Alors que les infirmiers libéraux ont la possibilité d’administrer des vaccins depuis plusieurs années, ils ont désormais le droit de détenir les vaccins antigrippaux et anti-covid à leur cabinet : le décret précisant les conditions de ce stockage est en effet paru tout récemment au Journal officiel. Ce texte facilite grandement la réalisation par les infirmiers de leur injection, à condition qu’ils s’équipent d’appareils de conservation adéquats.

Ils n’ont plus besoin de demander à leurs patients qui souhaitant qu’ils les vaccinent d’aller acheter leur vaccin à la pharmacie, “avec le risque que le pharmacien les vaccine sur place“, ou d’aller eux-même chercher les vaccins à l’officine, un par un, avant de les administrer, observe Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI), satisfait de la publication de ce texte. Ce décret était très attendu par la FNI et le syndicat Convergence infirmière depuis 10 mois, après l’adoption le 30 décembre 2025 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 qui a permis aux infirmiers libéraux de s’approvisionner en vaccins et de les détenir.
Dix mois d’attente
Les modalités sont donc désormais précisées : les professionnels de santé peuvent s’approvisionner pour les deux vaccins concernés et deviennent responsables du produit lors de son transport et de son stockage. Conséquence : les infirmiers qui souhaitent vacciner et disposer d’un stock de vaccins à leur cabinet doivent s’équiper du matériel nécessaire. « Il faut avoir une traçabilité des relevés de températures dans l’enceinte frigorifique et pouvoir dire si une rupture de la chaine du froid fait que le vaccin n’est plus injectable », précise le président de la FNI. Il ne s’agit pas de demander aux professionnels concernés d’acheter un grand réfrigérateur de pharmacie ni un groupe électrogène capable de prendre le relai en cas de coupure d’électricité, ajoute-t-il, mais de les conduire à s‘équiper d’un appareil permettant de relever la températures de conservation des vaccins et d’alerter les infirmiers en cas de défaillance. En matière de traçabilité des produits, « aucune nouvelle contrainte » ne s’applique, précise de son côté le Syndicat nationale des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil).
Certes, cet équipement a un coût : « les cabinets feront leurs calculs entre la dépense pour acheter l’enceinte frigorifique et l’activité de vaccination qu’ils estimeront pouvoir mener », observe Daniel Guillerm. Les cabinets pluripraticiens ou les maisons de santé pluriprofessionnelles pourront peut-être plus facilement s’équiper que les infirmiers libéraux travaillant seuls ou au sein de petits cabinets.
La FNI a salué la publication de ce décret en ce qu’il facilite la réalisation des vaccinations par les Idel, qu’il a défendue en son temps. Le Sniil, en revanche, « n’a jamais porté cette mesure et reste dubitatif sur son intérêt pour la profession », indique-t-il dans un communiqué. Il regrette aussi que « ni l’équipement ni le temps consacré aux commandes, ni le risque de perdre une dose ne sont pris en compte ».
Réserves
Le Sniil s’interroge enfin sur la question du stockage des vaccins pendant les tournées des infirmiers. Un arrêté sur ce sujet est actuellement en discussion mais le Sniil considère qu’il serait « contestable » d’exiger que les infirmiers s’équipent d’une enceinte réfrigérée portative avec contrôle de la température. Un arrêté paru le 11 octobre prévoit en tout cas les conditions de facturation des vaccins à l’Assurance maladie, avec trois majorations par rapport au prix public du vaccin, en plus de la facturation de l’acte.
Pour Daniel Guillerm, « la profession est attendue au tournant » sur le sujet de la vaccination. Si les Idel veulent pouvoir disposer plus facilement d’autres types de vaccins et donc pouvoir les stocker, ajoute-t-il, « il faut que nous montrions que cette mesure a permis un meilleur succès des campagnes de vaccination ».
L’Ordre national des infirmiers (Oni), en tout cas, a salué la publication du décret, qui constitue selon lui « une avancée importante pour faciliter l’accès aux soins et contribuer à l’élargissement de la couverture vaccinale » et s’inscrit dans la « dynamique de renforcement du rôle des infirmières et des infirmiers en matière de prévention et de santé publique ».
Géraldine Langlois
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