Danger sur les urgences ? Les réponses du président de l’Association nationale des infirmiers sapeurs-pompiers

Un rapport non public sur la nécessité de rationaliser les réponses aux urgences fait grincer des dents la profession. Faut-il s'inquiéter. Cédric Havard, président de l'ANISP (Association nationale des infirmiers sapeurs-pompiers) répond aux questions d'ActuSoins.

 

Danger sur les urgences ? Les réponses du président de l'Association nationale des infirmiers sapeurs-pompiersQue précise ce rapport ?

Ce rapport, établi en commun par l'Inspection générale de l'administration (IGA, ministère de l'Intérieur) et l'IGAS (Ministère de la Santé) concerne l'évaluation de la mise en oeuvre du référentiel SAP (Secours à la personne)/AMU (Aide médicale d'urgence), pointe un certain nombre d'états de faits sur l'organisation des urgences préhospitalières, notamment l'augmentation bien connue des interventions des sapeurs-pompiers, une hausse des sollicitations des centres 15 et 18.

C'est vrai, à force de trop solliciter les services de secours pour des critères non graves, le risque c'est que nous passions à côté d'une urgence vitale. Mais cette sollicitation s'explique par plusieurs paramètres notamment les médecins de proximité qui se sont désinvestis des gardes d'urgence. A force d'entendre par les médecins urgentistes que l'urgence est une spécialité qu'ils doivent laisser aux spécialistes, ils s'en sont désintéressés.

Il faut y remédier. Il est également nécessaire de mener une campagne de sensibilisation auprès de la population pour éviter des recours inappropriés aux services d'urgences.

Il s'agirait notamment de réduire le nombre de "départs réflexes". Qu'en pensez-vous ?

Actuellement, quand un appel arrive au 18, nous déclenchons nos ambulances et infirmiers en "départ réflexe" en cas de situation d'urgence comme une détresse respiratoire, une personnes inconsciente, une brûlure,.. Sinon, nous basculons l'appel sur le 15 avant de partir. Nous attendons que le cas soit régulé par le SAMU mais en cas d'altération de la situation en attendant que le 15 décroche, nous sommes prêts à intervenir.

Il faut, pour rationaliser, mieux réguler les rapports entre le SAMU et les pompiers. Pour cela, il faut trouver un terrain d'entente sur un certain nombre de sujets. Le rôle de la commission de suivi du référentiel, c'est notamment de trouver ce terrain consensuel.

Il faut aussi affiner les critères de "départ réflexes", ce que demande le rapport, notamment en fonction des spécificités locales, des pôles et ressources existants sur les territoires. Il faut savoir où placer le curseur.

En cas d'AVC, par exemple, dans certains départements, la régulation du transport par le SAMU sera plus adaptée, du fait de la proximité d'un CHU. Dans certaines localités, mieux vaut privilégier la rapidité des pompiers vers le seul centre de référence. Une souplesse locale est nécessaire.

Quel impact risque d'avoir la réduction prévisible des ressources ?

Il faut d'abord remettre les choses dans leur contexte et relativiser. Suite à la loi de 1996 et la création des SDIS (services départementaux d'incendie et de secours), il y a eu une réelle et indispensable mise à niveau des sapeurs-pompiers qui a entraîné une forte augmentation des dépenses dans les années 2000.

Nous sommes montés en puissance et nous ne sommes donc plus sur la même courbe d'évolution des besoins en investissements. Il ne faudrait pas en revanche que cela touche les dépenses de fonctionnement et les effectifs.

Actuellement, nous sommes 40 000 sapeurs-pompiers professionnels et 200 000 volontaires. On ne peut pas solliciter plus de volontaires et certaines missions  doivent rester dans un périmètre professionnel.

En outre, de jour, cela reste très difficile de faire appel à des volontaires. Ils ont un travail, parfois de plus en plus éloigné de leur domicile. Les sapeurs-pompiers professionnels ont un rôle majeur et ne doivent pas être une variable d'ajustement budgétaire.

Comment voyez-vous le rôle des infirmiers ?

La place des infirmiers sapeurs-pompiers a été réaffirmée dans ce rapport. C'est un maillon intermédiaire indispensable pour une réponse graduée entre les secouristes et le SMUR. L'infirmier peut se déplacer en VLI et venir en complément des sapeurs-pompiers et ainsi éviter le déplacement du SMUR ou apporter une plus-value aux victimes en attendant un renfort médical.

Quelle est votre principale inquiétude ?

La principale incertitude concerne la participation plus importante des secours privés prônée dans ce rapport et la réforme territoriale des conseils généraux (principaux financeurs des SDIS) qui sont appelés à disparaître. Va t-on passer à l'échelon régional ? Etre nationalisés ? Il va falloir trouver des réponses à ces questions.

Propos recueillis par Cyrienne Clerc

Les principaux chiffres (source Figaro, rapport IGA/IGAS))

- Entre 2008 et 2012, le nombre d'appels présentés au 15 aurait augmenté de 28 % pour dépasser les 21 millions annuels. Les sapeurs-pompiers ont quant à eux enregistré 24 millions d'appels, soit une hausse de 14,3 % sur la même période.

- Dans le cadre du plan d'économie de 50 milliards d'euros à l'horizon 2017, un effort de 10 milliards d'euros est demandé aux collectivités territoriales dont les Services départementaux d'incendie et de secours (SDIS) tirent 98 % de leurs financements.

Les réactions dans la presse :

"A demander aux secours d'être de plus en plus vigilants et mesurés dans le choix des moyens à mettre en œuvre, j'ai peur que l'on finisse par perdre la notion de ce qui peut être grave".  Patrick Pelloux, urgentiste. (Le Figaro).

"Des directives sont données dans les centres du 18 pour stabiliser le nombre d'interventions engagées, au risque de passer au travers de certains appels".  Antoine Fenoll, représentant du syndicat autonome des sapeurs-pompiers en Seine-et-Marne. (Le Figaro).

"Il y a besoin d'une bonne coordination entre les Samu et les pompiers. Il faut certainement réorganiser un certains nombre de choses". Mais qu'un rapport dit qu'il faut diminuer le nombre d'interventions parce il y aura moins d'argent pour les pompiers avec la réforme territoriale, et moins d'argent pour les Samu avec la loi de finance sur la sécurité sociale, ce n'est pas possible : la question c'est qu'en bout de chaîne, il y a des vies". Christophe Prudhomme, médecin urgentiste à Bobigny, en Seine Saint Denis, et porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France". Europe 1

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