Quant les patients filment soins et soignants

L’usage de plus en plus large des nouvelles technologies, en particulier des smartphones et des tablettes, ne va-t-il pas, à terme, modifier en profondeur la relation médecin-malade, infirmier-patient?? Et, demain, les hôpitaux ne risquent-ils pas de devenir des lieux où tout pourra être filmé, les soins comme les consultations ?

Smartphone in female hand on white, clipping pathCes questions ont été au cœur d’une présentation plutôt originale faite lors de la 10e conférence internationale d’éthique clinique, qui vient de se tenir à Paris, reprise par notre confrère La Croix.

« Depuis quelque temps, nous sommes de plus en plus interrogés par des soignants qui sont en demande de repères juridiques et éthiques face à l’utilisation de ces technologies », a expliqué Marie Ève Bouthillier, chef de l’unité d’éthique clinique du centre de santé et de services sociaux de Laval, la troisième ville du Québec, au Canada.

« Aujourd’hui, il y a un flou juridique sur ces questions. Rien dans la loi de notre pays n’interdit à un patient de filmer dans un hôpital, a-t-elle ajouté. Mais tout dépend ensuite de l’utilisation qui est faite des images, notamment dans les réseaux sociaux ».

Filmer une consultation en cancérologie

Marie Ève Bouthillier a évoqué une première situation concrète?: la demande de certains patients de pouvoir filmer la consultation avec leur médecin, notamment en cancérologie. « Ces patients ont motivé leur demande par un souci de ne rien oublier de tout ce qui pourrait être dit lors de cette consultation, explique-t?elle. Il s’agit d’une requête qui, en soi, peut se comprendre. On sait très bien que, lors de l’annonce d’un cancer par exemple, les personnes sont dans un tel état de choc qu’elles ne vont retenir que très peu de chose de ce que va dire le médecin. »

Mais faut-il pour autant aller jusqu’à filmer le colloque singulier avec le praticien?? Les médecins québécois, directement confrontés à cette demande, ont été plutôt mal à l’aise pour y répondre. « Certains se sont demandés si la vidéo ne pourrait pas être utilisée ultérieurement dans une procédure juridique dans le cas d’un contentieux », souligne Marie Ève Bouthillier.

« Au final, on a estimé judicieux de proposer des solutions intermédiaires aux patients, ajoute-elle. De leur dire qu’ils pouvaient plutôt demander au médecin de mettre par écrit tout ce qu’ils devaient retenir pour la suite du traitement. Une autre option serait de ne filmer que les conclusions de l’entretien. »

Cacher une caméra : une pratique inacceptable

L’unité d’éthique clinique a dû gérer une autre situation délicate?: la découverte par des soignants d’une petite caméra cachée dans la chambre d’une dame âgée, atteinte de la maladie d’Alzheimer.

« Cette caméra permettait à son fils, qui vit à Vancouver, d’être connecté vingt-quatre heures sur vingt-quatre à la chambre de sa mère, raconte Marie Ève Bouthillier. Au départ, il a affirmé que c’était un moyen pour lui et sa sœur de communiquer avec elle. Mais on a vite réalisé que leur objectif était en fait de “surveiller” leur mère pour voir si elle n’était pas victime de mauvais traitements ou de négligences. »

Dans ce cas précis, l’unité d’éthique clinique a estimé que cette pratique était difficilement acceptable, même pour prouver l’existence d’une maltraitance institutionnelle, toujours possible dans un lieu de soins (en France, le cas de maltraitance dans l'Ehpad de Gisors avait fait grand bruit, Ndlr)

« Cacher une caméra donne un faux sentiment de sécurité à la famille. En fait, on constate que cela finit toujours par être découvert et par provoquer une rupture profonde dans la relation de confiance avec l’équipe soignante. Dans le cas de cette dame, les personnes qui s’occupaient d’elle au quotidien ont terriblement mal vécu le fait d’avoir été épiées à leur insu. Elles se sont senties salies », insiste la responsable québécoise.

Des dérives marginales mais embarrassantes

Mais Marie Ève Bouthillier reconnaît que ce genre de dérive est potentiellement sans limite. « Dans une unité de longue durée, nous avons aussi eu le cas de patients qui, avec leur iPad, ont pris des photos d’autres patients durant des soins d’hygiène. Leurs images montraient des situations qui, hors contexte, pouvaient donner l’impression que ces soins étaient très mal faits. Et ces patients sont ensuite allés faire “chanter” les responsables du centre en leur disant que si la qualité des pratiques ne s’améliorait pas, ils diffuseraient les images dans les réseaux sociaux. »

Marie Ève Bouthillier reconnaît que ces pratiques restent encore relativement marginales. « Mais, avec la facilité d’accès aux nouvelles technologies, elles risquent de se développer, dit-elle. Et il faut poser des règles éthiques claires sur la manière de concilier les droits des patients avec le respect de la dignité des personnes. »

Rédaction ActuSoins avec La Croix 

 

 

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Réactions

7 réponses pour “Quant les patients filment soins et soignants”

  1. je suis contre c’est du n importe quoi tout simplement

  2. whisper33 dit :

    Dans la mesure ou le professionnel ou le patient n’a pas eu l’accord express de l’un ou l’autre c’est illégal. Personne ne peut être entendu ou filmé à son insu. C’est un procédé totalement déloyal.
    Outre ce point, personnellement je suis contre. Nous sommes diplômés d’État, reconnus comme tels, et il faut le rappeler : civilement et pénalement responsables.

  3. s il n ont pas confiance qu ils les prennent chez eux pour les soigner ,

  4. franchement ;je suis moi meme soignante ;c est du n importe quoi déja certaines familles nous emmerdent et de plus se croient tout permis ;tout ca parce qu ils sont dans le deni ; enfin il y en aura a dire

  5. en tant que conjointe d’une patiente de longue durée , je suis contre ce procédé de filmer les soignants ” c’est un manque de confiance totale envers le personnel médical “

  6. le secret mèdical en rèel danger : quelle sècuritè dans l’utilisation de ces photos ?

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