RESPADD : le réseau qui lutte contre les addictions

RESPADD : le réseau qui lutte contre les addictions

Créé en 1996 à l’initiative de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) et de la Mutuelle nationale des hospitaliers (MNH), le Réseau de prévention des addictions (RESPADD) est un acteur clé de la lutte contre les addictions. Le point avec son président, le Dr Nicolas Bonnet.

Le Dr Nicolat Bonnet, président du RESPADD. © DR

Dans quel contexte le RESPADD a-t-il été créé ?

À l’origine, le Réseau hôpital sans tabac, devenu RESPADD, a été créé par l’AP-HP et la MNH, afin de mener une action forte contre le tabagisme. L’objectif était de sortir le tabac des hôpitaux.

Pendant dix ans, l’association a bien évolué, notamment parce que la lutte contre le tabac est devenue un critère d’accréditation des hôpitaux. Puis, à partir de 2006, avec le plan addiction, les structures, les réseaux ou encore les associations, ont élargi leurs actions à la lutte contre l’ensemble des addictions. En 2008, l’association devient donc le RESPADD, afin d’agir plus globalement sur la réduction des risques au sens large. En 2016, nous décidons de faire le point sur nos actions et nous nous rendons compte que notre raison d’être, à savoir la lutte contre le tabac, est devenue le parent pauvre de la lutte contre les addictions. Ce produit intéresse peu, les professionnels ne s’en occupent pas vraiment. Les personnes suivies en addictologie, accompagnées pour l’alcool ou pour les drogues, continuent de mourir de leur tabagisme non pris en charge. Face à cette réalité, nous décidons de créer une nouvelle stratégie.

Quelle est-elle ?

Nous avons créé le label des Lieux de santé sans tabac, afin de s’intéresser à la fois aux patients, aux visiteurs et aux professionnels de santé qui exercent au sein des structures de soins. Nous reconnaissons le tabagisme comme une perte de liberté, et avons la volonté de faire en sorte que tous les professionnels de santé proposent des substituts aux patients, peu importe leur lieu d’exercice. Nous avons donc construit notre stratégie avec la volonté de démocratiser les savoirs, afin de rendre l’ensemble des professionnels de santé acteurs de cet enjeu de santé publique.

En 2016, lorsque la prescription de substituts nicotiniques a été accordée aux infirmiers, nous avons décidé de capitaliser sur cette avancée pour former l’ensemble des infirmiers et sortir du prisme des tabacologues.

Aujourd’hui, 1 500 structures de santé sont engagées dans notre stratégie, qui représente une plus-value pour elles. Nous avons contribué à redonner un engagement fort à la lutte contre le tabagisme. Notre stratégie est reconnue nationalement. Il s’agit d’une vraie méthode de travail, de recherche et de formation, qui est certifiée. Nous avons créé une marque autour du tabac, sans pour autant oublier d’agir vis-à-vis des autres pratiques addictives comme le cannabis, l’alcool ou encore la santé sexuelle.

Quelles sont les autres activités de votre association ?

Nous avons créé un réseau sur la promotion de la santé, qui valorise les dynamiques avec des actions sur les déterminants de santé, dans l’objectif de redonner du sens autour de ce bien commun qu’est la santé. Ce bien partagé représente le moteur de notre réseau. Nous souhaitons agir pour que, face à leurs patients, les professionnels de la relation d’aide posent des questions sur les déterminants de santé, sur la consommation de tabac et d’alcool. Dans cet objectif, nous proposons des actions de formation afin que la prise en charge ne soit plus uniquement effectuée par un addictologue et ainsi répondre plus largement aux besoins. Nous formons au repérage précoce, à l’intervention brève et à l’entretien motivationnel pour que les usagers restent dans une consommation à moindre risque et ainsi limiter l’impact sur la société.

Les infirmiers sont très présents dans nos actions. Ils participent à la démocratisation de la prise en charge, car ils sont plus nombreux que les médecins. Nous avons d’ailleurs déployé un protocole de coopération sur la Consultation alcool post-urgence (CAPU) pour permettre une montée en compétences des infirmiers par délégation de compétences. Elle consiste en la mise en place d’une consultation dans les cinq jours qui suivent un passage aux urgences, afin de revoir la personne et effectuer une première orientation ciblée. Ce programme est financé par les pouvoirs publics pendant six ans. Depuis trois ans, nous travaillons également à la formation initiale des futurs professionnels de santé, dans les Instituts de formation des infirmiers, des aides-soignants, des kinésithérapeutes, des manipulateurs radio et des préparateurs en pharmacie. Nous avons en outre développé un module en e-learning gratuit. Nous formons aussi gratuitement des formateurs relais – environ 40 personnes tous les ans – sur des sessions ouvertes deux fois par an.

En parallèle, nous diffusons de l’information. Notre objectif est de travailler à la transmission des savoirs. Dans ce cadre, nous éditons une cinquantaine de titres, deux périodiques et des newsletters.

Nous accompagnons les structures hospitalières dans leur stratégie de santé. Notre idée est d’ouvrir le champ d’intervention et faire en sorte d’arrêter de soigner les conséquences des pathologies alors que la prévention peut être efficace.

Nous organisons également des rencontres, notamment deux journées annuelles, qui auront lieu l’année prochaine les 18 et 19 mai à Caen sur la thématique de l’addiction et la mobilité.

Quelles sont vos perspectives ?

Nous allons mener un travail sur les personnes vieillissantes. Il y a un vrai sujet autour de leurs consommations qui perdurent, dans l’idée de contribuer au plaidoyer pour la création de services spécifiques qui leurs sont dédiés. Nous allons aussi lancer une campagne pour alerter sur la consommation d’alcool dans les lieux de santé, et mener un travail sur la surmortalité liée à la consommation d’alcool et de tabac en psychiatrie. Nous devons réussir à franchir ce pas.

Propos recueillis par Laure Martin

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