Dans la peau d’une personne âgée : une combinaison pour vieillir en quelques minutes

Des professionnels de santé montpelliérains et nîmois ont testé une combinaison qui diminue les capacités physiques. Se glisser quelques minutes dans la peau d'une personne âgée les aide à appréhender leurs soins autrement.

© DR

« On est tellement dans le jus qu'on n'entend plus ce que dit le senior ! » Pour se mettre un peu dans sa peau, Maud Sini, infirmière libérale à domicile a tenté l’expérience de la combinaison vieillissante : des lunettes jaunes qui rétrécissent le champ de vision pour reproduire les effets de la cataracte, un casque qui abaisse les perceptions auditives, un corset pour empêcher la rotation, des poids au poignets et aux chevilles pour altérer le mouvement, des mitaines reproduisant la sensation de l’arthrose et des coudières et genouillères pour rigidifier les articulations... « J’ai pris 40 ans en quelques minutes », indique la soignante montpelliéraine.

Le kit qui pèse au total près de 20 kg sensibilise instantanément sur les effets du vieillissement... « Au niveau préhension, se servir un café paraît déjà être une épreuve pour la journée », note Maud Sini. « Je ne savais pas que c'était si difficile pour eux. Se mettre à leur place ça aide ! » Se baisser ou tomber, puis se relever… ramasser un objet par terre, assis sur une chaise, sortir d'un lit ou même écrire une lettre, remplir un chèque ou sortir une pièce de son porte-monnaie... « La mise en situation est très réaliste, on comprend aussitôt ce que veut dire douleurs articulaires. »

Benoît Giovinazzo, kinésithérapeute montpelliérain a lui aussi expérimenté l'ensemble des accessoires et il a notamment tenté de descendre des escaliers. « Il faut s’y prendre à deux fois, ça complique beaucoup les mouvements. » Ce thérapeute ne connaissait pas le dispositif. Après 20 minutes, il était pressé de s'en délester. « On se met vraiment dans la peau d’une personne âgée pour qui le moindre geste simple est devenu compliqué », approuve-t-il. Comme lui, des médecins, des auxiliaires de vie aussi ont la possibilité d'en faire l’expérience… Faire comprendre comment, arrivé dans le grand âge, chaque acte de la vie quotidienne peut se transformer en défi, peut aider aussi à prendre un peu de recul et remettre en question sa pratique, l'adapter.

"Être plus patient"

« Quand je faisais faire des exercices à mes patients âgés je leur demandais parfois d'aller un peu plus vite, de forcer un peu plus », confie le kiné. Lui-même ne mesurait pas toujours la difficulté éprouvée par ses patients âgés. « Avec cette expérience, c'est plus flagrant parce que c'est brutal, alors que pour nos patients c'est venu progressivement. » Depuis qu'il a expérimenté la combinaison, le thérapeute s'adapte, fait des temps de récupérations un peu plus long. Il cerne désormais plus précisément la réalité physique des seniors qu'il a en séance. « Je suis en pleine possession de mes moyens et tout ce qui est psychique fonctionne bien» rappelle-t-il aussi. « Pour une personne âgée qui a en plus des troubles cognitifs, c'est invivable. »

Dans ses tournées en libéral, Maud Sini est quant à elle plutôt dans le 'laisser faire' pour que la personne âgée reste autonome un maximum. Mais lorsque la tournée est grosse, qu'il y a un problème et que du retard est pris, il faut que ça aille vite et elle peut s'exaspérer. « On réalise qu'il faut prendre le temps, être plus patient, encore plus quand c'est nous qui faisons office de famille » reconnaît-elle. « Faire à leur place n'aide en aucun cas à les autonomiser, au contraire. »

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Domitys, spécialiste des résidences seniors services, qui a acheté la combinaison la prête entre autres à des cliniques qui la font tester à leurs professionnels. La plateforme de rééducation de la clinique Valdegour, à Nîmes, par exemple, où sont notamment prises en charge des personnes âgées. Cet outil d'immersion totale a été mis au point pour les soignants il y a plusieurs années.

Il est expérimenté ailleurs en France, dans des centres hospitaliers notamment, des associations et des institutions aussi proposent des journées de formation. « Les participants ne sont jamais déstabilisés par les mêmes choses », fait observer Fabienne Depond, chargée de réseau chez Domitys Montpellier. Certains sont déboussolés par la surdité qu'induit le casque et la sensation d'isolement qui en découle, d'autres par la simulation de la cataracte, ou par la perte d'équilibre. « A l'image des personnes âgées qui, avec des pathologies identiques, peuvent avoir des ressentis différents. »

S'adapter au vieillissement de la société devient un enjeu majeur. « Au final on est jeune avec une approche de la personne âgée très lointaine », concède Mélanie, la libérale. « Sensibiliser les infirmiers dès l'Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) à la pratique auprès des seniors serait une excellente initiative. »

Myriem Lahidely

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