Psychiatrie : de la musicothérapie pour canaliser les patients

L’Association hospitalière Sainte-Marie, où sont notamment pris en charge des patients en souffrance psychique, a recours à la musicothérapie. Le réseau Musique et Soins a même été créé afin de permettre aux patients de se détendre, de retrouver confiance en eux et de s’ouvrir aux autres… en musique. Cet article a initialement été publié dans le n°38 d'ActuSoins Magazine (septembre 2020). 

Olivier Rabereau, infirmier et musicothérapeute, et les patients donnent régulièrement des concerts, notamment lors de la fête de la musique

Olivier Rabereau, infirmier et musicothérapeute, et les patients donnent régulièrement des concerts, notamment lors de la fête de la musique. © DR

« La musique crée tout de suite une relation différente avec les patients, estime Jean-François Labit, infirmier et musicothérapeute, à l’origine du réseau Musique et soins, au sein de l’association hospitalière Sainte-Marie. Ils nous envisagent différemment, sans nous associer à la blouse et aux médicaments. Et surtout la musique les tranquillise. »

Il y a trois ans, cet infirmier – aujourd’hui à la retraite – a été sollicité par le service de moyen séjour intrahospitalier de l’hôpital Sainte-Marie à Rodez (Aveyron), qui souhaitait créer un espace particulier, « un ailleurs », pour les quatorze patients atteints de la maladie d’Alzheimer.

L’établissement gère également une quinzaine d’appartements de réinsertion et un centre d’activité thérapeutique à temps partiel (CATTP) qui a recours à la musicothérapie, l’art-thérapie, des activités cognitives, des soins esthétiques, des activités de remise en forme ou encore de la cuisine. « La structure a souhaité un espace pour calmer les déambulations et les agitations », rapporte-t-il. Il propose alors d’adapter une pièce, de travailler sur l’éclairage, sur la décoration et d’y développer une activité de musicothérapie.

« La technique peut être réceptive, avec l’écoute musicale et la relaxation, ou alors active, avec un travail sur les percussions, la voix, la découverte sonore par l’action », précise-t-il. L’espace a ouvert ses portes en décembre 2019. Les membres de l’équipe soignante ont été formés afin que chacun puisse développer un projet thérapeutique en fonction de ses affinités.

« L’activité est accessible aux patients sur prescription médicale afin que nous puissions la faire valoir, lui donner une légitimité, précise l’infirmier. Le soignant doit également rédiger des comptes-rendus de séances et démontrer l’apport de la musicothérapie sur les patients. » En raison du nombre de patients potentiellement concerné, l’activité est initiée par les soignants, mais l’objectif de l’infirmier serait de permettre aux personnes âgées de se rendre seules dans la salle dédiée.

La création d’un groupe de musique

Jean-François Labit a également participé à la création d’un groupe de musique composé de patients en psychiatrie, Les Squatteurs du blues, en collaboration avec le médecin chef de service et Olivier Rabereau, un autre infirmier en psychiatrie également musicothérapeute. « Le Centre de réhabilitation psychosociale (CRPS) de l’hôpital de Sainte-Marie dispose d’un bar thérapeutique », situé au centre de Rodez, rapporte Olivier Rabereau.

 « Nous y accueillons les patients en souffrance psychique, sur prescription, avec des horaires d’ouverture et la vente de boissons sans alcool », informe l’infirmier. Olivier Rabereau y organise également les répétitions des Squatteurs du blues. « Je joue de la musique depuis mes 18 ans. Je suis bassiste et j’ai toujours travaillé avec la musique pour entrer en contact avec mes patients, pour faire les soins », témoigne cet infirmier, expliquant ainsi sa motivation.

Depuis maintenant trois ans qu’il est au CRPS, il se concentre notamment sur les Squatteurs du blues. Les membres de ce groupe musical se retrouvent toutes les semaines au bar thérapeutique, pour répéter avec, pour objectif, des représentations publiques.

« J’ai développé le projet début juillet 2017, avec des patients ayant ou non des capacités musicales, afin de monter un répertoire, explique-t-il. Au départ, nous avons commencé avec des reprises et depuis l’année dernière, nous faisons des compositions. » Parmi les patients membres du groupe, certains ont un niveau de conservatoire en musique, tandis que d’autres n’avaient, au départ, pas même la notion de rythme. « Nous y avons travaillé, tous les jeudis soir, lors des répétitions de 17h30 à 19h », raconte Olivier Rabereau. Et de poursuivre : « Aujourd’hui nous sommes une dizaine à faire partie du groupe, j’ai même dû en créer un second. »

Bassistes, guitaristes, joueurs de cabrette, de clavier, flutistes… Les Squatteurs du blues, qui rassemblent un large panel de musiciens, se sont approprié une quinzaine de morceaux, qu’ils jouent avec des instruments récupérés par le biais d’une association dont fait partie le médecin-chef. « J’ai mené un vrai travail de mise en confiance des patients par rapport au chant », indique l’infirmier, précisant que chaque année, la finalité est d’assurer une représentation lors de la Fête de la musique.

Des bienfaits pour les patients

Les pathologies des patients sont assez variées : schizophrénie, troubles psychotiques, troubles de l’humeur. Ils sont suivis par un médecin mais pas forcément hospitalisés. « Les Squatteurs du blues est un groupe ouvert, et si les patients ne souhaitent plus venir, ils le peuvent, précise Olivier Rabereau. De même que d’autres personnes peuvent venir le découvrir. C’est toute notre richesse. »

L’infirmier a souhaité travailler sur la notion d’appartenance chez les patients, et « j’y suis parvenu, se félicite-t-il. Faire partie du groupe leur donne le sentiment de sortir du circuit psychiatrique et de faire une activité ″comme tout le monde″, à l’extérieur. Ils en sont fiers. Et surtout ils font attention les uns ou autres. Les guitaristes se donnent des conseils entre eux par exemple. » 

Les bienfaits thérapeutiques sont nombreux. Toutes les semaines, ils doivent être assidus et ponctuels, en arrivant à l’heure à la répétition. « Ils font de vrais efforts, preuve de leur respect vis-à-vis de l’activité, du groupe et aussi de mon travail en tant qu’organisateur, ce qui est généralement difficile avec ce type de pathologie », rapporte Olivier Rabereau, précisant avoir un noyau dur de musiciens depuis trois ans. 

Cette activité a également des effets bénéfiques sur la mémoire puisque les patients intègrent les structures des morceaux de musique et les placements de chants, s’approprient les chansons et les mémorisent. C’est une forme de liberté d’expression. L’investissement demandé pour participer à la Fête de la musique leur permet de gagner en estime de soi, en confiance en eux et envers les autres. « Ils sont beaucoup plus ouverts, ils osent, se découvrent, s’enthousiasme l’infirmier. En intégrant le groupe, certains ne savaient pas taper en rythme et aujourd’hui ils chantent devant tout le monde. C’est une vraie fierté. »

L’infirmier joue un rôle de modérateur lors des répétitions, indispensable avec des personnes présentant des pathologies mentales fluctuantes. « D'un point de vue clinique, c'est vraiment intéressant d’observer les comportements des patients », indique Olivier Rabereau. Désormais, tous les trois mois, ils organisent un concert au bar thérapeutique, à la place de la séance de répétition, en présence d’autres groupes de musique, pour encourager les échanges et les rencontres.

Laure Martin

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Cet article a été publié dans le n°38 d'ActuSoins Magazine (Septembre - Octobre - novembre 2020)

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