Simulation en santé : Clé pour l’apprentissage des futurs infirmiers

Simulation en santé : Clé pour l’apprentissage des futurs infirmiers

Si la simulation est obligatoire au cours des études en soins infirmiers, les établissements y ont plus ou moins recours. Pour les étudiants ou les formateurs, c’est du gagnant-gagnant. Même si des freins continuent d’exister.

Instrument central mais non exclusif, le mannequin d’apprentissage est l’un des moyens mobilisés dans la simulation en santé.
Instrument central mais non exclusif, le mannequin d’apprentissage est l’un des moyens mobilisés dans la simulation en santé. © SamaraHeisz5 / ShutterStock

« Jamais la première fois sur le patient ». Depuis un arrêté de 2014*, ce principe fondamental de l’apprentissage des étudiants en soins infirmiers, est acté. Afin de respecter cette obligation légale, la simulation joue un rôle essentiel dans l’apprentissage des futurs infirmiers et infirmières.

Dans son IFSI de la Fondation de la Croix Saint-Simon (Paris), Francisco Guevara, chargé de projets en simulation en santé, pratique la simulation procédurale, les jeux de rôle ainsi que la simulation clinique immersive avec des mannequins connectés et des comédiens qui jouent des patients simulés.

Pour rendre les situations les plus immersives possibles, il procède à la rédaction de scénarios, avec des objectifs pédagogiques définis à l’avance, en lien avec les apports théoriques, puis met en place un travail avec les comédiens.

Selon le niveau des étudiants, le scénario varie. Pour ceux de première année, Francisco Guevara précise : « En Ehpad où ils font souvent leur stage, ils doivent, sans beaucoup d’accompagnement ni de connaissances, gérer des refus de soins, faire la toilette à un patient souffrant de la maladie d’Alzheimer ou de la maladie de Parkinson. L’écueil est de croire que parce qu’ils sont en première année, on peut se permettre de proposer un scénario simple : ils sont confrontés à des situations d’une grande complexité ! »

Sophie Prissette, coordinatrice de la simulation en santé du département universitaire des sciences Infirmières à l’IFSI Saint-Joseph (Paris), explique aussi l’existence de plusieurs niveaux. « Le scénario destiné aux étudiants de première année se concentre plutôt sur l’accueil et l’identification du patient  – qu’il s’agisse d’une personne âgée ou non – ainsi que sur la collecte d’informations avant une intervention chirurgicale assez simple. En revanche, les étudiants de troisième année travaillent sur une situation critique liée à une transfusion sanguine ». L’IFSI compte également des simulateurs de vieillissement, qui permettent « de développer l’empathie vis-à-vis des personnes à mobilité réduite ».

La simulation en santé correspond « à l’utilisation d’un matériel (comme un mannequin ou un simulateur procédural), de la réalité virtuelle ou d’un patient standardisé, pour reproduire des situations ou des environnements de soins, pour enseigner des procédures diagnostiques et thérapeutiques et permettre de répéter des processus, des situations cliniques ou des prises de décision par un professionnel de santé ou une équipe de professionnels. »

Source : HAS

ActuSoins magazine pour les infirmières et infirmiersCet article a été publié dans le n°57 d’ActuSoins magazine (juin 2025).

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« Bienveillance, droit à l’erreur et non jugement »

Selon les scénarios, de nombreuses connaissances et compétences mobilisées peuvent être réutilisées « lors des futurs stages » : le respect de l’autonomie du patient, son intimité, sa pudeur, le consentement etc. Mais cela reste de l’apprentissage : « On met des déclencheurs dans chaque scénario de façon à attendre une réaction des apprenants », rappelle Francesco Guevara.

Résultat : « Les étudiants en redemandent », constate Sophie Prissette. Ce que les étudiants aiment : « être dans l’action, et associer des enseignements théoriques à de la pratique et se rendre compte de leurs failles, mais aussi de leurs forces, et de leurs axes d’amélioration ». Souvent, regrette-t-elle, les étudiants se déprécient.  « La simulation est un outil qui permet de faire du renforcement positif, de rappeler qu’ils ne sont pas seuls et que même les meilleurs se peuvent se retrouver en difficulté. »

Dans cette même veine de partage, Francisco Guevera précise qu’après leur simulation d’environ 30 minutes, « les étudiants se font aussi des retours entre pairs. Depuis toujours je prône cette idée : pas de simulation si l’on n’évalue pas les résultats ». Finalement, « La simulation est un prétexte à une analyse de la pratique et à un débriefing bienveillant ». Les trois valeurs essentielles de la simulation, rappelle-t-il sont : bienveillance, droit à l’erreur et non jugement. Parfois la simulation est virtuelle, comme avec My Serious Game, qui propose des serious game dans le domaine de la santé avec un avatar, des choix de dialogues ou des dialogues réalistes générés par l’IA. La technologie peut même permettre de se passer de la souris ou du clavier, juste en parlant à l’oral, et l’analyse des données se fait en temps réel. En plus de discuter avec des patients aux pathologies différentes, l’étudiant peut aussi choisir les médicaments, le bon dosage… Axel Malescassier, en charge du développement du pôle santé de My serious Game, affirme : « L’avantage de la réalité virtuelle, c’est que ça met tellement les étudiants dans une immersion qu’ils oublient qu’ils sont observés et cela les aide à faire les actes qu’ils auraient fait dans la réalité ». Côté formateurs, il estime que cela permet de lever le problème du stress et donc de mieux évaluer les performances des étudiants.

Des freins à la simulation

Si les constatations empiriques sont encourageantes, il manque encore des données qui démontreraient scientifiquement les effets positifs de la simulation. « Pour l’efficacité à long terme, je ne peux pas dire, mais il est clair que les étudiants ont l’impression de mieux apprendre et d’acquérir des compétences à mobiliser pendant leurs stages », estime Sophie Prissette. Même son de cloche chez Francisco Guevara : « Il n’y a pas de lien entre simulation et changement de pratiques, sauf sur les situations d’urgence vitale, car les étudiants feront face à 95 % à ces situations ». Cependant, il voit des améliorations sur les questions de représentations : « parfois les apprenants ont une image très figée ou caricaturale des personnes âgées : la simulation révise ce regard ».

Les mêmes questions se posent quand la simulation est virtuelle. C’est pourquoi Axel Malescassier est dans l’attente de la publication d’un article de thèse qui compare les résultats de populations étudiantes de deux IFSI, dont l’une des deux recourt à l’IA. Il voit d’ores et déjà « une montée en compétences, une plus-value pédagogique et des retours positifs à 70 -80 % ». Il le sait : « les professionnels attendent ces preuves scientifiques, car les réactions, parmi les formateurs, sont très hétérogènes ».

Et quand le frein n’est pas technologique, il est logistique ou financier. Sophie Prissette le constate : « Malheureusement, les sessions de simulation sont limitées car la simulation est mangeuse de ressources humaines – puisqu’elles s’organisent en petits groupes de dix à douze étudiants-, encadrées en général par deux formateurs. Et les mannequins coûtent cher, sans oublier l’écriture du scénario, sa relecture et la préparation du matériel ». L’avantage néanmoins ? « Cela peut être réutilisé pendant les cours plus tard dans l’année ».

La simulation vit en tout cas avec son époque : les scénarios ne sont pas immuables, et évoluent avec les évolutions de la réglementation en cours. Les IFSI « révisent » régulièrement leurs exercices pour permettre d’aborder niveaux de difficultés progressifs, type de patients différents et choix éthiques divers pour aborder au mieux la réalité future du terrain.

Delphine Bauer

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*L’arrêté du 26 septembre 2014 modifiant l’arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d’État d’infirmier précise que « la simulation repose sur un principe éthique : “jamais la première fois sur un patient” [et] se décompose en trois phases : la réunion préparatoire, le déroulement du scénario de simulation, la réunion de bilan. »

Cet article a été publié dans ActuSoins MagazineActuSoins magazine pour les infirmières et infirmiers
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