Ainay le château, le village hôpital qui soigne sa différence

Au cœur de l’Allier, dans ce village de 1000 habitants perdure une expérience psychiatrique unique qui remonte à l’année 1900, celle de l’accueil familial thérapeutique. Une expérience basée sur la libre circulation des patients qui a fait changer le regard de toute une communauté sur le patient psychiatrique.

actusoins magazine pour infirmière infirmier libéralCet article a été publié dans le n°42 d'ActuSoins Magazine (septembre-octobre-novembre 2021). Il est à présent en accès libre. 

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Réunion hebdomadaire, tous les lundis à 13 heures, de l'équipe pluridisciplinaire du CHS qui évalue les patients et leurs capacités à intégrer une famille d'accueil

Réunion hebdomadaire, tous les lundis à 13 heures, de l'équipe pluridisciplinaire du CHS qui évalue les patients et leurs capacités à intégrer une famille d'accueil. © Sylvie Legoupi

Le centre hospitalier spécialisé (CHS) d’Ainay le Château assure les soins de 388 patients permanents dont 328 personnes installées dans 164 familles d’accueil, vivant dans un rayon de trente kilomètres de l’hôpital.

Le centre hospitalier est devenu ainsi le premier employeur de la région. Les accueillants thérapeutiques, salariés par le CHS, hébergent chez eux des patients venus de la France entière. 

Une hospitalisation préalable

Avant de pouvoir entrer en accueil familial, le patient doit être hospitalisé une quinzaine de jours dans l’unité d’accueil du CHS ou il passe des entretiens avec le psychiatre et le médecin. Ces observations et évaluations pluridisciplinaires déterminent la possibilité d’une intégration ainsi que le profil de la famille qui lui sera proposé. « Nous essayons de respecter au maximum les choix des patients admis dans cette prise en charge car l’accueil familial fait partie d’un processus thérapeutique de resocialisation » précise Martine Vidal, cadre de santé et responsable de l’AFT (accueil familial thérapeutique) « d’où l’importance de la compatibilité des deux profils, patients et accueillants ».

Les familles d’accueil sont choisies minutieusement par une équipe pluridisciplinaire composé d’un psychiatre, d’un psychologue, d’une assistante sociale, d’un cadre de santé et d’un directeur de soins, qui rencontrent chacun à leur tour la famille candidate. En plus de l’aptitude à offrir à la personne un accueil confortable et de qualité, elle doit être à l’écoute et pouvoir les accompagner dans ce projet de restauration de leurs capacités relationnelles, d’autonomie et de resocialisation.

 Un suivi médical et psychiatrique rigoureux

Ainay le château, le village hôpital qui soigne sa différenceUne fois installés dans leur famille d’accueil, les patients bénéficient d’un suivi médical régulier comme une visite psychiatrique et somatique tous les trois mois, voire une visite quotidienne pour ceux qui souffrent de pathologies associées comme le diabète. L’un des points cruciaux est la prise de médicaments.


Depuis 1992, grâce aux formations continues rendues obligatoires par les autorités de Santé, les accueillants disposent d’astuces pour veiller au respect du protocole médicamenteux : être présent face au patient, parler avec lui pour être certain que les comprimés sont bien avalés, etc., mais sans jamais se positionner en « surveillant » pour ne pas rompre la relation de confiance.

Tout souci ou même toute suspicion justifie de contacter un soignant ou un responsable de l’hôpital, qui prend le relais si nécessaire. La vigilance dans le suivi des patients concerne tous les acteurs de l’hôpital, comme l’explique Béatrice, référente infirmière de vingt patients depuis six ans. « Pour éviter de nous installer dans une routine et nous permettre de rester efficaces et perspicaces dans notre mission d’observation thérapeutique, le CHS a mis en place un roulement : je vais bientôt finir mon cycle de travail de six ans à l’extérieur de l’hôpital et en débuter un nouveau à l’interne. Je suis un peu triste de quitter les patients et les familles que je suivais, car j’ai tissé avec eux des liens forts. Mais je suis fière d’avoir participé à la sortie de deux patientes, dont une qui a emménagé dans un appartement. »

Sylvie accueillante familiale, avec Sophie, une des deux patientes qu'elle héberge

Sylvie (à gauche), accueillante familiale, avec Sophie, une des deux patientes qu'elle héberge. © Sylvie Legoupi

Famille d’accueil, un métier 7 jours sur 7

Installée à quelques rues de l’hôpital, Sylvie exerce ce métier depuis vingt ans et accueille dans une petite maison annexe deux patients, voire trois puisque la famille met un lit de substitution à disposition des patients qui en auraient besoin, notamment lors des congés annuels de leurs accueillants familiaux.

« C’est un métier 24 sur 24, 7 jours sur 7, alors la rémunération (1500 euros par mois et par patient pour une présence complète, NDLR) ne doit pas être le seul moteur sinon, on ne tient pas longtemps car il y a des moments difficiles, explique-t-elle. C’est très prenant car on prend en charge chaque personne de façon individualisée. Nous prenons aussi en charge la nourriture, le logement, la blanchisserie, nous les accompagnons lors des visites médicales ou extérieures ».

Chaque patient a un degré d’autonomie propre et il est impossible de définir une journée type : « il existe autant d’emploi du temps que de patients. La famille d’accueil a une importance primordiale dans le projet thérapeutique du patient alors on se doit d’être à leur écoute car, sur le terrain, ils sont nos yeux et nos oreilles », assure Martine Vidal qui veille au bon déroulement du trio « accueillis, accueillants et hôpital ». Elle gère également les changements de famille d’accueil, parfois nécessaires, pour faire évoluer le projet thérapeutique basé sur une alchimie unique entre « le savoir profane des familles et les compétences des professionnels de la psychiatrie », ajoute-t-elle.

Les familles d’accueil sont formées et accompagnées. Un contrat personnalisé d’accueil cadre règles et projet thérapeutique. Des réunions régulières ont lieu avec toutes les parties prenantes du soin, patients compris


Un tremplin pour un projet de vie

Sandy accueillante familiale, accompagne Bertrand, patient qui profite de son heure d'équitation hebdomadaire

Sandy (à gauche), accueillante familiale, accompagne Bertrand, patient qui profite de son heure d'équitation hebdomadaire. © Sylvie Legoupi

Pour Sandy, son choix, il y a maintenant trois ans, de devenir famille d’accueil, lui a appris à travailler « surtout sur moi, plaisante-t-elle. Ils nous apprennent à être patient. C’est l’effet miroir ! Il est impératif que l’on se sente apaisé pour qu’ils se sentent bien. » Cette ex -agent immobilier, apprécie « cette qualité de vie géniale et l’opportunité de partager beaucoup de moments avec les patients et les enfants ».  En effet, l’accueil familial doit être un projet partagé et accepté par tous les membres de la famille, tant il représente pour le patient un substitut rassurant et un tremplin pour son projet de vie.

L’immersion d’un patient dans une famille d’accueil lui offre une dynamique d’interactions avec le monde extérieur. Il y a, hors des murs de l’hôpital, des situations nouvelles qui mettent le patient en position d’adaptation et de découverte, donc de progrès.

« On se sent enfin utile aux autres et puis on peut rencontrer d’autres personnes qui n’ont rien à voir avec le CHS », explique Sophie, une patiente. « C’est important, confirme Sylvie, qu’elles aient des activités extérieures, comme tout le monde, pour qu’elles n’aient plus cette étiquette de patiente »,

 De sa « vie d’avant », Sophie garde intact sa passion pour le piano qu’elle a enseigné.  La pianiste était pressentie pour donner des concerts dans les maisons de retraites avoisinantes mais c’est partie remise en raison des mesures sanitaires actuelles.

Des ateliers pour retrouver confiance en soi

Valérie, animatrice éducatrice, anime depuis un an et demi l'atelier rotin pour deux patients dont Violetta

Valérie, animatrice éducatrice, anime depuis un an et demi l'atelier rotin pour deux patients dont Violetta (à droite). © Sylvie Legoupi

Les patients ne perdent pas pour autant le lien avec l’hôpital. Le CHS a mis en place un service de transport appelé l’Ergobus, qui, deux fois par jour, assure le transport des patients vers le centre hospitalier, notamment pour se rendre à des ateliers. « Ainsi, les patients ont l’occasion de se prendre en charge et s’autonomiser », explique Dominique, ambulancière et ancienne aide-soignante qui s’enquiert chaque matin du bien être des usagers du bus.


Tout au long de l’année, sur des demi-journées, les patients prennent part à des activités d’ergothérapie, sportives ou de création, dispensées par des professionnels médicaux sociaux. Ils évoluent à leur propre rythme et retrouvent une confiance en eux. Par le biais de cette douzaine d’activités (imprimerie, encadrements, couture, poterie, mosaïque, bois, atelier thérapeutique jardin...), le patient peut retrouver des compétences d’organisation, d’autonomisation, relationnelles… altérées par une longue hospitalisation en secteur fermé.

Exemple avec l’atelier rotin, une activité préconisée pour les personnes souffrant de sévères crises d’anxiété car elle monopolise l’attention et la concentration, tout en sollicitant les facultés cognitives. Les capacités sociales et psychomotrices médiatisées par ces ateliers permettent d’acquérir une plus grande autonomie et par conséquence un « mieux -être ». Dans, l’atelier menuiserie, pour les patients très avancés dans leur projet thérapeutique, la réalisation des objets se fait souvent en binôme ce qui permet à chacun de travailler en équipe tout en réussissant à trouver sa propre place. C’est aussi un bon tremplin pour les patients qui souhaitent et peuvent intégrer l’équipe professionnelle d’un Esat.

Au bout du chemin, c’est la resocialisation, l’autonomie….  Et le départ. Cette alternative thérapeutique reste cependant peu expérimentée en France. Trouver des logements qui remplissent les normes de confort minimal exigées n’est pas toujours aisé, surtout dans les grandes métropoles. Mais au regard du coût élevé d’une prise en charge et des avantages, en termes de soins, de resocialisation des patients mais aussi de bénéfices pour des économies locales, cette démarche ne manque pas d’atouts.

Sylvie Legoupi

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Un peu d’histoire…

Dans les années 1900, des psychiatres progressistes révoltés par les conditions d’accueil dans les grands hôpitaux parisiens et portés par le modèle écossais du « no restraint » et de « l’open door » expérimenté depuis 1830, décident à titre expérimental d’envoyer certains patients vivre à la campagne (Ainay le Château et Dun Sur Auron), dans des familles de « nourriciers ».

Un siècle plus tard, l’une des « colonies familiales » est devenue le CHS d’Ainay le Château et les « nourriciers » se sont professionnalisés et formés. Alors que Le CHS de Cadillac, en Gironde, fondé dès 1838, n’a qu’une capacité de 25 places en accueil familial thérapeutique et que le centre hospitalier Sainte-Anne à Paris en compte 27.

Evaluer les besoins

Cartes illustrées pour le test ELADER. © Sylvie Legoupi.


Quelques mois après leur arrivée en famille d’accueil, les patients passent un test ELADEB (Échelles lausannoises d'auto-évaluation des difficultés et des besoins) pour élaborer leur propre projet d’accompagnement, qui comprend notamment de la remédiation cognitive, de l’ergothérapie et des ateliers d’éducation thérapeutique.

« Au-delà de sa dimension ludique qui facilite la communication avec le patient, le test ELADEB est l’une des clés du projet thérapeutique du patient, car il le rend acteur de l’évaluation de ses besoins, donc de sa prise en charge », explique Camille, psychologue spécialisée en neuropsychologie.

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