« Il faut mettre la lumière sur la lèpre pour la combattre »

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Infirmière d’origine hollandaise, Geezke Zijp travaille au Tchad depuis 30 ans. Elle forme les professionnels de santé et participe à la prise en charge des personnes atteintes de la lèpre, cette maladie qui fait toujours 200 000 nouveaux cas par an, malgré un traitement efficace et gratuit. Pour récompenser son action, elle a reçu le 26 janvier, le Prix Raoul Follereau de l’Académie Française. Témoignage.

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Comment vous êtes-vous retrouvée à exercer au Tchad ?

Il y a une trentaine d’années, lors d’un séminaire, j’ai rencontré des missionnaires travaillant en Indonésie dans la lutte contre la lèpre.

J’ai tout de suite été intéressée car les personnes atteintes de cette maladie sont généralement pauvres et stigmatisées. J’ai voulu m’engager.

J’ai sollicité la Mission évangélique contre la lèpre, qui m’a m’envoyée au Tchad en 1992. C’est un pays que je ne connaissais pas mais j’ai accepté. J’y ai travaillé d’abord trois ans, avant d’être affectée au Zaïre. Puis, à cause de la guerre, je suis retournée au Tchad.

En quoi consiste votre exercice au quotidien ?

Je travaille avec les délégations sanitaires de deux des vingt-trois provinces composant le Tchad.

Ces délégations sont découpées en districts sanitaires avec des centres de santé. Au sein des délégations, nous travaillons notamment à l’application du Programme national de lutte contre la lèpre, portée par le ministère de la Santé tchadien.

La Mission évangélique contre la lèpre mène des activités de formation afin de renforcer les connaissances des médecins et des infirmiers tchadiens, pour qu’ils puissent eux-mêmes prendre en charge des patients.

La formation théorique que nous dispensons se déroule dans des salles de classe, puis nous mettons en pratique sur le terrain. Nous les formons à la réalisation du bilan neurologique, indispensable pour diagnostiquer les réactions lépreuses.

Nous sommes souvent amenés à prendre en charge les patients ensemble. Lors des supervisions, nous dépistons les patients conjointement, puis déterminons l’offre de soins et le traitement afin de réduire leur douleur voire de complètement les guérir.

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Vous effectuez également de la sensibilisation…

L’un des grands problèmes du Tchad repose sur le manque de connaissances de la population concernant la lèpre.

Pour beaucoup, cette maladie est une punition de Dieu ou un sort jeté sur eux.

Les malades pensent être incurables. Ils n’entreprennent alors aucune action pour se guérir. Or, plus ils attendent avant d’être pris en charge, plus le bacile de la lèpre peut s’attaquer aux nerfs et le handicap devenir grave.

La sensibilisation de la population est donc déterminante pour améliorer la prise en charge des patients. Pour nos actions, nous utilisons des posters en français et en arabe, et nous informons toutes les personnes que nous rencontrons dans le cadre de notre travail, notamment les autorités, sur l’existence des traitements.

Les professionnels de santé sont aussi, en parallèle, des enfants de la communauté avec leurs croyances. Certains d’entre eux doivent donc également être convaincus. Il faut former, expliquer la transmission du virus par voie aérienne. Mais cela prend du temps.

Justement, après 30 ans passés au Tchad pour ce combat, comment gardez-vous votre motivation ?

Je suis chrétienne, et je crois que nous sommes créés à l’image de Dieu, donc que nous avons tous droit à une vie digne et heureuse. Les malades de la lèpre sont souvent stigmatisés et cela prend du temps pour faire changer les mentalités. Il m’arrive d’être découragée ou déçue.

Mais lorsque nous prenons en charge des patients gravement atteints, que nous parvenons à les aider, à les guérir et à les réinsérer dans leur vie sociale, être témoin de leur joie me permet de dépasser toutes mes déceptions.

Je sais qu’il s’agit d’un travail de longue haleine. Mais nous allons tout faire pour que la population puisse accéder aux soins de qualité de leur centre de santé.

Vous venez de recevoir le Prix Raoul Follereau de l’Académie Française.  Une reconnaissance pour votre travail…

J’étais bouche bée lorsque je l’ai appris.

C’est effectivement une reconnaissance pour le travail accompli. Mais c’est aussi une manière de mettre la lumière sur cette maladie, qui place quotidiennement des personnes en situation de handicap grave.

Cela ne nous aide pas du tout que nombre de personnes pense que la lèpre a disparu. C’est loin d’être le cas. Cette maladie cause encore beaucoup de dégâts et il faut en parler.

Propos recueillis par Laure Martin

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Le prix Raoul Follereau

Tous les deux ans depuis 1955, le Prix Raoul Follereau est décerné par l’Académie Française pour récompenser un médecin, missionnaire ou membre du personnel soignant, sans distinction de sexe, de religion ou de nationalité, qui, par ses travaux ou par son exemple, aura pris une part efficace dans la lutte contre la lèpre.

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