Prévalence accrue de dépression et d’anxiété à l’hôpital : les conditions de travail en cause

La direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) a rendu public en juin, un travail portant sur une prévalence accrue de la dépression et de l’anxiété liée aux conditions de travail à l’hôpital.

Prévalence accrue de dépression et d’anxiété à l’hôpital : les conditions de travail en causeLe contexte de tensions et de manque d’attractivité des établissements hospitaliers est connu et reconnu de tous.

Et l’étude de la DREES1 confirme le mal-être ambiant au sein des structures hospitalières. Comme le souligne Camille Parent, l’auteure, au cours de l’été 2021, le personnel hospitalier a déclaré plus souvent que les autres personnes en emploi, des symptômes de dépression et d’anxiété, et exprimé davantage le besoin de consulter des professionnels de santé pour des difficultés psychologiques.

La prévalence accrue des symptômes de la dépression et de l’anxiété à l’hôpital est, pour l’essentiel, expliquée par deux caractéristiques : la main-d’œuvre à l’hôpital se différencie de l’ensemble des personnes en emploi, notamment par ses proportions élevées de femmes et les conditions de travail difficiles.

Des symptômes de dépression et d’anxiété plus fréquents

La crise sanitaire a eu de forts impacts sur la santé mentale de la population en France, dont les conditions de vie ont été bouleversées.

Le personnel hospitalier, en première ligne dans la gestion de la crise sanitaire, a quant à lui continué à se rendre au travail afin de prendre en charge les patients.

Comme le rappelle l’auteure de l’étude, il a été soumis à une intensification de sa charge de travail et à une plus forte exposition au virus du Covid-19, alors que ses conditions de travail étaient déjà difficiles avant la crise sanitaire. À partir de l’enquête EpiCov, il est possible de comparer les indicateurs de santé mentale de ces travailleurs avec ceux de l’ensemble des personnes en emploi, en particulier les symptômes liés à la dépression.

Ainsi, 41 % du personnel hospitalier déclare des symptômes de dépression légère à sévère, contre 33 % dans l’ensemble des personnes en emploi. Par ailleurs, les symptômes d’anxiété grave sont aussi présents à l’hôpital que chez l’ensemble des personnes en emploi, mais les symptômes d’anxiété légère à modérée y sont plus fréquents (28 %, contre 22 % parmi l’ensemble des personnes en emploi). 75 % d’entre eux se sentent régulièrement fatigués ou manquent d’énergie au cours des quinze derniers jours, contre 61 % de l’ensemble des personnes en emploi.

Les personnes travaillant à l’hôpital rapportent aussi plus fréquemment des répercussions de ces symptômes sur leur vie quotidienne et déclarent davantage avoir besoin d’aide pour des difficultés psychologiques (26 % contre 19 %). Elles ont en particulier plus recouru à un professionnel pour ces difficultés depuis le début de la crise sanitaire : 11 % du personnel hospitalier a consulté pour la première fois depuis mars 2020, contre 7 % parmi l’ensemble des personnes en emploi.

Les conditions de travail mises en cause

La plus grande fréquence de la dépression et de l’anxiété observée à l’hôpital par rapport à l’ensemble des personnes en emploi peut être mise en relation avec les conditions de travail de ce secteur : le personnel de l’hôpital est en effet exposé à un niveau élevé de risques psychosociaux. Les situations de tension au travail comportant une demande psychologique forte et une latitude décisionnelle faible, identifiées comme accroissant ces risques, sont plus fréquentes à l’hôpital, note Camille Parent.

En 2017, elles concernent 35 % des personnes salariées de la fonction publique hospitalière, contre 27 % de l’ensemble des salariés. Or, avec la crise sanitaire, le travail à l’hôpital s’est intensifié et la crainte d’être contaminé par le virus du Covid-19 y a été bien plus élevée que dans d’autres secteurs, augmentant des risques pour la santé mentale, qui étaient déjà élevés auparavant.

Le sentiment que son travail est moins reconnu qu’avant la crise constitue aussi un risque de développer des symptômes de la dépression. Toutefois, comme cela concerne autant le personnel hospitalier que l’ensemble des personnes en emploi (6 %), cela ne contribue pas à la différence des scores moyens de dépression du personnel hospitalier et de l’ensemble des personnes en emploi.

Le genre a également un impact important sur les indicateurs de santé mentale, l’anxiété et la dépression étant notamment plus fréquentes chez les femmes. Chez les personnes en emploi, 40 % des femmes déclarent par exemple des symptômes de la dépression, contre 27 % de leurs collègues masculins.

Laure Martin

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1L’étude repose sur l’enquête nationale Épidémiologie et Conditions de vie (EpiCov) permet d’étudier l’impact de la crise sanitaire sur la population en France. Son troisième volet, dont la période de collecte s’est étendue du 24 juin au 6 août 2021, comprend des modules sur les conditions de travail et sur la santé mentale. Elle permet ainsi d’étudier la santé mentale des personnels hospitaliers à l’été 2021 et de la comparer à celle de l’ensemble de la population en emploi.

 Source : DREES - Études et Résultats - juin 2023 - n° 1270 - À l’hôpital, une prévalence accrue de la dépression et de l’anxiété liée aux conditions de travail

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Réactions

1 réponse pour “Prévalence accrue de dépression et d’anxiété à l’hôpital : les conditions de travail en cause”

  1. fabien dit :

    Le personnel hospitalier, en première ligne pendant la crise sanitaire, a été confronté à une charge de travail accrue et à un niveau élevé de risques psychosociaux. Le cbdtech, extrait du cannabis, est connu pour ses propriétés anxiolytiques et antidépressives. Il peut aider à réduire les symptômes de dépression légère à sévère et d’anxiété chez les travailleurs hospitaliers.

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