Quoi de mieux pour découvrir un métier que de pouvoir l’observer voire l’exercer, le temps de quelques heures ? C’est justement la finalité des expériences « Vis ma vie », de plus en plus fréquentes sur le terrain, que ce soit en Institut de formation en soins infirmiers (Ifsi), en Ehpad ou au sein de structures hospitalières.

Que ce soit pour les lycéens en quête d’orientation, pour des personnes sans emploi, en reconversion, ou encore pour des professionnels en activité, les expériences « Vis ma vie » ont conquis leur public. Du côté d’Amiens, le centre de pédagogie active SimUSanté, rattaché au CHU Amiens-Picardie et à l’Université de Picardie Jules Verne, a proposé, en janvier 2025, pour la sixième année consécutive, le forum « Prête-moi ta blouse ». Organisé par 150 étudiants en santé, encadrants et formateurs, cet événement s’adresse à des lycéens en recherche d’orientation et aux personnes en réorientation professionnelle. Il leur offre l’opportunité de découvrir, via la simulation, les activités professionnelles du secteur de la santé, en contexte d’apprentissage. « Notre objectif est de leur montrer le panel des métiers soignants et de modifier les représentations qu’ils peuvent avoir pour chacun d’eux, afin qu’ils effectuent un choix d’orientation éclairé », explique Béatrice Jamault, coordinatrice générale des écoles et instituts du CHU et coordinatrice administrative et pédagogique de SimUSanté.
Les 23 métiers sont présentés dans un environnement contextualisé avec, par exemple, les étudiants en soins infirmiers dans une chambre d’hôpital, les étudiants Infirmiers de bloc opératoire au bloc. « Ce forum permet aux participants de voir quels métiers pourraient le mieux leur convenir », complète Christine Ammirati, professeure de médecine d’urgence et coordinatrice scientifique et pédagogique de SimUSanté. Il se déroule pendant deux jours, toujours en janvier, par souci de cohérence avec l’inscription des vœux sur ParcourSup. « Des échanges entre lycéens et étudiants proches en âge sont souvent plus parlants et influents que ceux qu’ils pourraient avoir avec des professionnels cherchant à promouvoir leur métier », reconnaît le Pr Ammirati. Et de poursuivre : « Ces journées sont importantes, car en choisissant leur filière sur la base de vrais critères, cela évite qu’ils s’engagent dans une formation et l’arrêtent après quelques mois. »
Cet article a été publié dans le n°57 d’ActuSoins magazine (juin 2025).
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Découvrir les études
Éviter la mauvaise orientation des étudiants et un éventuel désengagement pendant la formation, c’est également l’un des objectifs du Groupement hospitalier de territoire (GHT) des Landes (Nouvelle-Aquitaine). Depuis janvier 2023, il permet à des lycéens ou à des personnes en reconversion de passer une journée au sein de l’Ifsi de Mont-de-Marsan, rattaché au Centre de formation des professionnels de santé (CFPS) ou de l’Institut de formation des professionnels de santé (IFPS) de Dax.
Recrutée pour agir sur l’attractivité et l’accompagnement des personnes aux métiers du soin, Sophie Cappiello, directrice en charge de la coordination territoriale des instituts de formations paramédicales au sein du GHT, a souhaité miser sur l’immersion. « On y pense souvent pour découvrir des métiers, mais avant de les exercer, il faut se former, rappelle-t-elle. Pour éviter les interruptions pendant la formation, nous avons créé ce dispositif “Vis ma vie” afin d’inviter les personnes intéressées par les métiers de la santé à participer à une journée ou demi-journée de cours selon les filières. »
Au sein des Ifsi, des étudiants volontaires de deuxième et troisième années acceptent d’être des ambassadeurs, le temps d’une journée, afin d’accueillir, accompagner et répondre aux questions des participants. C’est le cas d’Aline Napias, étudiante en troisième année à l’IFPS, qui a repris ses études à 45 ans. « J’ai des enfants, donc aider les jeunes dans leur orientation, cela me parle, témoigne-t-elle. De plus, dans notre formation, nous allons être amenés à aider et former les autres, c’est pour cette raison que j’ai souhaité participer. » Pendant la journée d’immersion, « nous nous intéressons à eux, nous les impliquons, nous leur expliquons le contenu de la formation et les difficultés que nous pouvons rencontrer », complète-t-elle. Même discours du côté de Sandy Avenol, ESI au CFPS, qui a également repris ses études dans sa quarantaine : « C’est important de leur montrer la réalité de la formation, car pendant trois ans, nous pouvons vivre des moments compliqués, rencontrer des personnes bienveillantes et d’autres qui le sont moins. C’est intéressant de le partager. »
L’immersion renforce la confiance que chacun peut avoir en soi, et permet de se projeter dans la formation, de confirmer une orientation et de se rassurer. Environ 250 élèves sont reçus chaque année dans ce cadre.
Appréhender les métiers hospitaliers
La Clinique La Maison Basque (Nouvelle-Aquitaine) s’est elle aussi lancée dans ce type d’initiative « Vis ma vie », afin de faire découvrir la trentaine de métiers de l’établissement de santé (médicaux, paramédicaux, administratifs, techniques, services de restauration et hôtelier) auprès d’un public de jeunes collégiens, lycéens, étudiants et de personnes demandeuses d’emploi ou en reconversion professionnelle. « Nous sommes déjà présents à de nombreux forums des métiers, en lien avec France Travail, la Mission locale de l’emploi et les municipalités, afin de faire découvrir les métiers en tension de notre secteur, fait savoir Fabrice Sébastien Bach, le directeur de la clinique. Il faut créer des vocations ou de l’intérêt afin de prévenir le manque de professionnels pour les années à venir. » Avec ces actions de terrain, ils se sont fait remarquer par le Rallye des Pépites, structure avec laquelle ils ont organisé l’opération « Vis ma vie ». Lors de cette journée qui s’est tenue en mai 2024, ils ont accueilli 140 personnes. Des infirmières ont été mobilisées pour cette journée, à la fois pour présenter leur métier en vidéo et pour accueillir les participants. « Avec un atelier sur la chambre des erreurs, elles ont pu montrer leurs bonnes pratiques professionnelles, leurs compétences relationnelles, leur savoir-être et savoir-faire », énumère Elise Journiac, cadre de santé, qui a participé à l’organisation de la journée. Cette initiative a permis, par la suite, d’ouvrir des portes à des personnes en reconversion venues effectuer un stage d’immersion. « C’est intéressant car cela permet de mettre à l’aise des personnes qui peuvent, à l’origine, manifester des appréhensions pour s’aventurer dans un univers qu’ils ne connaissent pas », estime Fabrice Sébastien Bach. Le directeur entend déployer l’expérience « Vis ma vie » au sein même de son établissement afin que les professionnels puissent mieux comprendre les métiers de leurs collègues.
Découvrir le métier des autres
Ce type d’initiative a déjà vu le jour dans plusieurs établissements, notamment au CHU de Rennes. « À l’origine, le projet est né d’un besoin personnel, explique le Pr Roch Houot, initiateur de la démarche. En tant que chef de service, je passe beaucoup trop de temps devant mon ordinateur. J’avais besoin de refaire du soin de grande proximité avec les patients et de passer du temps avec les équipes. » C’est ainsi qu’il est devenu, le temps d’une journée, le stagiaire de Valérie Cadiou, aide-soignante. « Je l’ai vraiment pris comme mon stagiaire, s’amuse justement l’aide-soignante. J’étais sa tutrice et je lui ai montré les bases de notre travail, notre binôme avec l’infirmier ou encore les échanges avec les patients. » « C’est le métier que j’admire le plus car les aides-soignants ont une très grande proximité avec les patients », soutient le Pr Houot. Transmissions, soins aux patients, moments de pause avec l’équipe : « cette journée de travail a été, de loin, la plus belle de mon année », confie-t-il, ressourcé par ce retour aux soins et par une relation avec les patients « beaucoup plus naturelle, spontanée et détendue, ceux-ci étant moins anxieux que lorsqu’ils me voient avec ma blouse de médecin ». Depuis cette expérience, le « Vis ma vie » est devenu obligatoire pour les internes du service en fin d’année 2024 et depuis début 2025, il est généralisé pour les membres de l’équipe du service qui le souhaitent, sur un jour de congé. Maxime Le Driant, infirmier, s’est saisi de cette opportunité. « Depuis trois ans, j’exerce de nuit dans le service, et l’un de mes plus gros manques est de ne plus pouvoir échanger avec les équipes médicales pour comprendre les traitements et pour parfaire mes connaissances », rapporte-t-il. Lorsque le Pr Houot a proposé le dispositif « Vis ma vie », Maxime Le Driant l’a perçu comme un moyen d’aller au contact direct de l’expérience médicale, afin de mieux saisir les difficultés et les obligations liées à la pratique médicale. Durant cette journée, il a effectué une matinée de visites médicales avec un médecin auprès des patients du service protégé et un après-midi de consultations standards avec un autre médecin du service. « Ces deux demi-journées m’ont permis de mieux connaitre leur organisation, ainsi que leurs contraintes organisationnelles et administratives, témoigne Maxime Le Driant. Ils ont partagé avec moi beaucoup de connaissances, qui vont me permettre de répondre aux questionnements des patients la nuit. » Sa prochaine cible pour un « Vis ma vie » : un coordonnateur et un cadre. « Cela me permettra d’avoir une vision de ces deux métiers, et d’éventuellement les envisager pour une évolution professionnelle », confie-t-il.
Réorganiser le fonctionnement de l’équipe
Cette compréhension des métiers de chacun a aussi été l’un des objectifs de l’Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) La Résidence Dauphine (Drôme). L’initiative « Vis ma vie » s’y est déployée l’année dernière dans le cadre d’un projet plus global qui a débuté lors de la mise à jour du Document unique de l’établissement par Christelle Chauveau, chargée de mission prévention à la Mutualité française Sud Rhône-Alpes. « Je me suis rendu compte qu’il y avait un axe d’amélioration sur la connaissance des métiers des uns et des autres, qui permettrait, à terme, la mise en place d’une nouvelle organisation au sein de l’Ehpad », soutient-elle. Le projet a donc débuté par l’organisation de « Vis ma vie », qui se sont déroulés en juin 2024. « L’objectif était de faire en sorte que les salariés volontaires connaissent mieux les métiers des autres professionnels, notamment les activités cachées. »
Inès Eyinga, aide-soignante a ainsi passé la journée au côté de Claire Pinet, l’infirmière coordinatrice de l’Ehpad. « J’ai pu lui montrer toutes les missions méconnues de mon poste, notamment la partie administrative, qui explique pourquoi je suis souvent derrière mon bureau et non sur le terrain », rapporte cette dernière. De son côté, Wendy Lery, aide-soignant, a passé une matinée avec la lingère Karine Laurent. « Je lui ai expliqué les raisons pour lesquelles parfois, les soignants sont dans l’attente de linge, souligne-t-elle. Désormais, il connaît les protocoles que je dois respecter, la logistique et le circuit du linge. »
À l’issue de ces immersions, des groupes de travail ont été constitués. La réflexion a été facilitée « justement parce que chacun avait une vision plus globale du métier de l’autre, ce qui a permis de mieux tenir compte des besoins de tous pour gagner en fluidité », indique Christelle Chauveau.
Ce bilan a conduit à des modifications organisationnelles, notamment des réaménagements d’horaires pour les agents des services hospitaliers, les aides-soignants et les infirmiers. Cette nouvelle organisation a permis de fluidifier les transmissions et d’améliorer la prise en charge des résidents.
Laure Martin
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Cet article a été publié dans ActuSoins Magazine
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Cet article a été publié dans le n°57 d’ActuSoins magazine (juin 2025).




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