointées du doigt

Tout d'abord, ce sont les conditions d'exercice qui sont pointées du doigt. "Ces dernières années, les exigences de réduction des dépenses de santé ont induit une forte dégradation des conditions d'exercice. Quel que soit le secteur  d'activité, les professionnels souffrent de cette logique du chiffre qui occulte trop souvent le dimension relationnelle du soin, les missions d'éducation et de prévention " estiment les organisations. 

"Le décalage entre les attendus en termes de traçabilité et de recommandations confrontés à la réalité du terrain majorent les difficultés et le nombre de professionnels en situation d'épuisement. Dans ce contexte complexe, ce mal-être se retrouve amplifié par la crainte de l'erreur et l'engagement de sa responsabilité professionnelle" ajoutent-elles. 

Les aussi

Les infirmiers libéraux, qui s'uniront au mouvement à l'appel du syndicat Convergence Infirmière ainsi que de l'association Unidel, dénoncent quant à eux une "distorsion de concurrence" du "tout structure" HAD, SPASSAD, et estiment que les critères d'inclusion et le libre choix des patients ne sont pas respectés. 

Ils dénoncent aussi entre autres les "pressions" et les contrôles exercés par les CPAM, ainsi qu'une "nomenclature d'un autre temps complètement obsolète", des protocoles de coopération qui permettent "des glissements de tâche", le démantèlement des compétences infirmières et l'explosion des charges. 

Ce que les infirmiers demandent

"Afin d'améliorer la qualité de vie au travail et permettre de restaurer de bonnes conditions d'exercice, il convient de s'attacher de définir des besoins humains non pas uniquement par une approche numérique, mais bien sous l'angle des compétences nécessaires pour garantir la pertinence et l'efficience des soins. Les restructurations hospitalières doivent donc impérativement prendre en compte une adéquation des effectifs à la charge de travail réelle. Il importe de retrouver des espaces de dialogue et de mettre en place une gestion bienveillante et respectueuse des soignants au sein des établissements de soins" expliquent les organisations. 

Suivi médical "attentif" des professionnels, prévention des risques psychosociaux, prévention et prise en charge des professionnels en souffrance : les organisations espèrent - enfin - se faire entendre.

Valorisation des niveaux d'études, compétences et responsabilités

L'entrée dans le processus Licence Master Doctorat (LMD) de la filière infirmière s'est actée depuis 2012 par un diplôme d'Etat et l'attribution d'un grade licence. Cette évolution se poursuit avec le référentiel de formation des infirmiers anesthésistes actant le grade de Master adossé au Diplôme d'Etat depuis 2014. 

"Malgré les engagements pris et renouvelés par la Grande Conférence de Santé, les travaux de réingénierie des formations d'infirmières de bloc opératoire, d'infirmières puéricultrices, de cadres de santé sont toujours en attente" expliquent les organisations. 

Cette suspension des travaux se prolonge alors que depuis le décret du 27 janvier 2015 relatif aux actes relevant de la compétence exclusive des infirmières de blocs opératoires, le champ de compétence s'est élargi. 

La reconnaissance financière de ces évolutions s'est traduite dans la fonction publique par la création d'une grille A spécifique à la filière infirmière. Une reconnaissance qui "n'est pas à la hauteur ni de la grille A  type fonction publique, ni  de nos compétences, ni de nos responsabilités" expliquent les organisations, qui estiment être victimes d'une "injustice". 

Les organisations espèrent aussi que certaines professions, "mettant en jeu des compétences beaucoup plus abouties que celles développées en formation initiale" puissent être reconnues en spécialité : Santé mentale, santé au travail, éducation en santé dans l'Education Nationale ou dans l'Enseignement supérieur...

Rédaction ActuSoins

*AEEIBO, ANFIIDE, ANPDE, CEEIADE, Convergence Infirmière, CNI, SNIA, SNICS- FSU,  SNIES- UNSA, SNPI CFE-CGC, SNIPUERLIB, UNAIBODE, UNEF UNIDEL. 

 

Synthèse des revendications communes aux 14 organisations

 

Sécurisation de l'exercice quel que soit le secteur d'activité : 

  • Favoriser l'accès et accompagner les professionnelles de santé pour les démarches de dépôt de plainte, 
  • Donner les moyens de sécuriser l'exercice

Améliorer les conditions d'exercice pour garantir la qualité et la sécurité des soins : 

  • Révision du plan triennal de maîtrise des dépenses de l'assurance maladie, 
  • Attribution de fonds permettant aux établissements de soins la mise en place d'effectifs proportionnels aux charges de travail (charge de travail incluant la fonction tutorale /encadrement), le remplacement de l'absentéisme ainsi que la gestion des postes aménagés, 
  • Restaurer des espaces de dialogue et créer une gestion bienveillante et respectueuse des soignants au sein des établissements, 
  • Permettre un suivi médical attentif des professionnels de santé (présence de médecin du travail, d'infirmières spécialisées, de psychologues et d'assistants sociaux)
  • Développer la prévention des risques psychosociaux avec accompagnement financiers pour en garantir l'effectivité
  • Respecter la législation et imposer l'obligation d'intégrer les infirmières puéricultrices dans les secteurs soins de l'Enfant.
  • Reconnaître la pénibilité professionnelle

Afin de permettre aux plus de 600 000 infirmières et infirmiers de France de jouer pleinement leur rôle de professionnel de santé : 

  • Inclure systématiquement les professionnels de la filière infirmière dans toutes leurs composantes (exercice salarié, libéral, éducation nationale...) dans toute concertation sur les sujets de santé publique, au même titre que les médecins,
  • Retirer l'ordonnace n°2017-50 du 19 janvier 2017 relative à la reconnaissance des qualifications professsionnelles dans le domaine de la santé, 
  • Accélérer et finaliser les travaux concernant la pratique avancée
  • Réactualiser le décret d'actes et d'exercice infirmier de 2004. Ce décalage entre la réglementation et les pratiques quotidiennes entraîne une insécurité de l'exercice des 600 000 infirmières. Ces travaux devront se faire en concertation avec les organisations signataires. 

Pour investir dans la qualité de la formation infirmière : 

  • Donner aux encadrants, notamment les tuteurs/trices de stage, un temps dédié afin d'effectuer le suivi des étudiants qu'elles/ils encadrent
  • Créer un statut de maitre de stage pour les infirmières libérales afin de pouvoir faire découvrir l’exercice libéral de façon approfondie aux étudiantes,
  • Respecter les engagements pris lors de la Grande Conférence de Santé sur le développement de la filière et la tutelle pédagogique universitaire,
  • Relancer rapidement les travaux de réingénierie des formations d’infirmières de bloc opératoire, d’infirmières puéricultrices et de cadres de santé, (niveau Master) avec un engagement sur un calendrier.
  • Mettre en place des spécialisations en santé mentale, en santé au travail et à l’éducation nationale (niveau Master)

Afin de permettre aux 116 800 infirmières libérales de France d’exercer pleinement leurs compétences : 

  • Engager une étude macro-économique nationale sur le coût comparé de prise en charge des patients par offre de soins (HAD vs libéral notamment),
  • Prendre en compte l’ensemble des compétences infirmières et leur donner de nouvelles attributions, ce qui serait source, en même temps, d’économies pour la Sécurité Sociale (élargissement du droit infirmier à vacciner, suivi des malades chroniques et des personnes âgées en risque de dépendance avec information au médecin traitant…),
  • Limiter les pressions administratives.

Reconnaissance financière de nos exercices en adéquation avec nos niveaux d'études, de compétences et de responsabilités :

  • Permettre la reconnaissance statutaire et indiciaire pour toutes les professionnelles de la filière infirmière (Grille A type fonction publique),
  • Augmenter les compensations financières des contraintes imposées par nos exercices (prime de nuit et de week-end)
  • Réviser la Nomenclature Générale des Actes Professionnels. 

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Réactions

52 réponses pour “Mobilisation infirmière à Paris : les revendications des professionnels”

  1. Jul dit :

    Je suis quand même assez surprise qu’à aucun moment dans cet article vous abordez le fait d’avoir été reçu au ministère par plus d’une dizaine de camion de CRS… Pour quelques deux cents personnes représentant la manifestation.
    Pensez-vous en agissant ainsi que la ministre soit prête au dialogue ????? Elle veut seulement étouffer notre parole !

  2. Et pourquoi l’appel n’est pas générale en France entière ????

  3. On organise cette journée depuis le 05 décembre ou massivement on avait voulu continuer le mouvement. Les infos tous les jours sur les sites infirmiers. Une manifestation à Paris pour rassembler justement et faire bcp de bruit sous les fenêtres de MST. Après si on veut que les choses changent on se bouge un minimum. C’est fatiguant la grève, autant que le taf.

  4. Pourquoi certain établissement n ont il pas publié l avis de grève?

  5. Suzie Quedem dit :

    Trop peu d’infos,même nos RH disent qu’il n’y a pas grève!!!! Y a un problème non???!!!

  6. Pas de préavis de grève dans le chu de Nantes

  7. Pas de préavis de grève déposé dans mon établissement

  8. Y’a personne a Paris grève non suivi car peu d’info concernant le jour comme d’habitude tout le monde râle mais personne dans la
    Rue ou bloquant les services

  9. Diane Grard dit :

    Mais pourquoi n’est on au courant que le jour meme Bordel ! Comment voulez vous mobiliser un maximum de monde ?! La AUSSi y’a qqch qui cloche non ?!

  10. De tte façon on ne dérange personne on bloque personne donc tout le monde s en fou. Et puis pourquoi qu a paris. Dommage

  11. Skonky Mv dit :

    Et c est avec des pancartes et en travaillant pendant les greves que vous allez obtenir gain de cause??
    Mettez vous tous en arret maladie en meme temps… la les medias parleront de vous
    La les directions les actionnaires l etat les familles des usagers les usagers eux memes feront quelques chose……

  12. Pourquoi parlez vous au nom des hospitaliers ? Nous sommes nombreux en EHPAD à être en souffrance ! Infirmiers,aide soignants. Tous les soignants confondus !!! Privé ou public non ?

  13. Lolo Trion dit :

    Ce que je ne comprend pas c’est pourquoi que paris ? Personnellement j’aurai fait grève s’il y avait eu un mouvement dans ma ville mais je ne peux pas monter à paris. On limite notre visibilité c’est dommage

  14. L’ESPOIR FAIT VIVRE…..NOVEMBRE N’A RIEN CHANGÉ …En plein dans les préparations présidentielles cela passera inaperçu

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