« La seringue électrique doit toujours être agitée après sa préparation »

Cadre infirmier anesthésiste au Samu 91, rattaché au Centre hospitalier Sud Francilien (Essonne), Bruno Garrigue a dirigé un travail de recherche émanant du terrain : l’évaluation des concentrations et de l’homogénéité des principes actifs dans une seringue électrique.

Bruno Garrigue, Cadre infirmier anesthésiste au Samu 91Comment est née l’idée de mener une recherche sur les seringues électriques ?

Un infirmier est venu me demander mon avis, en tant que Iade, sur un soin courant : la préparation des seringues électriques.

Il voulait connaître l’ordre de préparation de ma seringue donc savoir si je mettais le principe actif avant le diluant ou après, et si je l’agitais. La question peut paraître banale !

Personnellement, avant qu’il me la pose, je ne m’étais jamais questionné sur le sujet. Dans ma pratique, je mettais le principe actif avant le diluant. Les arguments pour l’autre alternative ne m’étaient jamais venus à l’esprit mais étaient pertinents notamment concernant la pollution du diluant par l’usage de la même aiguille lors de préparations multiples.

J’ai pensé que le sujet était intéressant et devait être approfondi.

Comment s’est déroulé votre travail ?

Nous avons constitué un groupe de travail multidisciplinaire, ce qui est indispensable afin de réunir le maximum de compétences notamment en matière d’analyses statistiques.


Nous nous sommes lancés dans la recherche en commençant par la lecture de la littérature, afin de voir si des informations avaient déjà été publiées sur le sujet.

Nous avons également effectué une enquête nationale en 2010, auprès d’une centaine d’Instituts de formation en soins infirmiers (Ifsi) pour connaître la méthode enseignée aux étudiants par les formateurs du module Urgence, et réalisé une étude de terrain auprès d’une centaine de professionnels de divers CH.

Quels ont été les premiers résultats ?

Les résultats ont révélé que sur le terrain, dans 55 % des cas, le médicament était introduit dans la seringue avant le soluté ; dans les Ifsi, cette méthode est enseignée dans 30 % des cas. Mais nous avons surtout constaté que personne ne s’était vraiment posé la question, et que les formateurs enseignaient en fonction de leur pratique. Concernant l’agitation de la seringue, dans 66 % des cas, elle n'était pas effectuée.

Une première approche de quantification des produits dans les seringues a également été réalisée grâce à l’aide d’un ami chimiste, directeur d’un laboratoire, qui a mis un spectromètre de masse à notre disposition.

A la suite de cette étude, malgré quelques biais méthodologiques, nous avons publié les résultats préliminaires dans la Revue des Samu et présenté des abstracts dans les congrès de médecine d’urgence et réanimation.

Après cette première publication, vous avez décidé d’aller plus loin…

Tout à fait, car nous tenions un sujet inexploré dans la littérature, qui avait de véritables répercussions dans l’exercice quotidien.


A cette période (2009/2010), le premier Programme hospitalier de recherche infirmière et paramédicale (PHRIP) a été lancé. Nous avons donc déposé un dossier dans le cadre d’une recherche sur l’amélioration des pratiques, qui a été retenu. Nous avons pu refaire l’étude de manière plus approfondie, avec des produits à index thérapeutique étroit, utilisés en médecine d’urgence, réanimation et anesthésie. Nous sommes arrivés à des résultats très similaires à ceux de notre première étude.

Nous nous sommes donc rendu compte que pour un usage optimal de la seringue électrique, elle doit dans tous les cas être agitée.

L’ordre de préparation importe peu – même si le mélange apparaît plus homogène lorsque le médicament est introduit avant le diluant – mais il faut une bulle d’air afin de générer des turbulences indispensables au mélange, qui doit être produit par cinq retournements successifs. Avec notre étude, nous avons obtenu des preuves scientifiques analysées par des méthodes statistiques reconnues.

Comment avez-vous fait connaître les résultats ?

La suite logique d’un travail de recherche est bien entendu de le publier. Nous avons soumis nos résultats à la revue américaine Critical Care Nurse, qui a accepté notre manuscrit en anglais.

Nous avons aussi obtenu plusieurs prix dont le premier prix scientifique au congrès de la recherche en soins à Angers en 2016 et le premier prix du meilleur article scientifique par le ministère de la Santé/Fondation de l’avenir en 2017.

Nous avons aussi décidé d’en faire la promotion au sein des Ifsi et lors de congrès.


Quelles sont les conséquences de cette recherche ?

Au-delà de la dynamique de projet crée au sein de la majorité de l’équipe, une commission recherche s’est constituée en 2016 au sein du CH. En tant que paramédicaux, nous l’avons évidemment intégrée, ce qui était une première.

Cette recherche a aussi et surtout a fait naître des vocations : un infirmier est devenu assistant de recherche clinique et assure le suivi des nombreuses recherches en cours. Depuis, deux autres PHRIP ont également été déposés et acceptés, l’un sur l’hypothermie en préhospitalier et l’autre sur la prévention des douleurs provoquées par la pose de sondes gastriques en néonatalogie.

Certes, dans les CHU, il est plus facile de se lancer dans des travaux de recherche car les moyens humains et financiers sont plus conséquents. Mais c’est également possible dans un CH. De même qu’il n’est pas obligatoire de commencer directement par un PHRIP.

Si l’encadrement est moteur et la motivation présente, il est possible de mener des recherches à plus petite échelle. Les questions de terrain sont toujours importantes.

Il faut s’interroger sur nos pratiques pour les améliorer et pour la sécurité des patients. A partir du moment où l’on pense qu’il y a un problème dans notre exercice, il faut chercher. L’évolution de nos professions ne se fera qu’au travers d’une recherche multidisciplinaire de qualité.

Propos recueillis par Laure Martin


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Réactions

1 réponse pour “« La seringue électrique doit toujours être agitée après sa préparation »”

  1. Guillaume dit :

    Bonjour, je n’ai pas trouvé de lien pour acceder a cette publication.
    Quant est il de la dissolution en fonction du temps de repos de la seringue préparée en avance ? (En rapport avec les pratique en anesthésie type réa)
    Merci

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