Actes exclusifs, réingénérie de la formation, masterisation… : Où en sont les IBODE ?

À l’occasion du 32e congrès des infirmiers de bloc opératoire diplômés d’Etat qui se déroulera du 20 au 22 mai à Lyon, ActuSoins a souhaité faire le point sur l’actualité de cette profession. Actes exclusifs réservés aux IBODE, réingénérie de la formation, masterisation, suppression de l’expérience professionnelle pour accéder aux études : Brigitte Ludwig, présidente de l’UNAIBODE (Union nationale des associations d’infirmiers opératoires diplômés d’Etat), explique ce qui est fait, et ce qui reste à faire.

 Actualisation (22 mai 2015) : L'Unaibode sera reçue le 8 juin prochain au cabinet de la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes pour évoquer le dossier épineux de la réingénierie de leur formation. 

Actes exclusifs, réingénérie de la formation, masterisation... : Où en sont les IBODE ?Un texte réglementaire paru le 29 janvier dernier prévoit de réserver des actes exclusifs aux Ibode (voir encadré). Est-ce le début d’une meilleure reconnaissance pour la profession ?

Bien sûr. Ce texte permet de marquer une différence entre les Ibode qui ont suivi 18 mois de formation et les Infirmiers. Il donne également aux Ibode des compétences supplémentaires, qui relevaient auparavant du champ d’exercice du chirurgien.

Cette exclusivité d’actes pourrait néanmoins représenter une menace en termes d’embauche pour les Infirmiers non titulaire du diplôme d’Etat d’Infirmier de bloc opératoire. Qu’en pensez-vous ?

La préférence pour l’embauche va aller vers les Ibode, c’est sûr. Et c’est ce que nous souhaitons. Embaucher une Ibode au bloc, c’est améliorer la sécurité et permettre plus de fluidité. Il faut donc encourager les Ide qui travaillent au bloc à devenir Ibode, soit en suivant la formation complète, soit en déposant un dossier de VAE IBODE (Validation des Acquis de l’Expérience). À l’heure actuelle, parmi les infirmiers travaillant dans des blocs, seuls 35 % sont titulaires du diplôme d’Infirmier de bloc opératoire.

Vous abordez la question de la VAE. L’arrêté autorisant l’accès aux diplômes paramédicaux à travers cette voie est paru il y a plus d’un an maintenant. Où en est-on en termes d’attribution, pour les Infirmières expérimentées souhaitant passer Ibode (VAE) ?

En effet, cela faisait partie de nos priorités et nous avons obtenu gain de cause sur ce point. Néanmoins, la VAE Ibode est difficile à mettre en place car il n’y a pas encore eu de réingénérie de la formation, comme nous le demandons depuis 2 ans déjà. Tant que la formation d’Ibode ne se déclinera pas par compétences (comme c’est le cas pour la formation d’IADE et d’Infirmiers, ndlr), les infirmières voulant faire valoir une VAE pour devenir IBODE sont en partie bloquées. Certains Infirmiers expérimentés ont déposé leur dossier et les premiers jurys auront lieu en septembre. Si ces professionnels ont validé une seule partie des compétences, ils devront soit continuer à acquérir des expériences et représenter un dossier plus tard, soit suivre une formation dans une école d’IBODE pour valider les compétences manquantes. Cette deuxième possibilité ne sera pas possible tant que la formation reste sur l’ancien modèle.

Réingénérie de la formation, grade master : il y a en effet des points pour lesquels vous n’avez pas encore obtenu gain de cause. Où en sont les négociations avec le ministère ?

Pour l’instant, nous sommes au point mort sur ces questions. Nous attendons toujours, et depuis 2 ans, l’arbitrage inter-ministeriel des ministères de la santé, de l’éducation nationale et du budget. Ils ont eu d’autres priorités apparemment. Si nous sommes satisfaits du texte du 29 janvier qui représente une véritable reconnaissance de la profession, nous sommes en effet toujours en attente de l’élévation au grade master. Si d’ici fin 2015 nous n’obtenons pas de réponse, où si l’arbitrage s’avérait défavorable, nous appellerions les Ibode à se mobiliser.

Pourquoi faire de l’annulation de l’expérience professionnelle de 2 ans obligatoire pour pouvoir intégrer une école d’IBODE, une priorité ?

Ce que l’on constate, c’est que pendant leurs études, les étudiants en soins infirmiers effectuent parfois des stages dans les blocs opératoires. Cela plaît à certains qui ont par la suite envie de venir y travailler. Il faut alors les former pendant 6 mois au moins, ce qui nécessite une double embauche pour un même poste pendant ce temps. Une fois formés, il faut, après 2 ans, les laisser partir en formation d’Ibode, et renouveler le processus avec de nouveaux arrivants. Permettre aux jeunes diplômés de suivre une formation directement après leur D.E permettrait, entre autres, d’éviter tout cela.

Vous aborderez toutes ces problématiques lors du congrès à Lyon, qui réunira près de 10 000 professionnels. Quels seront les autres thèmes abordés pendant ces 2 jours ?

Cette année, le thème choisi est :  l’Ibode, à la confluence des lumières. Ce sera l’occasion pour les professionnels de se tenir informés des évolutions techniques des soins. Il y aura des conférences, des tables rondes et des ateliers variés : historique de la profession et de la chirurgie, actualité chirurgicale, robotique, qualité, gestion des risques, intégration des nouveaux infirmiers, bien-être et conditions de travail… Nous aborderons aussi la question de la suppression de l’ONI, qui est une préoccupation pour nous. L’ONI nous a beaucoup appuyé et a permis de faire évoluer les pratiques au sein des blocs opératoires.

 Propos recueillis par Malika Surbled

Le 29 janvier dernier le texte réglementaire relatif aux actes infirmiers relevant de la compétence exclusive des IBODE a été signé par le premier ministre. Dorénavant et sur prescription du chirurgien, les IBODE, seront amenés à réaliser des actes qui leurs sont exclusivement réservés. Ils pourront réaliser, selon un protocole pré-établi, écrit, daté et signé par le chirurgien et sous réserve que celui-ci puisse intervenir à tout moment :

  • l’installation chirurgicale du patient
  •  la mise en place et la fixation des drains sus aponévrotiques
  • la fermeture sous cutanée et cutanée

En présence du chirurgien, le degré de compétence de l’IBODE sera élargi, lors d’une intervention chirurgicale à

  • l’apport d’aide à l’exposition
  • à l’hémostase
  • à l’aspiration
  • des actes d’une particulière technicité, définis par arrêté

Pour avoir l’autorisation d’exercer des actes prescrits par le médecin et relevant de leur compétence exclusive, l’IBODE devra suivre une formation théorique et pratique de 49 heures, et cela avant le 31 décembre 2020. A l’horizon 2020, ce sont 9245 Ibode à former et quelques 1750 nouveaux IBODE.

Pour aller plus loin : Accompagnement des infirmiers de bloc opératoire dans leur parcours de VAE

Pour aller plus loin : les formations pour les infirmiers de nos partenaires

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Réactions

2 réponses pour “Actes exclusifs, réingénérie de la formation, masterisation… : Où en sont les IBODE ?”

  1. Motarde de DIJON dit :

    Un texte réglementaire paru le 29 janvier dernier prévoit de réserver des actes exclusifs aux Ibode (voir encadré). A la question ; est-ce le début d’une meilleure reconnaissance pour la profession ?

    B.L. répond : « Bien sûr. Ce texte permet de marquer une différence entre les Ibode qui ont suivi 18 mois de formation et les Ide. Il donne également aux Ibode des compétences supplémentaires, qui relevaient auparavant du champ d’exercice du chirurgien ».

    La réponse de Madame la Présidente de l’UNAIBODE semble clivante. Marquer une différence n’est-ce pas discriminatoire ?

    Je me souviens d’une époque (les années 1980) où dans les cliniques privées, les chirurgiens qui « tournaient » dans plusieurs établissements de la ville étaient accompagnées de leur épouse ou de leur secrétaire, dont le rôle consistait à assurer l’assistance opératoire.

    Certaines cliniques confiaient ce rôle à des aides-soignantes:
    L’installation chirurgicale du patient, la mise en place et la fixation des drains sus aponévrotiques, la fermeture sous cutanée et cutanée, l’hémostase, l’aspiration etc… étaient réalisés par des gens n’ayant pas qualité d’IBODE.

    Ces « petites gens » n’avaient pas le diplôme d’Etat d’infirmier et encore moins celui d’IBODE qui n’existait pas dans ces années fastes. Mais, force est de reconnaître que toutes ces personnes sans qualification reconnues par décret exerçaient avec une compétence incontestable. Elles étaient formées sur le tas par le chirurgien ou chapeautées par des aïeuls expérimentées. Cependant, leur formation n’en était pas moins sérieuse et exigeante que celle dispensée aujourd’hui dans les écoles d’IBODE.

    J’en était personnellement témoin, en qualité d’IDE exerçant dans divers blocs à l’époque.

    La posture de B.L. consiste à défendre son bout de gras. Le paradoxe est qu’elle revendique les accointances de l’UNAIBODE avec l’Ordre des Infirmiers qui pourtant devrait fédérer l’ensemble de la profession sans discrimination.

    • glmd dit :

      Ibode de formation, devrais-je ne pas me réjouir de ce nouveau décret?
      bien au contraire….
      Mes collègues infirmiers de bloc trouvent-ils cela injuste aujourd’hui?
      non, ils se doutaient bien qu’un tel décret paraîtrait un jour.
      Concernant les années 80 de l’intervenant précédent, je n’imagine pas une seconde que la femme de…la secrétaire de… , l’aide soignant étaient très compétents dans ce qu’on leur demandait de faire. Seulement, la chirurgie a évolué, les techniques, le matériel, l’environnement, l’exigence de qualité, de sécurité, la législation et la place de l’ibode, ma place ;-), n’est pas, à mes yeux, usurpée.
      On ne peut souhaiter l’évolution de la profession infirmière sans en défendre ses spécificités. Car, en soit, est-il nécessaire d’être infirmier pour préparer des médicaments per os? est-il nécessaire d’être infirmier pour prendre une température, un pouls, une tension? est -il nécessaire d’être infirmier pour préparer et effectuer une injection? un pansement? faire une prise de sang?
      Comme la secrétaire de…la femme de…, si je suis le raisonnement, quiconque après une formation “sur le tas” serait capable de faire ce qu’un infirmier fait au quotidien, n’est-ce pas? seulement notre profession n’est pas qu’action, du moins je le pense…j’ai été infirmier en service pendant 9 ans avant de me spécialiser, cela m’aurait attristé à l’époque que l’on puisse réduire ma profession à une succession d’actes qu’une personne non infirmière aurait pu apprendre par mimétisme, alors, oui, aujourd’hui, cela m’attriste un peu de lire que l’on puisse penser que mes compétences et mon savoir d’Ibode ne soient pas nécessaires pour travailler dans un bloc opératoire.
      La réflexion vaut-elle aussi pour les puericultrices…pourtant, pour avoir travaillé longtemps en pédiatrie, je n’ai jamais pensé que leur spécialisation n’était pas une plus value dans un service de pédiatrie. Et demandons aux infirmiers anesthésistes leur avis si on remettait en cause leur exclusivité de fonction datant de 1988 (pas si ancien que cela)…
      Donc oui, ma profession évolue mais ne pense pas au détriment de l’ensemble de la profession.

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